Présentation de la Fondation Res Publica, par Jean-Pierre Chevènement



Présentation de la Fondation Res Publica, par Jean-Pierre Chevènement
La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. Sa perspective est celle d’une évolution vers un dialogue réel des cultures et des nations, dont la traduction politique est la multilatéralité dans la prise de décision et la conduite des actions les plus conséquentes pour l’avenir du monde. Dans le même esprit elle mène une réflexion constructive à propos des grandes questions de société, fondée sur l’exigence et l’actualité d’un modèle républicain pour le XXIe siècle. Depuis la fin de l’année 2008, la Fondation a tout particulièrement consacré sa réflexion à la crise économique qui frappe le monde entier, aux réponses à apporter, au nouveau modèle de développement à favoriser, à la lumière d’un intérêt général seul capable d’équilibrer les dérives du marché.


Un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui
La Fondation Res Publica s’est attachée depuis quatre ans à examiner les principaux défis d’aujourd’hui, tant dans leur dimension thématique (approvisionnement énergétique, question agricole et alimentaire, avenir du dollar, régulation des échanges, par exemple) qu’à partir de cadres géographiques particuliers : l’Asie du sud-est entre ses géants, l’avenir des Balkans, du Moyen-Orient, le devenir de l’Afrique... Elle s’est également consacrée à une reflexion approfondie sur l’évolution de la société : inégalités en France, Ecole et société du savoir, entreprises et territoires, problèmes clés des institutions, des finances publiques, du système politique et médiatique, etc. Elle a réservé une place très importante à l’Europe et à la relation franco-allemande dans toutes ses dimensions.

En 2009, la Fondation s’est attachée spécialement à préciser les diagnostics et à formuler des propositions face à la crise financière et économique actuelle. La crise, telle qu’elle se développe, consacre le double-retour de la puissance publique et du fait national. La solution sera sans doute moins « social-démocrate » que républicaine. La matrice et la dynamique républicaines sont précieuses pour rétablir les équilibres brisés par la globalisation. Le modèle républicain constitue une grille de lecture adaptée aux défis de la refondation du système économique, financier et social mondial. Les Etats nationaux détiennent les capacités nécessaires pour mener des actions d’envergure. L’Europe des cercles concentriques (G4, Eurogroupe, et enfin les 27 pays membres) qui s’est mise en mouvement montre bien que le temps de la coopération n’est pas celui de l’intégration. La France a un rôle particulier à jouer pour dynamiser une construction européenne réaliste : une Europe des peuples, une Europe des nations et donc des Etats, une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.

Les Etats-Unis n’ont plus les moyens de dominer seuls le reste du monde. La multipolarité est l’horizon du monde qui vient. Une redistribution de la puissance s’opère. Elle doit se traduire à travers la réforme des institutions internationales. Et la relance économique doit s’inscrire dans une projection à long terme d’un modèle de développement plus soucieux de l’environnement. Il s’agit de promouvoir un modèle de croissance qui puisse être étendu et généralisé, ce qui n’est manifestement pas le cas du modèle actuel des pays développés.

Sur le fondement de ces idées, la Fondation Res Publica a privilégié les axes de réflexion et de proposition suivants:

Pour une refondation européenne
Dans l’épreuve, les faux semblants ont été pulvérisés. Il n’existe pas aujourd’hui de demos européen, comme l’a relevé, à juste titre, la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe. Les nations européennes constituent des réalités profondément enracinées dans l’Histoire. Poser le problème de la démocratie au niveau de l’Europe revient à admettre la réalité des nations européennes et à reconnaître que c’est dans le cadre de la nation que s’exerce d’abord la démocratie. C’est de cette manière que l’Europe dont nous avons besoin pourra se ressourcer. Prise entre la concurrence des pays à bas coûts de main d’œuvre et un dollar sous-évalué, l’Europe est menacée de déclin industriel. Plus que de mécanos institutionnels, nous avons d’abord besoin d’action et de volonté conjuguées.

La Fondation s’est ainsi attachée à définir ce que pourrait être un gouvernement économique de la zone euro, une politique européenne de l’énergie, une politique commerciale fondée sur une concurrence équitable.

La relation franco-allemande est, de ce point de vue, centrale. Nous consacrons beaucoup d’effort à la connaissance approfondie des évolutions de notre voisin et partenaire. Il s’agit de formuler des propositions capables d’infléchir l’actuelle politique de l’Allemagne vers une attitude moins « orthodoxe », mais mutuellement bénéfique, sans dissimuler les obstacles qui se trouvent sur ce chemin.

La relation que nous devons entretenir avec la Russie, acteur-clé pour l’avenir européen, non seulement pour nos approvisionnements énergétiques, mais pour l’équilibre d’un monde multipolaire, n’est pas moins importante.

Une révision du rôle de l'Etat
La crise systémique du capitalisme financier met en évidence la nécessité de disposer des outils d’un Etat moderne, adaptés aux nouveaux défis. Les changements en cours ne périment pas l’Etat mais lui assignent de nouvelles responsabilités.

La réhabilitation de l’Etat au cœur de l’ordre international s’est imposée, mais le rôle qu’il va devoir assumer suppose des choix. Devra-t-il être le pompier qui éteindra les feux dans l’urgence avant de se retirer ? Ou doit-il jouer un rôle plus actif, stratège et anticipateur, pour un pilotage de long terme ?

Devant les insuffisances criantes de la régulation des activités financières, un retour de l’Etat doit être pensé comme outil de l’intérêt général au niveau national, européen et mondial, non pas pour éteindre les feux de la dépression puis se retirer ensuite, mais bien pour intervenir durablement dans le pilotage de l’économie et la construction d’un nouveau modèle de développement.

