Vue de Berlin: Europe russe ou Russie européenne?


Intervention de Michel Korinman, Professeur à l’Université de Paris IV, au colloque "Les choix de l'Allemagne" du 18 octobre 2010.


Vue de Berlin: Europe russe ou Russie européenne?
Vladimir Poutine, en visite à Berlin (1), n’a pas mâché ses mots le 25 novembre 2010 : Entre une Russie « très dépendante de la conjoncture sur les marchés des matières premières », d’une part, et « l’Union européenne qui paie le prix d’une longue période de désindustrialisation », de l’autre, la complémentarité s’avère (2) ; d’autant que la seconde « s’est retrouvée face à la menace réelle d’un affaiblissement de ses positions sur le marché industriel et de l’innovation technologique ». La crise financière a en effet démontré que l’Europe, tout comme les autres « centres » de pouvoir planétaires – USA et Chine inclus – a besoin de « visions » d’avenir. Il convient maintenant de penser sur 20, 30 ou même 50 ans. Celle de Moscou, c’est le partenariat entre la Russie et l’Union européenne. Ce dont rêve le Premier ministre russe, c’est d’un grand marché continental « de Lisbonne à Vladivostok » ; ce que propose la Russie qui a levé les taxes d’exportations vers l’Union sur des matières premières comme le bois (baisse du coût du papier) et espère de la sorte faciliter son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce, c’est la synthèse des deux économies – l’une classique, l’autre de type nouveau, une communauté d’économies harmonisée, voire des formes de libre-échange et même « des formes plus avancées d’intégration économique ».

Dans ce contexte, l’interlocuteur reste l’Allemagne, soit le plus proche allié de la Russie en Europe. Poutine établissant un astucieux parallèle entre son projet euro-russe et la réunification allemande sous Helmut Kohl ; si l’ex-chancelier eut historiquement raison de tenir bon contre ceux qui préconisaient d’attendre que la RDA fût mûre, alors les concepteurs de l’Euro-Russie à venir doivent faire preuve d’une même fermeté.

Plus spécifiquement : L’idée d’un complexe énergétique commun « frappe littéralement à la porte ». Poutine s’employant, ce qui frappe, à déconstruire l’argument « anti-impérialiste » d’une prise de contrôle russe sur l’Europe : On a dans un passé récent par trop politisé les choses, allant jusqu’à prêter à la Russie des desseins cachés derrière sa politique énergétique, « ce qui n’avait rien à voir avec la réalité » ; alors que la Russie, dès lors que l’URSS s’était effondrée, avait été privée d’accès immédiat à ses plus gros marchés européens et que les pays de transit, en position de monopole, aspiraient à des avantages unilatéraux, « d’où les disputes connues ». Argument choc : Nombre de pays européens, l’Allemagne « incluse » (euphémisme diplomatique pour « en tête ») l’ont bien compris puisqu’ils se sont « rangés derrière la Russie » au sein des projets de gazoduc Nord Stream (à travers la Baltique) et South Stream (par la mer Noire). En découlera un réseau « diversifié et flexible ». La Russie n’a au demeurant aucun intérêt à ce que l’UE soit affaiblie ou divisée. Mais attention à ne pas confondre une capacité réelle à tenir compte des intérêts stratégiques mutuels, laquelle doit absolument primer, avec la « logique » du « troisième paquet énergie » – libéralisation du secteur en Europe – de l’Union européenne qui est très dangereuse car elle découragera les investisseurs (russes) et pourrait bien déboucher « dans quelques années » (comparaison avec la crise financière) sur une situation désastreuse : infrastructures délabrées, raréfaction des sources d’énergie, prix élevés à la consommation (ici, le Premier ministre avait naturellement à l’esprit la fameuse clause Gazprom : Les investisseurs de pays tiers désirant contrôler un réseau de transport ou un gestionnaire de réseau de transport sont soumis à une procédure de certification requérant l’intervention de la Commission européenne et du régulateur national ; l’État tiers doit respecter l’ensemble des droits et obligations consacrés par la législation de l’État membre). En somme : le « contrat énergétique » avancé par Vladimir Poutine est en contradiction avec la politique énergétique de l’Union (3).

