La Russie et l'approvisionnement énergétique de l'Europe


Intervention de Léonid Grigoriev, directeur de l’Institut russe de l’énergie et des finances, au colloque du 20 octobre 2008, Quelle politique européenne de l'énergie ?


La Russie et l'approvisionnement énergétique de l'Europe
Je vous remercie de cette invitation. C’est un grand honneur pour moi d’intervenir devant vous, après quatre exposés d’une telle qualité.

Beaucoup de choses ont été dites, il me reste le sujet le plus réjouissant : ce qui concerne la Russie. Je crois que la meilleure façon de commencer mon intervention est de vous saluer de la part des exploitants d’énergie russes !

Mon discours pourrait être bref : la Russie est riche en énefprgie, tous les « toxicomanes énergétiques » peuvent s’en réjouir, au moins pour le siècle à venir. On pourrait s’en tenir là. Mais tant de questions intéressantes ont été évoquées que je ne boude pas mon plaisir de me joindre à la réflexion.

L’histoire récente des relations avec la Russie est une collection de mythes.
On peut dire que, depuis quinze ans, plus personne ne comprend la Russie. Cet été je suis intervenu quatre fois à Londres. Il y a quelques jours se tenait à Paris la première rencontre entre les « narcodealers » russes et l’Agence internationale de l’énergie avec la participation de deux représentants du gouvernement, deux personnalités scientifiques et deux représentants de Gazprom. Pour la première fois, au lieu de s’abreuver de rumeurs et légendes, l’Agence internationale de l’énergie nous a interrogés sur notre politique, nos difficultés et nos pratiques.

Que s’est-il réellement passé en Russie ?
Le PIB de 2007 a égalé le PIB de 1989. En valeur constante nous avons perdu un quart de PIB en quinze ans ! Sur un graphique, ces quinze ans apparaissent comme une dent arrachée. Dans l’hypothèse d’une croissance faible (2% ou 3%), nous avons perdu la moitié du PIB qui aurait dû être produit en Russie depuis les dix-huit ou vingt dernières années. Nous sommes en train de sortir d’une catastrophe économique inégalée, le progrès est incontestable, les journaux et le gouvernement s’en réjouissent mais, en tant qu’économistes, nous avons le devoir de rester conscients des réalités.

Ce n’est qu’aujourd’hui, au moment même où la crise économique frappe l’Occident, que la Russie commence à se moderniser. Ce qui nous importe c’est la prévisibilité de nos exportations d’énergie car nous avons besoin de cet argent pour reconstruire le pays. Nous ne sommes pas le Koweït ni le Venezuela, nous ne nous positionnons pas en tant que pays pétrolier ou gazier. Nous avons 21 réacteurs, 16% de notre énergie électrique est produite par le nucléaire (en Russie, 15 réacteurs, 50% de l’énergie nucléaire). Nous avons un savoir-faire, nous voulons innover, nous voulons oublier notre statut de superpuissance énergétique. Il n’existe que deux pays dans le monde qui produisent tous les types d’énergie, la Russie et les États-Unis, mais les Américains sont importateurs, nous sommes exportateurs. Aujourd’hui nous produisons environ 10,5% de l’énergie mondiale, de la biomasse au nucléaire, nous en consommons la moitié et nous exportons l’autre. Nous exportons un tiers de nos produits charbonniers, un tiers de notre production de gaz et deux tiers de notre production de pétrole et de produits pétroliers. Il faut y ajouter 4 millions de tonnes d’aluminium (une production gourmande en énergie), la chimie, le papier. Notre manque d’efficacité énergétique, c’est votre efficacité.

Nos exportations d’énergie sont à la mesure de l’immensité du territoire russe. Une grande partie de cette énergie exportée vers le reste du monde passe par l’Europe. Tous les discours sur la sécurité d’approvisionnement concernant les produits russes me semblent surréalistes. La première fois que je suis venu à Paris, en 1989, on n’y parlait pas d’importations de gaz soviétique mais de gaz sibérien ! Les Français et les Italiens avaient besoin de ce gaz pour briser le monopole des Algériens et des Norvégiens. C’est vous qui avez introduit le gaz « sibérien » en Europe, en pleine guerre froide : ce gaz venu de l’empire du mal était nécessaire pour créer de la concurrence ! Les Européens étaient-ils courageux à cette époque ? Seraient-ils devenus lâches (surtout à Bruxelles) ? Quand on a vécu pendant la guerre froide, on peut se demander ce qui aujourd’hui peut faire craindre une rupture d’approvisionnement en gaz. C’est absurde. Bien sûr nous sommes plus dependants puisque nous avons besoin de votre argent. C’est grâce à cet argent que nous achetons vos machines et c’est nous qui avons sorti l’économie européenne de sa dépression des années 2000 (dans les années 1986-2000, le prix moyen du pétrole dans le monde était de 20$ le baril).

