Peut-on construire une Europe indépendante et puissante ?


Intervention de Christian Saint-Etienne, économiste, président de l'Institut France Stratégie, titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, auteur de "Osons l'Europe des nations !" (Editions de l'Observatoire, 2018), lors du colloque "La souveraineté européenne, qu'est-ce à dire ?" du mardi 16 avril 2019.


Partant de la situation actuelle de l’Europe, j’évoquerai deux transformations pour arriver à ma proposition.

L’Europe connaît aujourd’hui une double division :

Une division entre le Nord et le Sud de la zone euro. Le Nord de la zone euro est resté industriel, le Sud s’est fortement désindustrialisé.

La France est le pays qui s’est le plus désindustrialisé. On a oublié que l’industrie est au cœur de la compétitivité, même si elle ne représente que 15 % à 16 % du PIB en moyenne (10 % en France, 20 % en Allemagne).

Il faut impérativement avoir à l’esprit qu’en dépit de la globalisation de l’économie, 80 % des exportations mondiales, hors énergie et matières premières, sont des exportations de produits industriels, et que 85 % de la R&D privée est une recherche industrielle. J’occupe la chaire d’économie industrielle au Conservatoire des Arts et Métiers et, avec Jean-Michel Quatrepoint, nous avons créé un institut de l’iconomie qui réfléchit à la transformation industrielle du monde. Il est clair – mais ce n’est pas compris par les élites dirigeantes du pays depuis une vingtaine d’années – que sans industrie il n’y a ni export ni innovation.

On comprend donc que l’effondrement industriel de la France depuis vingt ans s’est accompagné de l’effondrement de notre influence politique.

Une division Est/Ouest. Un certain sentiment pro-européen, qui fait écho à la vision que certains milieux avaient de l’Europe dans les années 1970-1980, subsiste en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne en dépit des mouvements dits populistes qui apparaissent aujourd’hui.

La division Est/Ouest est cruciale. Avant l’Europe des Quinze (1995), les Douze représentaient essentiellement l’Ouest européen. En décidant fin 2002 de faire rentrer les dix pays d’Europe centrale (décision effective en 2004) on a totalement transformé la nature de l’Europe. Consciemment ou inconsciemment, les Est-européens sont rentrés dans un supermarché aux subventions, non dans un système européen visant à éviter la répétition des guerres mondiales. Cela explique leur alacrité et leur volonté d’obtenir toujours plus d’argent et d’en décider l’usage, avec les conséquences que nous connaissons. Je pense aux Polonais qui reçoivent des fonds structurels pour faire construire des autoroutes par des Chinois.

La situation que nous connaissons aujourd’hui, une Europe plus divisée (Nord/Sud et Est/Ouest) qu’elle ne l’a jamais été, est clé pour réfléchir à la nature de l’Europe.

Partant de cette situation il faut penser deux transformations massives qui, intervenues dans les années 1980, se sont accentuées dans les années 1990 et sont devenues dirimantes dans les années 2000.

La troisième révolution industrielle est la mutation du système économique qui résulte de l’introduction de l’informatique et du numérique [1]. Aujourd’hui, un arrêt des ordinateurs nous priverait d’électricité, de banques, de supermarchés… Nous n’aurions même plus d’eau, plus rien ! Nous sommes dans un système informatique mondial comme, il y a un siècle, nous étions dans un système électrique. C’est une mutation totale.

Sur les éléments clés de l’informatique (production des logiciels, des machines et des puces électroniques) l’Europe, qui ne compte que quelques micro-entreprises, est quasiment absente. L’essentiel de l’informatique que nous utilisons vient du reste du monde.

