Sans industrie solide, pas de protection sociale efficace


Tribune de Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica, répondant à la question "Comment sauver la protection sociale ?" du panel LeMonde.fr, mercredi 14 décembre 2011.
Au lieu d'un asservissement aux agences de notation et à des plans d'austérité imposés, la réindustrialisation de la France est le chemin à suivre pour stimuler la croissance et la création d'emplois. Elle est également la condition sine qua non du maintien de notre protection sociale.


Sans industrie solide, pas de protection sociale efficace
Le mode de financement de la protection sociale a tantôt fait l'objet de réformes profondes tantôt de petites mesures, mais nous sommes à un moment décisif. Il s'agit de réinscrire la France dans des perspectives de croissance à long terme ; c'est le rôle de l'Etat moderne, l'Etat stratège. On ne peut en effet financer la protection sociale sans base productive. Celle-ci s'est réduite de plus de moitié en 30 ans. La part de l'industrie est passée de 28 % en 1982 à 13 % du PIB aujourd'hui. A ce rythme, qu'en restera-t-il dans quelques années ? Pourquoi un tel décrochage ?

La crise de la zone euro n'a pas seulement pour origine le creusement des déficits et l'explosion de la dette publique, mais surtout les écarts de compétitivité et les déséquilibres des balances commerciales au sein de la zone euro. Ainsi, il suffit d'observer le léger tassement des taux de marge des entreprises françaises, depuis la création de l'euro, entre 2000 (29,5 %) et 2007 (28 %). Contrairement aux entreprises allemandes qui ont vu leur taux de marge décoller de plus de 8 points (de 22,5 % à 31 %) au cours de cette période. Or, les bénéfices que réalise une entreprise peuvent être un vecteur de développement, en permettant l'investissement dans la R&D, dans le capital, mais aussi dans la création d'emplois, sources de cotisations pour les régimes sociaux. Ceci dit, une industrie moderne devrait être non pas segmentée mais "totale", c'est-à-dire engageant l'ensemble de la chaîne de valeur (de la recherche au marketing, en passant par la production et l'assemblage).

Une politique industrielle ambitieuse pourrait mener de front plusieurs chantiers. L'effort de recherche du pays devrait ainsi être porté à 3 % du PIB, dans le numérique, l'énergie, l'agriculture, ou encore la défense, pour n'évoquer que ces secteurs. L'initiative publique constituerait également un soutien non négligeable pour encourager l'émergence de nouvelles entreprises exportatrices et créatrices d'emplois. Cela passe par le renforcement du rôle du Fonds stratégique d'investissement, de la Caisse des dépôts ou la création d'une Banque publique d'investissement. N'oublions pas non plus le problème de la formation des élites françaises, qui s'orientent aujourd'hui trop vers la finance, et pas assez vers l'industrie.

On pourrait multiplier les exemples qui permettraient d'améliorer "l'environnement des entreprises", mais la réussite d'une telle politique est conditionnée par une monnaie moins chère, c'est-à-dire compétitive, afin de permettre à notre industrie de reconquérir plus rapidement des parts de marché. Les Français ne s'y trompent plus : selon un sondage Ipsos/Logica publié dans Le Monde et réalisé pour l'association Lire la Société, 45 % et 38 % d'entre eux considèrent l'euro comme un handicap respectivement pour l'économie française en général et pour nos exportations. L'euro fort pèse sur notre compétitivité et accentue notre déficit commercial. Il continue de favoriser les délocalisations industrielles.

Ensuite, la reconstruction de la base productive de la France doit être accompagnée d'une réforme fiscale ciblée. Une révolution mentale est décisive : le financement de la protection sociale ne peut pas reposer uniquement sur les cotisations salariales. Un glissement d'une partie des charges sociales vers une base de cotisation plus large est indispensable. On peut penser à la CSG, à la TVA sociale, mais surtout à des cotisations assises sur la valeur ajoutée des entreprises. Encore faut-il qu'un tel déplacement des charges sociales vers la fiscalité profite au pouvoir d'achat, au développement des entreprises, et diminue le coût du travail en augmentant ainsi notre compétitivité. D'autant plus qu'avec une monnaie moins chère, nos PME pourraient croître plus rapidement. Par ailleurs, il est injuste que ces PME paient actuellement en proportion plus d'impôts que les grands groupes. Profitant de plusieurs niches fiscales et dispositifs avantageux, les grands groupes ont un taux d'imposition de 8 %, alors qu'il s'élève à 27 % pour les PME. L'idée d'une progressivité de l'impôt sur les sociétés selon le chiffre d'affaire annuel, devrait être envisagée.

Le moins-disant social est une impasse. Le sauvetage du triple A ne doit pas à lui seul hypothéquer l'avenir de notre système social. D'autant plus que ce dernier a agi dans la crise comme un amortisseur des inégalités qui ont tendance à se creuser moins vite en France qu'ailleurs. Toutefois, le gouvernement, à défaut d'agir sur les sujets importants (monnaie, politique de change, politique industrielle, commerciale…) semble avoir choisi : dans le plan de rigueur, il faut voir la poursuite du détricotage de notre modèle social, avec les risques de déliquescence du contrat social et républicain qui y sont liés. Voilà la conséquence du diktat des agences de notation et de l'orthodoxie libérale.

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Voir le texte sur le site du Monde ainsi que les réponses des autres fondations.

Fondation Res Publica I Mercredi 14 Décembre 2011 I | Lu 3448 fois





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