L’armée pakistanaise post-Musharraf


Intervention d'Amélie Blom, chercheur associé au département de sciences sociales de la Lahore University of Management Sciences au colloque du 22 juin 2009, Où va la Pakistan ?


L’armée pakistanaise post-Musharraf
Je remercie la Fondation Res Publica pour son invitation.
Parler du rôle de l’armée dans la politique pakistanaise revient à peu près à refaire toute l’histoire politique du Pakistan depuis 1947.

Je commencerai par vous lire un extrait du tout premier roman satirique sur l’armée publié récemment. Le point de vue est interne car Mohammed Hanif fut lui-même élève de l’académie qui forme les officiers de l’armée de l’air. Ce roman s’intitule : « Case of exploding mangoes » (L’affaire des mangues explosives). C’est une investigation satirique sur toutes les causes probables de l’assassinat du général Zia en août1988, quand son avion a explosé en vol. Cet extrait exprime très bien les lignes de tension à l’intérieur de l’armée.

« Quand le général Zia s’est marié, il était capitaine dans une division blindée. Il était alors vierge. L’un de ses oncles maternels le prit dans un coin le soir de son mariage et lui murmura à l’oreille ce vieux proverbe persan : Tue le chat dès le premier jour. L’oncle lui pressa l’épaule, eut un rire vulgaire et le poussa dans la chambre où la première dame, pareille à un ballot de soie rouge, l’attendait sur un lit. Zia ne connaissait pas le persan et ne trouva aucun chat à tuer cette nuit-là. Il dit à sa future épouse : Voulez-vous changer vos vêtements pour quelque chose de plus confortable ? Tout en tripotant nerveusement l’ourlet de sa chemise rouge. Non, lui répondit-elle, en lui arrachant la chemise des mains, c’est assez confortable. Elle lui tourna le dos et s’endormit aussitôt. Zia (la dictature du général Zia a duré de 1977 à 1988) savait que l’échec cuisant de cette première nuit avait eu pour résultat un mariage dans lequel son autorité n’avait jamais pu être pleinement établie.

Vingt-trois ans plus tard, le matin qui suivit son coup d’Etat, il comprit enfin le sens du proverbe persan. Il décida de tuer le chat et de l’enterrer. Il ne savait pas, toutefois, comment il allait s’y prendre. Allah m’aidera pensa-t-il avant d’entrer dans la salle de conférence. C’était la première réunion des huit généraux (incluant les chefs d’état-major de l’armée de l’air et de la marine) que Zia réunissait, juste après son coup d’Etat, au quartier général de l’armée de terre. Conscient de la nature historique du moment, les plantons avaient généreusement vaporisé un désodorisant parfumé à la rose qui transformait la salle de conférence en un cercueil fraîchement scellé.

La réunion commence, le général Zia remarque, un peu blessé que les généraux se sont assis avant que lui-même en donne le signal. Le chef d’état-major de la marine dit : Je voudrais attirer votre attention sur le fait que je n’ai pas été informé du coup d’Etat, je l’ai appris alors qu’il était déjà en cours. (note : En dépit de son caractère fictif, ce roman est très proche de la réalité parce que les chefs d’état-major des autres armes n’ont jamais été informés à l’avance des coups d’Etat au Pakistan qui ont, tous, été menés par l’armée de terre) Le général Zia fixe alors son chef d’état-major de la marine avec un regard bienveillant et lui dit d’une voix plaintive : Bien sûr, je vais écouter votre protestation et vos conseils sur ce que nous devons faire dans l’avenir mais, puisque nous sommes tous réunis pour la première fois et que nous avons été capables de sauver notre pays sans verser une goutte de sang, ne devrions-nous pas commencer ce meeting par une récitation du Coran ? Les généraux, embarrassés, tous musulmans, connaissaient l’inclination de leur nouveau chef pour la religion mais un meeting est un meeting et le mélange des affaires d’Etat et de la religion était pour eux inconcevable. Un tiers de siècle d’entraînement militaire les avait préparés à beaucoup de tâches, ils pouvaient trinquer en cinq langues différentes, ils pouvaient marcher au pas et conduire des exercices militaires conjoints avec les meilleures armées du monde et, s’ils ôtaient leurs uniformes, ils pouvaient embrasser une carrière diplomatique ou diriger une université (note : clin d’œil aux très nombreux privilèges dont bénéficie l’armée pakistanaise) mais toutes leurs années de formation ne les avaient pas préparés à cette situation insolite : la récitation du Coran lors d’un meeting de généraux. Le général Zia persiste, leur répétant Il ne faut pas dire « Dieu » mais prononcer le nom « Allah » et leur fait la leçon tout au long de la réunion. Les généraux qui surnommaient Zia ‘le mollah’ se sentaient honteux de l’avoir sous-estimé. Non seulement il était un mollah mais sa compréhension de la religion n’allait pas au-delà de la péroraison sur ce qu’il avait entendu de la bouche du précédent mollah. Il était un mollah dépourvu de barbe, sanglé dans un uniforme de général quatre étoiles et doté de la mentalité d’un inspecteur des impôts corrompu. Tous, autour de la table, sont pétrifiés par le général Zia qui les gourmande comme des écoliers, et redoutent la question piège.