Cette première transformation totale peut être prise comme une transformation de nature économique et technique. On parle de révolution industrielle. Or le mot « industriel » est devenu un gros mot en France depuis une vingtaine d’années. En réalité une révolution industrielle est une révolution systémique, politique, sociale. Ce n’est pas un hasard si les années 1780 ont vu deux grandes révolutions mondiales, en Amérique et en France. Dans les années 1880 ce n’est pas par hasard que partout l’on généralise l’école primaire. En France c’est Jules Ferry qui a rendu l’école primaire obligatoire mais il était porté par la transformation de la deuxième révolution industrielle qui exigeait que tout le monde sût lire et écrire. Ce n’est pas non plus un hasard si, au moment de la troisième révolution industrielle, au cours des années 1980, en Europe et aux États-Unis on incite les jeunes gens à faire des études supérieures. C’est que le système économique et social transformé par l’informatique exige que la moitié des jeunes obtiennent un diplôme à Bac +3 et un quart d’entre eux à Bac +5. Ce sont d’ailleurs les objectifs que se fixe l’Europe à partir de l’an 2000.

Ces mutations qu’on appelle révolutions industrielles sont des révolutions totales. Outre l’école primaire, les années 1880 voient l’émergence de la femme, qui était restée confinée dans son foyer jusqu’à la deuxième révolution industrielle. C’est aussi à ce moment que se produit l’émergence de la démocratie moderne telle qu’on l’entend aujourd’hui et de la démocratie sociale.

L’actuelle troisième révolution industrielle est donc déterminante.

Parce que l’enseignement de l’histoire a été évacué au cours des trente dernières années et parce que nous nous vivons comme un peuple politique, nous Français ne voulons pas voir que les révolutions industrielles, qui sont des révolutions scientifiques, économiques, techniques, classent les nations. Qui manque une révolution industrielle est mort comme puissance agissante.

On n’imagine pas que les puissances puissent disparaître comme puissances agissantes. L’Espagne, immense puissance aux XVIIème et XVIIIème siècles, n’était plus rien au XIXème siècle. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont été à la pointe des deux premières révolutions industrielles. C’était l’origine d’une puissance que nous avons dilapidée lors de la Première Guerre mondiale, où nous nous sommes épuisés en nous entre-tuant.

Avec la troisième révolution industrielle le pouvoir appartiendra à ceux qui détiendront les technologies et les systèmes scientifiques.

Or l’Europe est absente de la troisième révolution industrielle. C’est une situation inédite. Jusque-là l’Europe avait toujours été au centre de tout. Nous fûmes au centre de la première révolution intellectuelle de l’humanité avec les Grecs puis les Romains. La Renaissance, les grandes découvertes furent l’œuvre des Européens. Les deux premières grandes révolutions industrielles ont été européennes.

C’est la première fois que nous sortons de l’histoire.

Aujourd’hui, les grandes plates-formes mondiales sont à 100 % américaines ou chinoises. D’ailleurs, si nous avions encore un peu de dignité, nous ferions remarquer aux Allemands, qui se targuent de leurs excédents extérieurs et budgétaires, qu’ils ne possèdent pas de Gafam et sont en train de manquer la troisième révolution industrielle. Nous pourrions les inviter à montrer un peu moins d’arrogance et à réfléchir avec nous à ce que nous pourrions faire. Mais nous n’avons même plus en France le minimum de dignité pour résister aux Allemands.

La deuxième transformation qui est en train de se produire, en lien avec cette troisième révolution industrielle, est l’émergence et la confirmation du conflit entre la Chine et les États-Unis pour la domination mondiale.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un conflit pour la domination mondiale utilise une révolution industrielle en cours comme arme de domination.

À la lumière de cette analyse on comprend que si les États-Unis veulent tuer Huawei et ZTE ce n’est pas parce qu’ils ont fait des transactions en Iran mais parce qu’ils sont à la pointe de la transformation de la 5G.

Toutes les révolutions industrielles ont connu des accélérations. La troisième a déjà vu trois accélérations : d’abord la mise en réseau des micro-ordinateurs dans les années 1990. La deuxième accélération a mis dans nos poches la « bête » dont nous ne pouvons plus nous séparer, née d’une idée phénoménale de Steve Jobs qui, en 2007, a demandé à ses équipes de produire un téléphone qui intègre un ordinateur facile d’usage. C’est une transformation colossale qui, à condition que nous sachions l’utiliser, nous dote d’une sorte de sixième sens culturel. Nous sommes dans la troisième accélération qui a commencé en 2015, celle de la 5G et de l’IA (intelligence artificielle).