Nous sommes en train de mettre au point une nouvelle stratégie énergétique. Je préside une des commissions, je connais toutes les prévisions, je compile les idées, les projets. Mieux encore, je préside le directoire de la fondation World Wildlife – Russia. J’ai donc le cœur vert et le chapeau énergétique !
Je vais citer quelques chiffres. A l’époque où le pétrole coûtait 20$, la croissance économique mondiale était de 3%, celle de la consommation d’énergie était de 1,8%. Ces dernières années, la croissance a atteint 5%, en six ans le PIB mondial a augmenté de 30% : Qui se posait, il y a dix ans, la question du milliard et demi de personnes privées d’électricité ?

La Russie est en train de sortir de cette crise et c’est un mythe de dire que tout va bien en Russie et que la Russie s’occupe de son énergie. Non, la question des livraisons de l’énergie en Europe est résolue, on n’en discute même pas. Que ce soit clair pour tout le monde, aucune menace ne pèse sur les livraisons d’énergie à l’Europe. Les contrats sont signés, les livraisons seront effectuées. Notre seule préoccupation concerne l’utilisation de l’argent que nous allons gagner. Après la crise nous avons des enfants mal logés, mal nourris, nous avons des problèmes d’infrastructures. Dans les années 70 la Russie produisait annuellement 5 à 6 gigawatts. Ces dix dernières années, la production ne dépassait pas 5 gigawatts. Nous traversons une période creuse en matière d’investissements, nous n’avons rien construit depuis dix-sept ans si ce n’est des datchas pour les nouveaux Russes.

Depuis quelques années, nous exportons des capitaux, nous le faisons « à l’américaine » : nous exportons des capitaux directs, nous importons des portefeuilles. Au début des années 90, une plaisanterie circulait : Un Russe triste, chargé d’un sac de dollars, s’entendait dire à l’aéroport Kennedy à New York : « Pourquoi es-tu si triste ? Tu as 3 millions de dollars en liquide ». « Oui, mais à Moscou j’en avais 5 ! ». Aujourd’hui, les Russes arrivent avec leurs avocats pour acheter des entreprises, c’est l’expansion russe.

Pendant cent ans nous avons été absents de ce monde. J’ai retrouvé le dictionnaire français de mon arrière-grand père, professeur d’école, qui était venu à Paris au tout début du XXe siècle. Autrefois, nous voyagions dans le monde mais depuis des décennies, c’était fini.

Aujourd’hui, la Russie s’ouvre au monde extérieur avec deux douzaines de grandes sociétés (la concentration est forte et les entreprises doivent être d’une certaine taille). On ne nous attendait pas, tout le monde nous avait oubliés, Nous étions relégués dans le rôle de fournisseurs de gaz et de pétrole.

Nous voulons être un pays normal. Ceux qui ont survécu à ces quinze années terriblement éprouvantes veulent former les jeunes. Tous les membres de mon institut sont plus jeunes que moi, ce sont des trentenaires. Nous serons un pays normal et nous continuerons à fournir du gaz et du pétrole.

S’ils répètent à l’envi qu’ils veulent plus de gaz et de pétrole russes, les eurocrates de Bruxelles veulent moins de Russie en Europe. Comment comprendre leur attitude ? Comment avoir plus de gaz mais moins de Russie ? C’est la logique des Bruxellois. Peut-être faudra-t-il un décret du Roi pour introduire plus de logique sur le territoire belge ! Quoi qu’il arrive, nous veillerons à satisfaire les demandes existantes. Il y a trois jours, je déjeunais à Bruxelles avec le ministre de l’Energie ; à ma question : « Etes-vous certain de pouvoir atteindre les « 20 x 20 ?», il acquiesça. J’insistai alors : « Nous devons donc investir 20 – 20 – 20, êtes-vous bien sûr de ne pas vous tromper sur la demande de gaz à 2020 ? » En réalité, les volumes de la demande future restent une énigme. Il est impossible de prévoir les demandes de gaz. Or on attend de nous des investissements.