Si le général Zia avait pu lire dans leur pensée, voici ce qu’il y aurait lu :
L’un se dit : mais qu’est-ce qu’on lui a appris à Sandhurst ?
L’autre : Un pays qui croit qu’il a été créé par la volonté de Dieu a le chef qu’il mérite, un imbécile blablatant et qui pense qu’il a été choisi par Allah pour dissiper les doutes quant à la façon de prononcer son nom.
Un troisième pense Ce qu’il dit fait parfaitement sens, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
Un autre s’interroge Qui va-t-il nommer comme numéro 2 ?
Un autre se demande s’il est à un meeting de chefs d’armées ou dans une mosquée de village.
Un autre se dit : Dès ce soir, j’interdis le nom de Dieu dans ma maison et on ne prononcera plus que le nom d’Allah.
Un autre : Qui aurait pensé qu’un génie théocratique se cachait derrière cet uniforme ? Tandis qu’un dernier s’impatiente Quand va-t-on en venir à l’ordre du jour ? On vient de renverser un foutu gouvernement élu. Allah va-t-il descendre de son nuage pour nous aider à surveiller les rues ? »


Je vous ai lu un extrait de cet excellent roman pour illustrer le fait que cette armée pakistanaise est bien moins monolithique qu’on ne l’assume généralement. Les lignes de tension sont très fortes. La principale, à laquelle Mohammed Hanif fait référence, oppose l’armée de terre à la marine et à l’armée de l’air.

Quand on parle de l’armée pakistanaise, on évoque une armée professionnelle (il n’y a pas de conscription au Pakistan), la septième armée du monde en nombre. La partie la plus politisée de cette armée est l’armée de terre qui, pour des raisons historiques, domine et a une conscience claire de sa supériorité puisqu’elle met toujours l’armée de l’air et la marine devant le fait accompli, non seulement à chaque coup d’Etat (1958, 1977, 1999) mais aussi chaque fois que des opérations militaires d’envergure et plus ou moins secrètes sont menées contre l’Inde, que ce soit en 1965 ou lorsque la guerre de Kargil avait commencé en 1999.

On a tendance à beaucoup personnaliser, de l’extérieur, la prise de décision mais cette armée de terre fonctionne comme une junte. Musharraf, président et chef d’état-major de l’armée de terre (1998-2007) prenait, tout comme ses prédécesseurs, ses décisions de façon collégiale. Sous Musharraf, c’est ainsi une coterie de cent cinquante généraux de deux à quatre étoiles qui dirigeait le pays avec lui. Mais le cercle restreint réunit le chef d’état-major de l’armée de terre, les commandants de corps d’armées, le directeur général de l’ISI (services de renseignements interarmées), le directeur général des services de renseignements strictement militaires pour l’armée de terre (MI, Military Intelligence) et le directeur général des opérations militaires (DGMO).