Rien d’étonnant à ce que la chancelière Angela Merkel, russophone mais nettement moins russophile que son prédécesseur Gerhard Schröder (cf. Martin Kaspar, Michael Partmann, Gerd Strohmeier infra) ait été gênée. Bien sûr, elle a donné le change en articulant un besoin de mêler d’eau le vin poutinien (la France et l’Allemagne n’avaient-elles pas apporté une impulsion décisive aux avancées du troisième paquet énergie en termes de protection des consommateurs ?) (4). D’abord parce que la Russie va de fait en sens inverse : Union douanière avec le Kazakhstan et la Biélorussie ou bien discussions récurrentes à Moscou quant à une éventuelle augmentation des taxes sur les importations. Et puis Poutine s’est bien gardé d’associer son offre de communauté économique euro-russe à une quelconque ouverture politique. Probablement l’adoption par la Douma, le 26 novembre 2010, du texte reconnaissant le massacre par l’Armée rouge de 4 400 officiers polonais dans la forêt de Katyn au printemps 1940 a-t-elle corrigé à point nommé cette absence d’inflexion sur la « gouvernance » et les droits de l’homme.

Mais surtout : au moment où l’Europe peine à prévenir les faillites d’État, trois marqueurs géopolitiques vont dans le sens de la « révélation » poutinienne.


Obama et la retraite de l’Est (européen)

C’est la thèse du sentiment très net d’abandon par les États-Unis dans les pays de l’Europe centrale et (extrême)-orientale telle que la (re)produisent Helle C. Dale et Ariel Cohen, deux ténors de l’Heritage Foundation - l’un des plus importants think-tanks conservateurs américains, jadis architecte de la doctrine Reagan - et qui s’illlustrait dans la lettre ouverte de personnalités d’Europe centrale et orientale publiée dans Gazeta Wyborcza en date du 16 juillet 2009 (cf. Anthony Jones infra) (5). Ce dernier document faisant naturellement écho à deux textes fameux : la « Lettre des huit » du 30 janvier (entre autres Pologne, Hongrie et République tchèque) et la « Lettre de Vilnius » du 5 février 2003 (Europe de l’Est et Balkans occidentaux) où la New Europe du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld prenait spectaculairement fait et cause pour les Américains contre la France et l’Allemagne dans l’affaire irakienne (6).

• Les nouveaux Européens qui s’étaient battus pour l’Amérique depuis le 11-Septembre se sentent trahis dès lors que Washington, croyant pouvoir de la sorte escompter l’appui de Moscou sur le nucléaire iranien et le nouveau traité START (réduction des armes stratégiques) annonce le 17 septembre 2009 un retrait du bouclier antimissile de Pologne et de République tchèque. Le tout sans prévenir des Tchèques et des Polonais qui avaient respectivement conclu l’accord sur le bouclier en 2007 et en 2008. Une Europe centrale et orientale déjà échaudée dès lors que les Russes avaient divulgué en février 2009 la « lettre secrète » d’Obama à Poutine : START contre le bouclier.

L’invasion éclair de la Géorgie par les Russes en août 2008 a d’autant traumatisé les nouveaux amis des États-Unis que la réaction américaine n’était pas faite pour les rassurer. Washington se contentant après le cessez-le-feu d’une protestation formelle et de gestes : rapatriement de troupes géorgiennes d’Irak ; assistance humanitaire par les bâtiments US ; message de modération aux Russes. Voilà qui a rappelé à l’Est Berlin (1953), la Hongrie (1956) et la Tchécoslovaquie (1968). À l’évidence, le renforcement des mécanismes de sécurité en Pologne et dans les pays baltes n’a pas compensé le refus d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie à l’OTAN. Pire : c’est tout le prestige de l’Alliance qui s’est trouvé endommagé par semblables reculs.