La production de tous les types d’énergie en Russie s’est accrue d’une façon extrêmement rapide lors des cinq dernières années. D’autres mythes concernent les investissements. Je vous déconseille la lecture des journaux! Appelez-nous plutôt, nous vous indiquerons les sites internet qui publient les chiffres, nous pourrons même les faire traduire en français ! Bien sûr nous investissons. Par exemple, le gaz a chuté de 10% : vous ne vous êtes même pas aperçus de cette crise car le gaz vous parvenait toujours. Pendant les années qui ont suivi la crise de 1998, Gazprom n’avait pas d’argent. Nous avons traversé deux crises, au début et à la fin des années 90. En 1998, nous avons pris la décision de baisser les tarifs de l’énergie pour soutenir le reste de l’industrie et jusqu’en 2004, Gazprom a vendu son gaz à un prix très bas, chez nous comme en Europe. Entretemps, nous avons privilégié la production d’électricité au gaz au détriment du charbon. C’est à ce moment qu’a éclaté la crise économique en Occident.

Oui, il existe des problèmes, notamment d’énormes problèmes technologiques concernant le réchauffement climatique. La Russie ne méconnaît pas les risques : 60% du territoire de cette grande Russie est constitué de permafrost. L’hiver la température descend à -50° mais si l’été le dégel fait fondre quatre mètres au lieu de trois, toutes les constructions sont menacées d’effondrement.

Nous savons que nous avons des engagements, des obligations dans le cadre de nos contrats et nous livrerons l’énergie que nous nous sommes engagés à fournir mais nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe en dehors de nos frontières. Nous ne pouvons aujourd’hui nous préoccuper de la pauvreté dans le monde. En 1998, lorsque le baril était tombé à 8 dollars, je ne me souviens pas que quiconque eût réuni des conférences pour aider la Russie ! Aujourd’hui nous essayons tout simplement de régler nos propres problèmes intérieurs.

J’énumèrerai encore quelques mythes :

On n’a pas parlé aujourd’hui de l’« OPEP du gaz » - c’est étonnant - mais je tiens à répondre à cette question qui ne m’a pas été posée : tant que les contrats à long terme existent, « l’OPEP du gaz » est théoriquement impossible. Oubliez-le. Le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG (1)) est l’équivalent de l’agence énergétique mondiale, une organisation d’analyse et de recherche.

Parlons de la Charte énergétique : non seulement nous l’avions signée en 1994 mais nous l’appliquons. Non seulement nous avons apposé notre signature sous les principes en 2006 mais nous les mettons en œuvre. Le conflit avec l’Ukraine, c’était notre application de la Charte puisqu’un des points de cette charte porte sur les prix divisés de transit et de la marchandise. Auparavant Gazprom livrait des quantités fantastiques de gaz qui dépassait les prix éventuels de transit de trois ou quatre fois. Donc Gazprom a mené son combat pour faire payer son transit par des réseaux ukrainiens, il ne voulait pas livrer le gaz gratuitement. Cette histoire ukrainienne est un mythe absolu. La coupure a duré une journée, au Nouvel an, alors qu’il faisait chaud. Ce n’était pas un événement politique, c’était une erreur de Moscou mais tout le monde s’est indigné parce que c’était le Jour de l’an : « Ce ne sont pas des manières de Chrétiens ! » Il a fait froid en Europe et en Ukraine fin février mais aucun lien ne peut être établi avec le fait que le gaz n’arrivait plus. Dans les accords liant la Russie et l’Ukraine, aucun gazoduc n’est destiné à la consommation ukrainienne, ce ne sont que des gazoducs de transit. Si une babouchka branche le gaz à Odessa, c’est du gaz en transit qu’elle fait brûler, s’il fait froid elle en brûle plus et, qu’elle paye ou non ses factures, c’est du gaz prélevé sur les approvisionnements destinés à l’Europe. Gazprom, grande société - cupide, comme toutes les grandes sociétés - veut donc mettre en place des stockages de gaz en Autriche, en Angleterre, en Italie, en Allemagne pour livrer du gaz - plus cher, bien sûr - en contournant l’Ukraine.