Il est important de comprendre que cette armée fonctionne comme une junte parce que cela signifie qu’elle protège ses intérêts corporatistes à la fois au sens politique et au sens économique, même contre ses propres généraux. Par exemple, en 1969, quand le général Ayub Khan n’était plus capable de tenir face à la pression de la rue, l’armée avait pris la décision de l’écarter et de le remplacer par le général Yahya Khan. De même, en 2007, Musharraf s’est isolé, commençant à gérer le pays avec une petite clique de conseillers, se référant de moins en moins à la hiérarchie militaire. Quand il ne fut plus capable de tenir la pression de la rue face à la fronde des avocats, de l’appareil judiciaire, des journalistes et d’autres secteurs de la société, la junte militaire fit pression pour que Musharraf passe la main ; un nouveau chef d’état-major de l’armée de terre fût nommé.

Cette armée a parfaitement intériorisé la norme (Pierre Bourdieu parlerait d’habitus) d’être une armée politique. Elle perçoit la gestion politique comme une partie légitime de ses fonctions. Il est très important de comprendre les coups d’Etat militaires au Pakistan à partir de cette grille. Au-delà du souci de préserver ses intérêts corporatistes, l’armée considère que les civils gouvernent par défaut. L’armée n’a pas intériorisé la norme d’une suprématie d’un gouvernement civil : les partis politiques n’ont de légitimité à la direction politique du pays que concédée par l’armée. Si, à certains moments, elle accepte de se mettre en retrait, d’abandonner le premier plan, cela ne veut pas dire qu’elle a renoncé à avoir son mot à dire en politique.

Depuis le premier coup d’Etat militaire, depuis 1958 jusqu’à aujourd’hui, à l’exception de l’intermède du régime de Zulfikar Ali Bhutto, de 1971 à 1977, années où l’armée était complètement à genoux après la défaite contre l’Inde et la perte du Bengladesh (traumatisme dont elle a mis du temps à se remettre), l’armée a toujours été le maître ou l’arbitre ultime du jeu politique pakistanais, quelle soit au pouvoir ou non. C’est pourquoi le chef d’état-major de l’armée de terre est généralement connu comme le Kings maker.

Cette domination politique de l’armée a des origines complexes, des origines historiques que je rappellerai brièvement : à la fois le legs colonial et la sociogenèse de la formation de l’Etat.
L’Etat pakistanais naît dans une guerre, c’est d’emblée un Etat d’insécurité. L’élite politique, civile et militaire développe une mentalité d’assiégés, avec l’idée que l’Etat ne va pas survivre, que le pays va être envahi par l’Inde. L’armée n’a eu aucun rôle dans la lutte anticoloniale pre-1947, elle a plutôt bénéficié de la période coloniale. Elle n’a donc aucune légitimité historique dans la formation de l’Etat, à la différence de l’armée algérienne par exemple. La question du Cachemire sera sa grande cause patriotique au lendemain de la guerre de 1948 et lui permettra de se construire une légitimité historique contre l’Inde, d’où la fonction du discours anti-indien.

Sur le temps long, la consolidation du pouvoir politique de l’armée a reposé sur trois instruments principaux :

Tout d’abord des rentes.
Il est intéressant de comparer l’armée pakistanaise avec les armées algériennes et turques. Avec des différences, ce sont des armées qui fonctionnent sur des rentes de long terme. Pour l’armée algérienne, c’est le gaz naturel. L’armée pakistanaise n’a aucune ressource naturelle mais elle dispose de deux rentes importantes :

1) L’insécurité, qui lui a permis de bénéficier de financements américains considérables, est aussi une rente au niveau symbolique sur laquelle s’est construit le nationalisme militariste. Cette insécurité a permis la constitution, dans les manuels scolaires et dans la presse conservatrice, de ce nationalisme qui fait de l’armée la principale force qui peut défendre la société et la nation. Mais la particularité de cette rente d’insécurité, c’est que l’armée a assez peu combattu au Pakistan. C’est une armée puissante, dont les intérêts économiques sont considérables, mais elle a géré cette rente d’insécurité de façon assez particulière en déléguant partiellement la guerre à des forces armées privées. Ca a été surtout le cas au Cachemire dans les années quatre-vingt-dix mais il y avait eu un précédent, dans les années quatre-vingt, lors la guerre en Afghanistan contre l’Armée rouge, guerre que les Américains déléguèrent à l’armée pakistanaise, elle-même la déléguant à des forces privées.