• La Russie qui use de ses ressources énergétiques comme d’une arme étrangle quand elle le souhaite ses voisins pour les contraindre à adopter des politiques favorables au Kremlin. Et parce qu’elle veut s’assurer le contrôle de leurs infrastructures. Pas moins de 55 interruptions stratégiques de 1991 à 2005. Or, la « schroedérisation » des esprits – du nom de l’ex-chancelier allemand président du comité des actionnaires de Nord Stream depuis 2006 (7) – en Old Europe – singulièrement l’Allemagne, mais aussi l’Italie – pousse les acteurs massivement dépendants de Moscou sur le plan énergétique comme les pays baltes, la Pologne, l’Ukraine et la Biélorussie à se subordonner politiquement au grand voisin.

Résultat selon les auteurs qui citent les Transatlantic Trends du German Marshall Fund, l’ « effet Obama » électoral/postélectoral n’a pas atteint en Europe centrale et orientale les sommets de l’Europe de l’Ouest : 44% contre 56% en faveur du leadership américain. L’enthousiame pour les États-Unis, dans la région, est beaucoup plus modéré (8). De même pour le Pew Research Center de novembre 2009 qui indique un déclin de l’attachement à la démocratie et au marché (9). Certes, même abreuvée de soft power russe, l’Europe centrale et orientale n’est pas encore repassée sous l’influence de Moscou, mais on ne saurait donner pour acquis pérenne le soutien à l’Occident et aux États-Unis.

Une argumentation à la serpe. Les auteurs préféreraient à l’évidence qu’Obama n’aille pas au-delà d’un seul et unique mandat ou mieux encore qu’il ne termine pas le mandat en cours. Il ne leur a cependant pas échappé aux auteurs que la guerre de Géorgie a eu lieu à la fin du deuxième mandat de Georges W. Bush. Le prédécesseur d’Obama jouissant chez eux d’une confortable mise entre parenthèses : L’absence de réaction militaire était compréhensible à quelques semaines des élections présidentielles et le président en fin de mandat « se voyait confronté à un arsenal nucléaire massif ». Et puis la différence relevée pour l’année 2009 entre le soutien à l’OTAN en Allemagne – 63% – et en France – 56% – par rapport à la Slovaquie – 52% – ou à la Pologne – 50% – n’a rien de flagrant.

Mais l’argumentation reste à l’évidence efficace ; et l’énumération des Steps and Missteps (coups et ratés) d’Obama renforce encore cette efficacité.


Le couple germano-russe

Poutine avait de bonnes raisons de se référer expressément à l’entreprise Siemens dans son Gastbeitrag de la Süddeutsche Zeitung. Remontons le temps. L’affaire Siemens-Areva-Rosatom commence par un litige de nature classique. La joint venture Framatome ANP, constituée par les deux premières entreprises en 2001, rebaptisée Areva NP en 2006 et au sein de laquelle les Allemands détenaient 34% des parts (10) avait pour objectif de devenir un des leaders mondiaux du nucléaire. Or, Siemens souhaitait depuis des années une augmentation de ses parts, ce à quoi le gouvernement français s’était en revanche opposé. En définitive, le conseil de surveillance de Siemens décida le 26 janvier 2009 tant le retrait de la coopération que la vente de sa participation. Il revenait par contrat initial à Areva d’acquérir les parts du partenaire allemand au plus tard en 2012. Le conflit se radicalisa, les deux parties ne s’entendant toujours pas sur la somme à verser par le partenaire français lequel sollicitait auprès de l’État, son principal actionnaire, une augmentation de capital.