Le problème ukrainien étant réglé, revenons à la Charte. Il n’aurait pas été difficile de ratifier la Charte (je précise que ce sont les Américains qui nous prescrivent de procéder à cette ratification alors qu’eux-mêmes n’ont pas signé). Le seul obstacle est la question du protocole de transit. Les pourparlers se poursuivent, notre institut participe à ces négociations au niveau technique. Dans le cadre d’un contrat avec le ministère de l’Energie, nous nous réunissons chaque mois. Nous entretenons d’excellents rapports avec le vice-secrétaire de la Charte énergétique et avec le représentant du ministère russe des Affaires étrangères.

Nous avons d’excellentes relations avec la Charte, le problème, c’est l’Union européenne et seulement l’Union européenne. C’est l’Union européenne qui tient la charte en détestation, y voyant une restriction, une limitation de sa liberté d’action dans le cadre de l’Union européenne (la Charte est un accord supra-européen). En 2002, l’Union européenne a introduit une restriction essentielle dans les négociations portant sur le protocole de transit. Cette restriction n’affecterait que la Russie et non l’Union européenne. Or dès que le gaz russe passe en Pologne, il s’agit de transport européen. On nous propose de mettre en place en Russie un système libéral d’inspiration anglo-saxonne de transit qui n’existe pas et qui n’existera pas dans les dix ans à venir dans l’Union européenne car ni les infrastructures ni les bases juridiques ne sont en place. Les Norvégiens ne peuvent pas vendre de gaz à la Bavière, ils vendent leur gaz au nord de l’Allemagne et c’est l’Allemagne qui fait transiter cette matière première vers la Bavière. Il n’existe pas de marché libéral en Europe : il vous faudra encore une dizaine d’années pour libéraliser votre marché. Ce que le protocole de transit nous propose, c’est : « Appliquez le chez vous tandis que nous agirons à notre guise. Contentez vous de croire que nous agirons au mieux pour les intérêts russes ». Vous comprendrez que nous préférons attendre !

Nos projets concernant les économies d’énergie peuvent vous intéresser.
Après un long silence de dix ans, la Banque mondiale vient de présenter un rapport portant sur les économies d’énergie en Russie. Ce rapport est rédigé et élaboré par les Russes, comme tous les rapports concernant la Russie.

La fuite des cerveaux ne nous ayant pas épargnés, environ deux millions de jeunes Russes travaillent un peu partout chez vous. Et si, d’un jour à l’autre, nous remplacions toutes les technologies existant en Russie par de bonnes technologies commerciales opérantes en Europe ? Il ne s’agit pas de science-fiction. Nous appliquerions volontiers le principe des « 3 x 20 » - même si nous n’y croyons pas trop.

Grâce aux technologies disponibles sur le marché aujourd’hui, nous pourrions alors réaliser des économies d’énergie atteignant 45%. Cela nous coûterait, du jour au lendemain, 320 milliards de dollars, une somme inimaginable. Mais que faire des 40 000 petits hameaux dispersés en Russie ? Impossible d’y installer des éoliennes. Un toit solaire, pourquoi pas ? Mais qui va nettoyer la neige qui s’y accumulera ? La Russie n’est pas à l’équateur. Nous avons dans nos villes une masse d’infrastructures inefficaces que nous sommes en train de remplacer. Qui se souvient du fer à repasser soviétique ? L’énergie consommée par deux de ces fers à repasser aurait pu actionner un convoi ferroviaire ! Nous avons maintenant adopté la technique européenne : voilà de l’économie d’énergie ! Ces évolutions doivent s’opérer à un rythme naturel. Il est impossible d’injecter 300 milliards de dollars pour métamorphoser un très grand pays ! Nous, Moscovites, n’en sommes pas conscients. Un de mes amis avait décidé d’aller de Moscou en Extrême-Orient, cela lui a pris une semaine de train, ce qui est tout à fait normal : à vol d’oiseau, la distance entre Moscou et Vladivostok est bien plus longue qu’entre Moscou et New York, Moscou et Chicago (ou Los Angeles) ou même Vladivostok et Los Angeles en traversant le Pacifique. Cela représente trois fuseaux horaires. Mais ce qui l’a frappé, c’est d’avoir mis vingt-quatre heures à traverser une seule entité administrative, la région de Tchita, un département habité par une population de 300 000 habitants !