Par un procédé de marketing, on nous présente souvent ces accélérations comme quatrième et cinquième révolutions industrielles. Si on appliquait ces raisonnements on en serait à la soixante-deuxième ! En effet, l’invention de l’électricité a été suivie de celle des transformateurs puis des générateurs et des moteurs électriques. Ce n’étaient que des accélérations de la révolution de l’électricité. Donc quand, il y a un an et demi, on annonce au forum de Davos que l’on est rentré dans la quatrième révolution industrielle, il faut entendre que nous avons abordé la troisième accélération de la troisième révolution industrielle. Ce n’est pas seulement une question de sémantique. L’étude des deux premières révolutions industrielles a fourni une « maquette » qui permet d’analyser la troisième et d’anticiper son évolution. Quand on applique cette maquette à la transformation que nous vivons aujourd’hui, on peut prévoir, dans les deux, trois, cinq années qui viennent, une phase de maturation des transformations à l’œuvre depuis trente ans. C’est-à-dire que la gifle qu’on voit venir depuis vingt ans va frapper l’Europe d’ici deux à cinq ans.

La question est de savoir comment s’y préparer.

On ne peut plus disserter sur l’Europe comme il y a vingt ans, quand on ne voyait pas venir ces deux transformations. Aujourd’hui, si on les ignore on parle dans le vide.

J’ai dû écrire mon premier livre sur l’Europe il y a vingt-cinq ans. Pour utiliser les mêmes références que Jean-Dominique Merchet, qui se décrit comme un « bourlangeo-chevènementiste », je dirai que j’ai eu d’abord une période plutôt bourlangienne. Pendant très longtemps j’ai écrit et travaillé pour essayer d’améliorer l’Union européenne. Depuis deux ou trois ans, peut-être à cause de cette analyse sur les transformations et les mutations du monde, je suis parvenu à un bouleversement complet de ma vision de l’Europe (au cœur de mon livre sur l’Europe des nations [2]).

à force de lire et de relire le traité de Rome je me suis rendu compte qu’il avait pour seul principe organisateur le principe de concurrence. Quand les Allemands ont imposé ce principe de concurrence dans le traité, ils entendaient essentiellement concurrence sur les marchés de biens et services, dans la vision ordo-libéraliste qui est la leur. C’est à Maastricht que ce principe de concurrence évolue. Jean-Louis Bourlanges a fait référence au fait que les décisions fiscales sont prises à l’unanimité. Or toute l’histoire de l’Europe a été jalonnée par le basculement progressif de tous les domaines dans la majorité qualifiée.
Pourquoi la fiscalité et le social ne sont-ils pas tombés dans la majorité qualifiée ?

À Maastricht, dans le traité négocié en décembre 1991 et signé en février 1992, les Anglais ont obtenu et fait écrire noir sur blanc que le fiscal et le social resteraient indéfiniment soumis à l’unanimité. La diplomatie anglaise – d’une puissance inouïe depuis 1066 – était venue à Maastricht avec le double objectif d’obtenir l’opting out (option de retrait) par rapport à l’euro et d’obtenir que le principe d’unanimité dans le fiscal et le social soit écrit dans le marbre, de sorte qu’on ne puisse passer à la majorité qualifiée que par une décision unanime. Dans l’esprit des Anglais c’est évidemment une arme qui vise à éviter de se faire imposer des dispositions fiscales européennes. Déjà, à l’époque de l’Europe des Douze puis des Quinze, les Anglais avaient organisé un barrage de trois ou quatre pays qui essayaient de bloquer toutes les initiatives fiscales et sociales. Mais depuis l’entrée des pays de l’Europe de l’Est ils constituent tout simplement une majorité de pays en capacité de bloquer le système. Et ils utilisent cette arme de Maastricht comme une arme atomique !

C’est la raison pour laquelle je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas tout pour que les Anglais sortent ! Pourquoi les tracasse-t-on au sujet de la frontière entre l’Irlande du sud et l’Irlande du Nord ? C’est une cause de salut public, il faut absolument qu’ils sortent !