Les Allemands s’engagent alors dans une coopération avec le russe Rosatom et ce sera l’accord de principe signé à Moscou le 3 février 2009. Les Français feront naturellement valoir une incompatibilité avec le contrat de 2001 qui interdisait à la partie allemande toute vente de technologie nucléaire pendant huit années consécutives à un retrait éventuel (11). Ce qui compte : les acteurs allemands et russes qualifient ce tournant d’historique : Peter Löscher, PDG de Siemens qui a négocié avec Vladimir Poutine ; Hans-Jürgen Wio, n° 2 de Siemens-Russie ; Sergej Kirienko, n° 1 de Rosatom. Siemens et Rosatom ont pour ambition de devenir leader mondial de l’énergie nucléaire alors que la Fédération a programmé la construction de 28 centrales de Russie, l’idée étant de combiner les réacteurs dernière génération de Siemens avec les réacteurs russes Aes-92. Le tout selon le Financial Times avec le soutien du gouvernement allemand (12). Voilà qui va bien au-delà de la Strategische Partnerschaft (partenariat stratégique, concept apparaissant à la fin des années 1990) avec la Russie (13). Sans doute ne faut-il pas exagérer la portée politique de l’événement : le couple (outre-Rhin l’ « amitié », Freundschaft) franco-allemand et ses rituels orchestrés ne sont pas enterrés et peuvent encore servir tactiquement. Mais nous sommes ici en économie géopolitique : une avant-garde d’industriels qui envisage l’avenir de l’Allemagne – et de l’Europe – dans l’immense Russie s’est mobilisée. Une élite qui est d’avis que le refroidissement germano-russe en termes de morale politique – droits de l’homme – sous Angela Merkel (grande coalition de 2005-2009, puis tandem avec le FDP libéral) n’a pas pesé et n’influera pas sur les relations économiques entre les deux pays ; mieux : Une étroite coopération ira au contraire dans le sens d’une stabilisation (76%) voire même d’une amélioration des relations politiques (22%) (14). Au sommet de l’industrie allemande, nombreux sont ceux qui à l’instar de Jürgen Grossmann n°1 du géant allemand de l’électricité Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk AG (RWE), de Jochen Weise de la direction d’E. ON Ruhrgas, de Rolf Epstein chargé de la Russie à la division Siemens-Mobility convergent dans cette réorientation évidemment articulée sur la très longue durée. Et de fait, l’Allemagne est le premier partenaire commercial de la Russie en 2009 (au deuxième rang derrière la Chine sur le premier semestre 2010). Il y a déjà imbrication des réseaux économiques au sein d’organismes – à échelon national et à celui des Länder – comme le Deutsch-Russisches Forum, l’Ost-Ausschuss der Deutschen Wirtschaft, le Mittel-und Osteuropaverein, mais aussi la puissante Aussenhandelskammer (Chambre du commerce extérieur) germano-russe de Moscou. Ce sont quelque 6 000 entreprises allemandes en Russie qui contribuent à la modernisation de l’économie du pays : exemple phare du contrat passé par Siemens à hauteur de 2,4 milliards d’euros pour la modernisation du réseau ferroviaire régional au sommet intergouvernemental d’Ekaterinburg (juillet 2010) ; ce sont en sens inverse d’abord les grandes compagnies énergétiques, mais aussi – progressivement et en coopération avec des partenaires allemands – des entreprises russes moyennes et petites qui ont pris le chemin de l’Allemagne (cf. Martin Kaspar, Michael Partmann, Gerd Strohmeier infra). Certes, la partie allemande reste consciente des obstacles bureaucratiques, juridiques et douaniers que rencontrent les entreprises de RFA en Russie ; et puis la crise a naturellement frappé les deux partenaires, surtout la Russie. Mais les entrepreneurs allemands tablent sur le formidable potentiel du pays et la volonté russe de le réformer : 45% d’opinions positives pour les entreprises basées en Russie.

Sans compter le second exemple phare incarné par Nord Stream, le gazoduc sous la Baltique qui va connecter Vyborg (Russie) et Greifswald (Poméranie) ; E.ON faisant justement partie avec Wintershall (BASF) du consortium de ce mégaprojet. L’Allemagne, dès lors que le gazoduc sera entré en service (2012), sera une des plaques tournantes des exportations gazières russes en Europe et partenaire privilégié de la partie de poker énergétique jouée par Moscou en Eurasie (15) (cf. Roland Götz infra).
Et dans un pays comme la Pologne encore traumatisé par la Seconde Guerre mondiale la mémoire collective a tout de suite joué, le ministre de la Défense de l’époque, Radoslaw Sikorski, comparant les accords germano-russes au pacte germano-soviétique de 1939.