Dans une situation de sortie de crise, nous ne pouvons pas bouleverser les choses d’un jour à l’autre. Nous brûlons de 15 à 20 milliards de mètres cubes de gaz pour rien. On nous disait à l’école qu’il fallait mettre fin à ce gâchis, on parlait d’investissements. Mais la croissance économique de ces dernières années a nécessité un coefficient de croissance de consommation d’énergie de 0,3% pou 1% de croissance du PIB. Le Président Medvedev a décidé en juin que nous devrons d’ici 2020 réduire de 40% la consommation d’énergie par unité de PIB. Cela peut paraître naturel et ne nécessite pas de programme cosmique. Actuellement nos rejets de gaz de serre sont de 20% inférieurs à ce qu’ils étaient en 1990. Vous voyez que nous sommes efficaces mais nous ne sommes pas en mesure de suivre l’Europe dans de folles dépenses. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que, à l’avenir, 1% du PIB mondial sera destiné à l’énergie. Même s’il s’agit de milliards, ce n’est pas suffisant si nous voulons garantir un approvisionnement sûr et mettre fin au changement climatique. L’année dernière, la Russie a consacré près de 5% de son PIB à l’énergie. Le taux d’accumulation était de 4% dont 3% consacrés à l’énergie. Nous sommes très actifs dans ce domaine.

N’oublions pas la spécificité du pays, nous n’avons pas seulement perdu en PIB, nous avons perdu entre 2 et 3 millions de jeunes spécialistes, ce qui est infiniment regrettable. A Berlin à l’occasion d’une réunion au Bundestag, j’ai rencontré de charmantes jeunes filles russes. Que font ces jeunes filles russes au Bundestag ? Pourquoi ne sont-elles pas à la Douma, à Moscou ? C’est incompréhensible !

Il y a en Europe de l’est beaucoup de gens qui ne gardent pas le meilleur souvenir de la Russie. Quoi que nous fassions, quoi que nous entreprenions, les élites politiques d’Europe de l’est resteront « nerveuses » en entendant le mot « Russie » (selon la vieille plaisanterie : « Je ne suis pas paranoïaque mais cela ne signifie pas que je ne suis pas surveillé »). Que faire ? C’est incurable. Ces phénomènes nous échappent totalement : qu’on s’assoie, qu’on se lève, rien ne convient ! Pendant le conflit géorgien le prix du pétrole chutait, nécessitant plus de solidarité énergétique. Mais il ne s’agissait pas d’énergie !

On entend dire que nous manquons de ressources, ce n’est pas sérieux ! Jetez un coup d’œil sur la carte : il y a du pétrole en Alaska et en Norvège, entre l’Alaska et la Norvège, il y a la Russie. Donc, il y a du pétrole. Si nous avons sollicité une société étrangère (Total) pour exploiter le gisement Chtokman (2), en gardant la propriété du gisement, c’est que les ressources de gaz y sont bien plus importantes que ne le disent les chiffres publiés.

Ce qui me fournit la conclusion de mon intervention :
Voici l’histoire du gisement Chtokman (dont vous recevrez le gaz dans quatre ou cinq ans) : C’était à l’époque soviétique, on était début décembre, des forages sous-marins devaient atteindre une certaine profondeur, prévue par le plan. Quand l’objectif fut atteint, mais sans résultat, il restait deux semaines jusqu’au Nouvel an. L’administration qui procédait à ce forage décida donc de forer encore sur quelques centaines de mètres, ailleurs, n’importe où. C’est cette persévérance qui a permis la découverte du gisement de Chtokman, la nuit du Nouvel an, par hasard.

L’économie planifiée a du bon.

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1) Fondé en 2001, le FPEG est pour l’instant une structure informelle. Cinq de ses membres (Russie, Iran, Qatar, Venezuela et Algérie) contrôlent 73% des réserves mondiales de gaz et 42% de la production.
2) Le gisement de Chtokman (en Anglais Shtokman) est situé dans la partie russe de la Mer de Barents, 650km au nord de la péninsule de Kola et à l’ouest de la Nouvelle-Zemble. Ses réserves sont estimées à 3200 G.m3 – soit quelques 2% des réserves mondiales de gaz conventionnel. Le gisement est situé à 350 m de profondeur en moyenne.

Fondation Res Publica I Lundi 20 Octobre 2008 I | Lu 3379 fois


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