2) La rente la plus intéressante pour l’armée pakistanaise, celle qui lui permet de consolider son pouvoir politique, c’est l’Etat postcolonial, principal instrument de patronage et de redistribution des financements, des postes, des statuts, des fonctions etc. L’armée a eu tendance à « coloniser l’administration civile » selon la formule du politiste Samuel Finer. De plus en plus de généraux et d’officiers de rang intermédiaire occupent des fonctions dans l’administration publique. L’armée est devenue le deuxième propriétaire terrien du pays après l’administration publique. La gestion de cette rente que constituent l’appareil d’Etat et les ressources propres de l’Etat permet de consolider l’esprit de corps au sein de l’armée. Particularité intéressante, l’armée pakistanaise - comparée à l’armée du Bengladesh ou à d’autres armées dans des Etats postcoloniaux – a connu assez peu de putschs internes qui ont réussi. En général ils sont étouffés dans l’œuf. L’armée a un esprit de corps assez fort parce que c’est une armée qui redistribue elle-même la rente - des terres, des maisons, des postes, qui remercie les siens en les envoyant gérer une université, un conglomérat agroalimentaire etc -, rendant l’institution relativement étanche à la cooptation des partis politiques.

Le pouvoir de l’armée ne repose pas seulement sur ses rentes mais aussi sur un système assez complexe d’alliances.

Alliance avec la bureaucratie, alliée traditionnelle (l’axe militaro-bureaucratique s’est constitué très tôt dans l’histoire du Pakistan), et avec l’appareil judiciaire qui, traditionnellement a toujours avalisé les coups d’Etat au nom de la « doctrine de la nécessité » et ce, jusqu’en 2007 où cette alliance s’est brisée. Le président de la cour suprême, Ifitkhar Chaudhry, se rebelle alors contre Musharraf et a d’ailleurs reçu une médaille de la Harvard Law School Association pour sa lutte en faveur de la démocratie au Pakistan. Ce prix, si l’on se rappelle qu’il a également été décerné à Nelson Mandela, est tout à fait abusif : Chaudhry avait été élevé au poste de président de la cour suprême par un dictateur, le général Musharraf en 2005. Il avait même offert à ce dernier le droit d’amender la constitution, ce que n’avait fait aucun président de la cour suprême avant lui !

Enfin, la Ligue musulmane du Pakistan, la PML, a toujours été, sous Ayub Khan, sous Zia et sous Musharraf, le principal relais de l’armée pour créer des clientèles politiques. Tout cela a mis en place un système, une « autocratie constitutionnelle » qui a consolidé le pouvoir politique de l’armée.

Le pouvoir politique de l’armée a tout de même évolué sur le temps long.
L’armée, au pouvoir pendant trente ans, n’a pas arrêté de manipuler la constitution, créant des amendements pour parvenir à un régime présidentiel de plus en plus fort ; le Président étant soit lui-même le chef d’état-major de l’armée de terre, soit, lorsqu’il est civil, le principal levier constitutionnel dont dispose l’armée pour démettre des Premiers ministres rétifs. Un amendement au sein de la constitution donne, en effet, au président le pouvoir de démettre le gouvernement et les assemblées. L’armée, en période de démocratie, de gouvernement civil élu, peut donc manipuler le système à son avantage. Par ailleurs, les gouvernements élus n’ont aucun mot à dire sur les questions de défense et sur la politique régionale qui restent du seul ressort de l’armée.

Paradoxalement, en dépit de tout cela, quand on regarde l’histoire du Pakistan sur le temps long, on s’aperçoit que les partis politiques sont étonnamment forts et résilients, la structure de partis est restée intacte comme l’ont démontré les élections de février 2008; fait d’autant plus remarquable que, dans les années quatre-vingt-dix, Nawaz Sharif et Benazir Bhutto, les principaux dirigeants des deux grands partis politiques pakistanais, la Ligue musulmane du Pakistan (PML) et le Parti du peuple pakistanais (PPP), étaient en exil. Pendant neuf ans, Musharraf a fait tout ce qu’il a pu pour créer des factions, organiser des élections locales sans partis, il a mis en place toutes sortes d’astuces pour essayer de défaire et d’affaiblir les partis politiques. Or, les élections de février 2008 ont été remportées, précisément, par les partis antimilitaristes.

