La troisième révolution énergétique


Intervention de Anne Lauvergeon, Présidente du directoire d’AREVA, au colloque du 20 octobre 2008, Quelle politique européenne de l'énergie ?


La troisième révolution énergétique
Je vous remercie de m’avoir invitée. Je suis très heureuse de me retrouver parmi vous pour parler d’un sujet que je crois trop important pour le laisser aux seuls spécialistes. Il se trouve que je viens d’écrire un livre avec Michel Henri Jamard (1) sur ce thème.

Dans les années 60, 70 et 80, les décisions énergétiques étaient prises sans véritables débats par des cercles très restreints. Or ces sujets revêtent aujourd’hui une telle importance, ils influent tellement sur nos sociétés qu’il est essentiel que nous puissions en partager les différents éléments. Il serait en effet extrêmement dangereux d’en parler sans savoir.

Aujourd’hui, nos sociétés sont confrontées à trois crises : une crise financière dont tout le monde constate l’impact, une crise économique qui avait commencé avant la crise financière et qui était d’ailleurs largement due à un troisième sous-jacent, une troisième crise : la crise énergétique.

Nous connaissons une crise énergétique globale très liée au fait que, depuis cent cinquante ans, nous vivons essentiellement à partir d’énergies fossiles dont le prix s’est fortement renchéri. Nos économies « intoxiquées » par cette énergie - pour reprendre la métaphore de Claude Mandil - l’utilisent de manière parfois non optimisée et devront revoir leurs pratiques.

Si je dis que l’énergie est un sujet trop important pour le laisser aux seuls spécialistes, c’est que celui-ci a complètement façonné nos sociétés :

La première révolution énergétique (le charbon et la vapeur) déclencha la première révolution industrielle, entraînant l’exode rural puis la naissance des syndicats, elle bouleversa nos sociétés.

La deuxième révolution énergétique (le pétrole et l’électricité) fut à l’origine de la mondialisation en permettant une extraordinaire mobilité de nos sociétés depuis la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Nous sommes rentrés dans une troisième révolution énergétique :
Nous avons pris conscience que les ressources fossiles ne sont pas illimitées.
La croissance économique très forte de ces dix à vingt dernières années a, pour la première fois, concerné les grands pays émergents. Les éternels « pays en développement » ont commencé à se développer et à demander un contenu énergétique de plus en plus important.

On oublie souvent le sous-jacent le plus important : la croissance démographique. 6,5 milliards d’individus vivent sur la planète, nous serons entre 2,5 et 3 milliards de plus d’ici 2050. L’OMS a établi que l’espérance de vie de quelqu’un qui n’a pas accès à l’électricité est inférieure à trente-cinq ans. La problématique démographique augure d’une demande d’énergie supplémentaire considérable d’ici 2050.

Le quatrième élément, totalement imprévu - même si Arrhenius (2), dès 1913, avait défini l’effet de serre - est le changement climatique. Ce n’est plus une hypothèse scientifique, c’est une réalité, nous produisons trop de CO2 et plus vite nous agirons pour réduire ces émissions, moins le climat sera déstabilisé.

Nous savons aujourd’hui qu’il faudra augmenter considérablement la production d’énergie pour fournir toutes les personnes qui arrivent et celles qui aujourd’hui n’y ont pas accès, tout en émettant beaucoup moins de CO2. C’est le célèbre facteur 4 : doubler la production pour deux fois moins de CO2. Nous ne résoudrons pas cette équation avec les méthodes utilisées jusqu’à présent. Pour réussir cette formidable gageure, ne pas basculer dans un monde invivable, il n’existe nulle place pour le business as usual , pour la continuité historique. Il faudra donc optimiser l’efficacité énergétique dans les pays en développement comme dans les pays développés. Les marges sont importantes.