La politique optimale pour la France, c’est d’abord que les Anglais sortent et que, dans l’heure qui suit, le Président français se rende à Londres pour proposer un partenariat franco-britannique sur les questions militaires et diplomatiques. La France serait alors à la fois dans l’Union et en partenariat avec les Anglais. On jugera donc Macron à sa capacité à sauter dans l’avion ce jour-là !

Depuis que je me suis rendu compte que l’Europe était construite sur le seul principe de concurrence et que tout avait été décidé et écrit noir sur blanc dans le traité pour que l’Europe ne soit jamais une puissance, je réfléchis à partir de la thèse selon laquelle toute recherche de puissance de l’Europe – ou à l’intérieur de l’Union européenne – est aujourd’hui une cause à 100 % perdue !

Est-ce à dire que je suis contre l’Union européenne ?

Pas du tout. Simplement je pense maintenant qu’il faut spécialiser l’Union européenne sur trois fonctions :
La première est le marché unique et une politique commerciale fondée sur la réciprocité. C’est déjà une avancée.

La deuxième consiste, pour contenir l’écartèlement qui monte entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne, à réaffirmer que l’Europe est d’abord et avant tout un État de droit et que le pouvoir ne peut être exercé dans les pays membres de l’Union que dans le cadre de la démocratie libérale représentative. Peut-être faudra-t-il, à un moment donné, dire aux Polonais et aux Roumains qu’ils ne peuvent rester dans l’Union s’ils continuent à martyriser leurs cours suprêmes.

La troisième fonction est la croissance durable, avec une taxe carbone aux frontières pour empêcher toute compétition entre pays membres sur le prix du carbone.

Je sors donc des compétences de l’Union européenne la politique spatiale, la politique de défense, les politiques de recherche.

Je note au passage que l’Europe est en train d’organiser la mort d’Ariane. Aux États-Unis, Elon Musk (PDG de SpaceX), le petit génie, est en réalité le faux-nez de la NASA qui lui signe des contrats à dix ans de 10 milliards de dollars pour huit ou neuf lancements. Or il faut savoir qu’Ariane doit arracher chaque lancement avec les dents, et cela prend des mois et des mois de négociation. Donc Ariane va mourir.
À côté de cette Union européenne, que je laisse vouée à une concurrence qui s’exerce dans le cadre de ce marché unique, de cet État de droit, je pense le moment venu de créer un instrument de puissance industrielle et militaire qui ne peut être qu’un noyau dur de pays prêts à mener ensemble, sur la base d’un traité intergouvernemental entre nations souveraines, une politique ambitieuse de recherche et d’innovation. En effet, cet instrument voué à la puissance ne peut se concevoir dans le cadre semi-fédéral du fonctionnement du marché unique.

Ce noyau dur, constitué idéalement au départ de neuf à quinze pays, qui suppose un accord franco-allemand, se doterait d’un budget de 2 % ou 3 % du PIB de l’ensemble. Avec neuf pays (France, Allemagne, Autriche, Benelux, Italie, Espagne, Portugal) et 300 millions d’habitants, ce noyau dur serait immédiatement la troisième puissance du monde !

Le problème consiste à donner le premier coup de pioche parce que personne ne veut le faire.
Il faut créer ce noyau dur qui aurait pour mission de financer toutes les politiques de recherche, de développement, d’innovation, de faire émerger une vingtaine de grandes universités européennes appartenant aux cinquante premières mondiales, de financer une politique spatiale, des éléments de politique de défense, notamment tous les avions et les bateaux du futur et toutes les armes dont nous avons besoin, et, évidemment, les infrastructures physiques et numériques ultra-puissantes nous permettant de redevenir une grande puissance informatique pour contrebalancer la Chine et les États-Unis.

C’est ma proposition.

Elle rencontre un seul obstacle, douloureux pour les patriotes, au sens gaullien du terme, que nous sommes tous ici. Le principal point de blocage est aujourd’hui l’affaiblissement hallucinant de notre pays, lié à la fois à sa désindustrialisation et, comme le rappelait Jean-Louis Bourlanges, à son « archipélisation ». Il n’y a plus de volonté commune d’aller de l’avant et l’affaiblissement industriel nous prive d’un outil-clé.