La société civile pakistanaise est, elle aussi, vibrante. Elle ne se limite pas à l’élite, ni aux ONG, ni aux médias privés. Chaque jour ont lieu, en moyenne, vingt manifestations de rue (moyenne comparable à la France !), plus ou moins spontanées. Ce peuvent être les habitants d’un quartier qui manifestent contre les coupures d’électricité ou contre un policier corrompu, ce peuvent être des manifestations plus organisées. Cette société est donc assez protestataire.

Les années Musharraf ont laissé un legs désastreux.
Lorsqu’il quitte la présidence au lendemain des élections législatives de 2008, Musharraf a perdu le soutien de ses alliés traditionnels, la bureaucratie (en raison de la rivalité sur les ressources étatiques entre autres) et l’appareil judiciaire (en démettant le président de la cour suprême).

Il a aussi perdu le soutien de l’armée en respectant de moins en moins la règle de collégialité et en s’enfermant avec un groupe de conseillers de plus en plus restreint et éloigné des réalités politiques et sociales.

La gestion de crises était déplorable. On a vu, au moment au moment de la crise de la Mosquée rouge à Islamabad en 2007, à quel point l’armée était incapable de gérer une situation de rébellion urbaine.
L’image de l’armée dans la société, au terme des neuf années pendant lesquelles le général Musharraf a été au pouvoir, était également désastreuse. L’armée était très exposée puisque Musharraf avait mis des généraux à la tête de toutes les grandes administrations, des universités etc. La société était donc directement confrontée à la très mauvaise gestion des militaires alors que l’armée répétait qu’elle était l’institution la plus efficace par rapport aux politiciens corrompus.

Tous ces facteurs, ajoutés à la pression américano-britannique, ont forcé Musharraf à passer la main, à réintroduire les grands partis de gouvernement dans le jeu politique et, en février 2008, se sont tenues des élections relativement démocratiques (on ne peut jamais complètement truquer des élections au Pakistan) qui ont ramené un pouvoir civil en la personne du président Zardari, le veuf de Benazir Bhutto, dans le cadre d’une coalition. C’est le premier gouvernement de coalition dans l’histoire du Pakistan. Ce n’est pas une nouveauté à l’échelle provinciale mais, au niveau de gouvernement fédéral, c’est tout à fait nouveau.

Il ne faut toutefois pas surestimer la rupture entre l’avant et l’après Musharraf. L’armée, même dans l’ombre, est omniprésente, elle garde deux armes redoutables contre tout gouvernement civil : l’article de la Constitution qui permet à l’armée d’utiliser le président pour défaire un gouvernement élu et une loi de « réconciliation nationale » qui fait que, si les partis politiques ont été réinsérés dans le jeu gouvernemental, l’armée, en contrepartie, a accepté d’écarter toutes les poursuites pour corruption. L’armée peut toujours utiliser cette arme contre Nawaz Sharif et le PPP.

L’armée a cependant une guerre à conduire. Elle a déjà été confrontée à des guerres civiles au Baloutchistan et au Bengale dans les années soixante-dix mais, pour la première fois, elle a une guerre civile à conduire, non contre une minorité ethnique, mais au nom d’un positionnement politique et idéologique et sous très forte pression américaine, dans les zones dites tribales. C’est une chose très difficile à faire pour l’armée.

La priorité de l’armée aujourd’hui est donc de stabiliser le jeu politique, de faire en sorte que le gouvernement de coalition dure. Il s’agit aussi de restaurer l’image de l’armée dans la société et de ménager toute une série d’impératifs très contradictoires pour pouvoir mener la guerre civile dans le nord-ouest de pays.
Je vous remercie.


Jean-Pierre Chevènement
Merci Madame, pour cet exposé très complet. Vous n’êtes pas trop militariste. Vous n’êtes pas non plus, me semble-t-il, tout à fait sur la ligne de l’ambassadeur Charasse. Je vais passer la parole à un autre ambassadeur, Monsieur Hennekinne.

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1) Mohammed Hanif. A Case of Exploding Mangoes (New Delhi: Random House, 2008).

Fondation Res Publica I Lundi 22 Juin 2009 I | Lu 3996 fois


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