Relever les défis de la crise mondiale
La Fondation a consacré plusieurs de ses travaux à analyser sans relâche les phénomènes marquants du désordre mondial. La question de l’évolution du commerce international est posée à travers les échecs répétés des cycles de l’OMC. Le respect des valeurs proclamées d’échanges justes entre les différentes parties du monde, qui fondaient l’Organisation mondiale du commerce, doit conduire, à de forts correctifs. La question de la protection dans le cadre d’une concurrence équitable peut être posée. De même, une nouvelle régulation du système monétaire international, actant la faiblesse du dollar et l’émergence d’autres monnaies (yuan, yen, euro) ne pourra être éludée à moyen terme. Elle devra prendre en compte les intérêts légitimes des pays émergents et des pays pauvres.

Une matrice républicaine pour améliorer les rapports entre les peuples
Le « choc des civilisations » n’est pas dans l’intérêt de l’Europe et encore moins de la France. Il contribuerait à une régression dans l’intégrisme et l’obscurantisme et ne manquerait pas d’encourager aussi les replis dans les pays européens. L’approfondissement du modèle républicain offre une réponse à tous les pays qui ne veulent pas se laisser entraîner dans cet engrenage.

Il n’y a pas de développement qui vaille sans le respect de l’authenticité et de la dignité de chaque peuple. Il s’agit de « faire se rejoindre dans une société donnée, la modernisation avec le sentiment de l’authentique ; rendre cette société capable, soit d’intégrer à son propre legs les emprunts d’outillages et de méthodes qu’elle fait à l’extérieur, soit de transposer son identité traditionnelle en termes d’avenir » (*). Chacun doit trouver dans sa propre culture et dans son histoire particulière à la fois la motivation de son développement et un accès à l’universel. La force et la cohérence de l’idée républicaine fournissent ainsi la meilleure boussole pour les temps difficiles qui s’annoncent.

A partir des valeurs républicaines, il s’agit d’ouvrir un chemin d’universalisation et de fonder la paix sur le dialogue des cultures, les échanges et la reconnaissance mutuelle des différentes nations. Le message de la France, comme logiciel républicain à l’œuvre dans l’histoire des deux derniers siècles, n’a rien perdu de sa force malgré tous les obstacles.

Penser un espace européen et euro-méditerranéen
Ainsi, tout particulièrement, dans le monde multipolaire qui émerge, la Fondation s’efforce de cerner ce qui peut fonder la cohésion d’un ensemble européen et euro-méditerranéen.

C’est un travail de fond sur les valeurs et les concepts d’organisation qu’il convient de mener. Cet effort de recherche appliquée doit mettre en valeur les convergences possibles en matière de droit, d’administration, de service public, d’éducation, d’intégration et d’accès à la citoyenneté. Il doit permettre aussi les rapprochements concrets, à travers des projets de coopération en matière industrielle, d’infrastructures de communication à l’échelle continentale ou d’organisation monétaire : il s’agit de promouvoir une coopération d’égal à égal dans un vaste ensemble européen sur la base de complémentarités à renforcer et de valeurs universelles naturellement sujettes à débat et à confrontation. La Fondation veut être un laboratoire du dialogue entre les nations et les cultures en fournissant des concepts et des projets à tous ceux qui entendent œuvrer au rapprochement entre «les deux rives».

Les concepts-clés du modèle républicain
Un des objets privilégiés de la Fondation est l’approfondissement des concepts-clés du modèle républicain (nationalité fondée sur la citoyenneté, intégration, laïcité, éducation civique, mission à cet égard fondatrice de l’Ecole, égalité de tous devant la loi, prévalence de l’intérêt général, organisation territoriale équilibrée, garantie des libertés publiques, définition et rôle des services publics, civisme versus « montée des communautarismes » etc.), ainsi que le développement, à partir de ces notions, du dialogue entre les cultures et entre les nations. A l’heure des communautarismes, de la désintégration du tissu social et de l’espace public, ce modèle républicain est de pleine actualité.

Dans cette perspective, lorsque la Fondation se tourne vers les problèmes de la société française, le perfectionnement du modèle républicain la conduit à mener une réflexion dégagée des œillères partisanes sur le renouvellement nécessaire de la démocratie.

Les activités de la Fondation
Les activités de la Fondation consistent en l’organisation de séminaires, de colloques, de débats et de discussions, mais également en la production régulière, ou à la demande, de notes et de dossiers. Ces travaux peuvent intéresser les pouvoirs publics, les institutions européennes, les Etats ou les régions d’Europe ou riverains de la Méditerranée, ou encore les entreprises engagées dans les projets d’investissement ou de développement dans des régions du monde où une bonne intelligence des sociétés est indispensable.

Le travail de la Fondation s’appuie sur la réunion d’experts, d’universitaires et de chercheurs dont le travail fait l’objet d’une programmation constamment renouvelée. Le processus de recherche de la fondation commence par un programme de travail préalablement défini par le Conseil scientifique qui désigne pour chaque thème retenu un ou plusieurs chefs de file. La coordination est assurée par le directeur et par une équipe d’animation rapprochée. Des tables rondes régulières ainsi que des débats-rencontres permettent d’éclairer les problématiques et les points-clés des thèmes à traiter.

Plus de cent colloques, séminaires et tables-rondes ont été tenus à ce jour, permettant l’édition d’autant de Cahiers, plusieurs études, notes et documents ont été publiés, ainsi que deux livres issus de la collection L’Idée Républicaine. Enfin, un site internet - www.fondation-res-publica.org - met à votre disposition tous les travaux de la Fondation Res Publica.

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(*) Jacques Berque – Recherche, technologie et progrès en coopération – Rapport au ministre de la Recherche et de la Technologie, 15 avril 1982.

Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation I Dimanche 15 Février 2009 I | Lu 33127 fois




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