Nous sommes donc frappés du double déficit, le déficit public et, pis encore, le déficit extérieur.
Aujourd’hui, quand la France parle, la seule question est de mesurer le temps qui s’écoulera avant que le premier lui dise de se taire. Pourquoi une telle perte d’influence ? La Pologne, la Tchéquie ou la Slovaquie, qui affichent 3 % de croissance depuis dix ans, n’attendent pas de leçons d’un pays qui atteint difficilement 1 % de croissance, accumule les déficits extérieurs et se montre incapable depuis quarante ans d’éliminer son déficit public. à un moment, nous Français allons devoir accepter de mener des politiques internes extrêmement volontaristes pour reconstruire une industrie compétitive qui va remette en ordre nos finances publiques. C’est la condition pour que nous retrouvions une voix forte en Europe.

Cette condition est décisive car c’est la France qui a fait l’Europe et la France est, avec les Etats-Unis, un des deux pays qui ont fait une grande révolution universaliste. L’affaiblissement français depuis vingt ans a fait glisser le pouvoir vers l’Allemagne. Or l’Allemagne n’a pas de vision universaliste. Elle ne mène pas une politique européenne à la place d’une France affaiblie, elle mène une politique allemande en Europe. L’affaiblissement français a donc conduit à l’affaiblissement de la volonté de construction d’une Europe forte.

Mon point final est la condition d’émergence d’une Europe puissance dans le cadre d’un noyau dur intergouvernemental et la reconstruction d’une France forte.

Où peut-on trouver la volonté de le faire ?

D’où viendront les hommes et les femmes qui se lèveront pour exiger cette mutation et cette nouvelle politique ?

Jean-Pierre Chevènement

Merci, M. Saint-Étienne.

Il y a au moins un point sur lequel nous tomberons d’accord facilement, c’est la priorité au politique, à la recréation d’une volonté politique, à la reconstruction d’un peuple de citoyens dans notre pays. C’est à partir de là qu’on pourra réinitier un processus technologique, industriel, et participer à la nouvelle révolution, industrielle. Tout passe aujourd’hui par le politique.

M. Bourlanges a esquissé une fresque tout à fait intéressante quand il a parlé du congédiement de « l’annonce faite à Maastricht ». Maastricht était quand même une certaine illusion. Avec l’élargissement à l’Est nous avons assisté à une évolution programmée.

Aujourd’hui nous ne pouvons remédier à cette marginalisation relative de la France que par le politique.

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[1] La Nouvelle révolution industrielle s’appuie sur le « système informatique ». Dans la suite, le ‘numérique’ recouvre une partie des applications de l’informatique, notamment les systèmes directement ouverts aux utilisateurs par l’intermédiaire de plates-formes numériques. L’iconomie recouvre l’ensemble des transformations et applications résultant de la révolution informatique (voir Osons l’Europe des nations, Christian Saint-Étienne, éd. de l’Observatoire, 2018). L’iconomie entrepreuriale, – avec un « i » comme Intelligence, informatique, Internet, innovation, intégration –, est le fruit de trois nouvelles formes d’innovation, de production, de distribution et de consommation. D’abord, l’économie de l’informatique, de l’Internet et des logiciels en réseau, qui s’appuie, depuis trois décennies, sur les progrès foudroyants de la microélectronique et de l’intégration des systèmes. C’est une mutation scientifique et technologique. Ensuite, l’économie entrepreneuriale de l’innovation qui est une mutation capitalistique et entrepreneuriale qui s’accélère depuis deux décennies. Enfin, l’économie servicielle des effets utiles qui n’est elle-même concevable qu’en faisant appel aux nouvelles technologies informatiques et de communication permettant de créer des assemblages de biens et services gérés en temps réel par de puissants logiciels en interaction avec le client. C’est une mutation organisationnelle et comportementale traduisant une mutation des usages qui privilégie le cognitif sur le physique et qui est globalement dominante depuis une décennie.
[2] Osons l’Europe des Nations, Christian Saint-Étienne, éditions de l’Observatoire, janvier 2018.

Le cahier imprimé du colloque "La souveraineté européenne, qu'est-ce à dire ?" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

Fondation Res Publica I Vendredi 26 Juillet 2019 I | Lu 1492 fois


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