Pour faire bonne mesure : le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle (FDP), s’est exprimé de manière beaucoup plus positive que la chancelière sur un éventuel développement du « partenariat stratégique » en matière d’économie.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Monsieur le professeur.
Vous avez remarqué à juste titre que les opinions publiques sont assez divisées, en Allemagne comme en France. On peut se demander s’il n’y a pas, en France aussi, des acteurs économiques, dans l’industrie par exemple, qui voient leur intérêt dans une coopération avec la Russie. Dans le domaine ferroviaire, je note qu’Alstom a passé un accord avec Transmashholding (TMH) (16). Dans le domaine de la coopération spatiale nous avons une grande expérience.

Nous devons essayer de raisonner, me semble-t-il, d’un point de vue européen. Nous ne sommes plus à l’époque de l’hégémonie européenne. Nous sommes dans un monde où d’autres puissances émergent. Par conséquent nous devons essayer de penser plus vaste.

Sans anticiper sur le débat, je dirai que la question posée porte sur l’intérêt que nous aurions à un rapprochement de toute l’Europe avec la Russie. Ne devrait-ce pas être un projet paneuropéen ? Ne conviendrait-il pas d’encourager les Français, les Italiens, les Britanniques, d’autres encore, à s’intéresser aux immenses possibilités qu’offre la Russie ? Mais le territoire de la Russie est démesurément vaste, difficile, le climat y est rude et la tâche sera très longue, ce qui doit nous amener à pondérer tout cela.

Je me tourne maintenant vers le Professeur Stark pour lui soumettre quelques questions :
N’est-il pas normal qu’au bout de vingt ans, la grande nation qu’est l’Allemagne ait aussi un projet national ?

Ce projet national ne la porte-t-il pas naturellement vers l’Est, non plus militairement – ceci appartient au passé - mais sur le plan économique, compte de la situation économique dans la zone euro ?
Comment voyez-vous cela ?
Comment anticipez-vous la crise de l’euro qui est devant nous ?

L’euro poussé vers le haut par la chute du dollar va évidemment mettre tout le monde très mal à l’aise ce qui laisse augurer une crise de l’euro dont l’affaire grecque a peut-être été une répétition générale ou un cas d’école. L’avenir, pour la zone euro, s’annonce très difficile.

Tout cela a un impact sur l’opinion allemande que vous connaissez très bien puisque vous étudiez le mouvement des forces politiques en Allemagne.

Quid du rapport entre la France et l’Allemagne ? La France occupait une position très centrale en Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la réunification allemande. C’est l’Allemagne qui occupe désormais cette position centrale.

Comment accorder, en quelque sorte, l’ego de ces deux « grandes nations » ? Mais il n’y a plus de grandes nations ayant vocation à dominer les autres aujourd’hui, même la Russie est un peuple européen, un grand peuple mais pas à l’échelle des nations milliardaires de l’Asie. En effet, par rapport à la masse chinoise ou indienne, la Russie se compare davantage, par son poids démographique (142 millions d’habitants), aux autres peuples européens (l’Allemagne, 82 millions d’habitants, la France, un peu plus de 62 millions). Nous devons essayer de raisonner à l’échelle du monde d’aujourd’hui.

Si j’ai un peu anticipé, c’était pour faire un lien entre l’exposé décoiffant du Professeur Korinman, qui nous a entraînés très loin des considérations sur la politique macroéconomique allemande, et la question : L’Allemagne a-t-elle un projet national ?


