Pour un pacte de responsabilité entre l'Etat et les Universités


Suivant l’OCDE les investissements tant collectifs qu’individuels consentis en matière d’enseignement supérieur bénéficient d’un temps de retour très bref, leur rendement étant, en moyenne, de 10 % [1]. Cependant toutes les formations ne sont pas équivalentes et les avantages qui en résultent dépendent de la qualité des dispositifs qui les mettent en œuvre. Par Daniel Bloch, ancien président de l’Institut national polytechnique et de l’Université Joseph Fourier de Grenoble, membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica.


Par son enseignement supérieur, comme par son enseignement scolaire, notre pays est désormais à la traine. Trop peu de jeunes accèdent aux niveaux de la licence ou du master (ou d’un diplôme équivalent comme ceux préparés dans les écoles d’ingénieur et de commerce ou dans les facultés de médecine) et parmi eux la proportion de jeunes issus des milieux défavorisés est extrêmement faible. Les collégiens, à l’entrée du lycée, sont répartis entre les voies professionnelle, technologique et générale, de façon fortement différenciée selon les catégories socioprofessionnelles de leurs parents [2]. Très rares sont les bacheliers professionnels ou technologiques accédant aujourd’hui au niveau de la licence, et moins encore à celui d’un master, et donc peu nombreux sont les enfants de familles défavorisées accédant à une fonction de cadre. Notre enseignement supérieur se situe parmi les moins productifs et les moins démocratiques.

Au cours des 25 dernières années les contrats de plan Etat-Régions, le plan Université 2000 (U2000), le Plan Université du 3ème millénaire (U3M), le plan Campus, le plan des Investissements d’avenir se sont succédés, conduisant à de meilleures conditions de travail pour les étudiants comme pour les enseignants, mais sans donner lieu à une amélioration suffisante des « performances » éducatives de notre pays. Des lois ont modifié les conditions de « gouvernance » des universités. Il en a été ainsi avec la loi Pécresse de 2007 relative aux libertés et responsabilités des Universités et la loi Fioraso de 2013 visant à réintroduire davantage de démocratie dans leur fonctionnement. Afin de développer les cohérences locales des activités d’enseignement supérieur et de recherche ainsi que la visibilité internationale des Universités ont été institués, les uns après les autres, des pôles dits européens, des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) et plus récemment des communautés d’universités et d’établissements (COMUE) : des dispositifs n’ayant jamais fait la preuve, au niveau international, d’une quelconque efficacité. Pour être vu de loin, mieux vaut être grand que gros. Il a manqué l’essentiel, à savoir un nombre réduit d’objectifs stratégiques ambitieux et la mise à disposition des Universités des outils nécessaires afin de les atteindre. Quels objectifs ? Quels outils? Les réponses peuvent figurer dans des pactes engageant l’Etat et les Universités.

Ces pactes de responsabilité pluriannuels pourraient se décliner en trois volets. Le premier, lié à des impératifs économiques, prévoirait, par exemple, le doublement sur dix ans des diplômes du type licence et master, une croissance accompagnée par le développement de formations par la recherche de diplômés, afin de développer l’esprit d’innovation. Le second serait tout à la fois économique et social, avec le triplement, à la même échéance, tout à la fois du nombre de bacheliers technologiques et professionnels amenés jusqu’à une licence et du nombre de jeunes issus des milieux défavorisés conduits jusqu’à un Master ou à un diplôme équivalent. Le troisième serait économique et culturel, et traiterait de l’interaction de l’Université avec son environnement. Il s’agirait pour elle de contribuer plus étroitement au développement économique local, de diffuser plus largement la culture scientifique et technique, d’ouvrir plus généreusement au public les bibliothèques universitaires…

Pour contribuer efficacement à la réalisation de ces objectifs économiques, culturels et sociaux, il est essentiel que nos Universités ne soient plus placées en situation d’infériorité par rapport aux autres constituants des enseignements supérieurs. Les Universités doivent tout d’abord pouvoir affecter au mieux les bacheliers, sans être contraintes de les inscrire selon leur seul vœu d’orientation, mais avec l’obligation de leur proposer des parcours diversifiés de réussite adaptés à leurs acquis et au plus près de leurs ambitions. Si les parcours des bacheliers au sein des enseignements supérieurs s’effectuaient sans échec ou redoublement ou réorientation, et dans l’hypothèse d’un nombre de diplômés aux divers niveaux de formation (BTS/DUT, licence, master,….) inchangé, il y aurait en France seulement 1 200 000 étudiants alors que l’on en dénombre le double : largement le résultat de l’absence d’un dispositif d’affectation des bacheliers. Un gâchis individuel et collectif. Il existe de considérables marges de progrès, qualitatifs comme quantitatifs, y compris à moyens constants.

Pour développer ces parcours diversifiés de réussite, les Universités pourraient utilement organiser, à côté des formations conduisant à des diplômes nationaux, des formations conduisant à des diplômes d’établissement, ce que sont déjà par exemple les diplômes d’ingénieur. La réactivité et le dynamisme de nos Universités pourraient être renforcés dès lors qu’elles bénéficieraient, à leur demande, d’un statut proche de celui des Grands Etablissements. Ce statut, qui est, par exemple, celui de l’Université de Lorraine ou de l’Université Dauphine, ou encore des INSA et des Universités technologiques, leur permettrait de mettre en place de façon plus souple et plus rapide les structures pédagogiques, scientifiques et administratives les mieux adaptées à la diversité des étudiants à former. Pour mettre en place ces nouveaux statuts, les Universités peuvent s’appuyer sur l’article L711-4 du code de l’Education, actualisé en 2013, car il autorise de telles expérimentations. L’imagination serait alors de retour et les Universités ne seraient plus considérées comme le dernier recours des bacheliers n’ayant pu trouver place ailleurs. Pour sauver les Universités et remettre notre pays sur les rails il faut ainsi, au sein des enseignements supérieurs publics, qu’elles soient placées sur un pied d’égalité avec les autres établissements d’enseignement supérieur. Elles n’hésiteront pas alors à s’engager dans ce pacte de responsabilité car elles auront les outils qui leur permettront de le respecter.

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[1] Regards sur l’Education. Les indicateurs OCDE. OCDE (2013)
[2] Daniel Bloch. Ecole et démocratie. Pour remettre en route l’ascenseur économique et social. PUG (2010)

I Jeudi 3 Avril 2014 I | Lu 4287 fois





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