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Cette contribution écrite a été établie par le professeur Korinman à la suite de son intervention orale.
1/ Il s’agit des quatrièmes sommets de l’économie organisés par la Süddeutsche Zeitung du 25 au 27 novembre 2010.
2/ Cf. Patrick Saint-Paul, « Poutine fait les yeux doux aux entreprises allemandes », Le Figaro, 26 novembre 2010.
3/ Cf. Vladimir Poutine, « Von Lissabon bis Wladiwostok », Süddeutsche Zeitung, 25 novembre 2010, http://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/putin-plaedoyer-fuer-wirtschaftsgemeinschaft-..., [26 novembre 2010].
4/ Cf. Daniel Brössler, Claus Hulverscheidt, « Kanzlerin bremst Putin », 26 novembre 2010, [26 novembre 2010].
5/ Cf. Valdas Adamkus et al., « An Open Letter to the Obama Administration from Central and Eastern Europe », Radio Free Europe/Radio Liberty, 16 juillet 2009.
6/ Cf. « The U.S. Takes "New Europe" for Granted at its Own Peril », Backgrounder #2478, 21 octobre 2010, [19 novembre 2010].
7/ Tout comme le Néerlandais Marcel Kramer, ancien président du directoire de Gasunie – elle-même partie prenante dans Nord Stream à partir de novembre 2007 à hauteur de 9% (réduction correspondante des parts des deux entreprises allemandes)– est président du directoire de South Stream depuis octobre 2010.
8/ German Marshall Fund, Transatlantic Trends : Topline Data 2009, 2009, p. 9-10 ; Transatlantic Trends : Key Findings 2009.
9/ Pew Research Center, « End of Communism Cheered But Now With More Reservations », 2 novembre 2009.
10/ Cf. Gerd Strohmeier, note pour Outre-Terre, novembre 2010. Areva NP était plus précisément issu de Framatome (filiale d’Areva) et de Siemens Nuclear Power , le département nucléaire de Siemens.
11/ Ibid. ; Florian Willershausen, Gerhard Bläske, Warum Siemens die Russen braucht, [4 novembre 2010] ; Thomas Ludwig, Streit mit Areva : Siemens regt Verfahren gegen sich selbst an [4 novembre 2010].
12/ Cf. Andrea Tarquini, « Berlino fa rima con Mosca Ecco il nucleo duro del progetto Eurorussia », Limes rivista italiana di geopolitica, Eurorussia Il nostro futuro ?, 3/2009, p. 95-101.
13/ Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que l’humiliation infligée à Siemens par la présidente du directoire d’Areva – les Allemands n’avaient ni la compétence, ni le personnel, non plus que la technologie et les brevets – était géopolitiquement contre-productive, cf. Gerd Strohmeier, Note, op. cit. et Manager Magazin, « Kernenergie. Areva-Chefin demütigt Siemens », [4 novembre 2010].
14/ Deutsch-Russische Aussenhandelskammer/Ost-Ausschuss der Deutschen Wirtschaft, Geschäftsklima Russland 2009. 7. Umfrage der Deutsch-Russischen Auslandshandelskammer (AHK) und des Ost-Ausschusses der Deutschen Wirtschaft, Moscou/Berlin, 2009, p. 7-8.
15/ Cf. Stefan Fröhlich, « Zwischen den USA, Russland und anderen regionalen Vormächten. Zur Rolle der EU in der Welt », in Olaf Leisse (éd.), Die Europäische Union nach dem Vertrag von Lissabon, Wiesbaden, VS-Verlag, 2010, p. 323.
16/ « Alstom et Transmashholding (TMH), principal fabricant de matériel ferroviaire en Russie, ont signé le 31 mars 2009 un partenariat stratégique, qui couvre les volets technologique, industriel et financier. Aux termes de cet accord, qui avait fait l’objet d’une lettre d’intention annoncée en octobre 2008, Alstom Transport participera à la modernisation de l’appareil industriel de TMH et au développement d’une nouvelle génération de matériel roulant adapté au marché russe. Par ailleurs, Alstom acquerra 25% (+ 1 action) du capital de la société-mère de TMH à un prix qui sera fixé en fonction des résultats de TMH sur la période 2008-2011. » (source : http://www.transport.alstom.com.


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Fondation Res publica I Lundi 17 Janvier 2011 I | Lu 3137 fois


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