Je ne rejoins pas du tout les Verts qui voient dans la seule efficacité énergétique la solution à tous les problèmes énergétiques. Chacun sait que ça ne suffit pas. Comme le disait Claude Mandil, utiliser les énergies de manière optimale, c’est utiliser chacune des énergies dans son domaine de compétence parfaite.

A ce jour, aucune énergie n’a été inventée dans le but de ne pas émettre de CO2 mais il se trouve qu’un certain nombre des énergies existantes n’en émettent pas : l’hydraulique, le nucléaire et, de manière plus globale, les renouvelables.

S’il est absolument nécessaire de continuer à travailler sur la technologie de nouvelles sources de production d’électricité, la R&D ne doit pas être une excuse à l’inaction : quand on ne sait pas quoi faire on annonce de grands programmes de R&D – dont, en général, on ne donne pas les moyens financiers - ce qui permet de reporter toute action dans un futur indéterminé.

Chez Areva, nous sommes convaincus que la problématique du « sans CO2 » est fondamentale. Parmi les énergies de base, seuls l’hydraulique et le nucléaire produisent, sans émettre de CO2, une électricité abondante, « domestique », permanente, bon marché et à un coût prédictible. Cette évidence ne passe pas complètement inaperçue : aujourd’hui, ce que les Américains appellent « la renaissance nucléaire » gagne peu à peu l’ensemble du monde, même si la base installée en Europe reste aujourd’hui prééminente : 45% du parc installé de centrales nucléaires est aujourd’hui européen, devant l’Amérique du nord (le plus grand parc installé, 31% du parc mondial avec 120 réacteurs). Toutefois, le potentiel de croissance forte et la vitesse de décision d’implantation nouvelle concerne aujourd’hui les pays asiatiques : Japon, Corée, Chine, Inde, mais aussi la CEI et les pays du Golfe. Il est intéressant de voir les Emirats arabes unis lancer un très gros programme nucléaire pour devenir le hub électrique de la région. Un pays pétrolier peut donc devenir un pays nucléaire ! C’était impensable il y a peu. De même l’Afrique du sud, pays charbonnier, décide de lancer un nouveau grand programme nucléaire pour diversifier sa production d’énergie et diminuer la quantité de CO2 produite. On voit aussi de nouveaux usages du nucléaire comme le dessalement de l’eau de mer et la production de pétrole non conventionnel (3).

Dans ce contexte, si l’Europe a le plus grand parc nucléaire installé, l’Europe de l’énergie n’existe pas (comme le disait Claude Mandil), il n’y a pas de politique énergétique européenne. La politique énergétique n’est pas - ou pas encore - de la compétence de la Commission ; il n’y a pas de compromis entre les Etats sur le mix énergétique. La pierre d’achoppement est d’ailleurs le nucléaire : c’est l’impossibilité d’arriver à un accord sur la question « Faut-il faire du nucléaire ou pas ? » qui empêche l’Union européenne d’avoir une politique énergétique.

Faute de politique énergétique, elle croit trouver une voie dans le « paquet énergie-climat » : solution de compromis préconisant le développement de 20% de renouvelables. Décider ensemble qu’on va faire 20% de renouvelables ne fait pas une politique énergétique !

Le nucléaire souffre donc de vingt-sept politiques différentes qui d’ailleurs évoluent beaucoup. En 2000-2001, l’Allemagne décida de sortir du nucléaire sous prétexte que le nucléaire était dangereux. Mais, au lieu de l’arrêter immédiatement pour éliminer ce risque majeur, étrangement, le consensus germano-germanique prévoit de l’arrêter d’ici 2018 ! Cette décision allemande fut saluée alors par tous les Verts européens mais aussi par un certain nombre d’intellectuels et de politiques sur le thème : l’Allemagne ouvre la voie, l’ensemble des pays européens vont la suivre…

Sept ans plus tard, la situation s’est renversée : tout le monde regarde l’Allemagne en se demandant quand elle va changer de position sur le nucléaire. Il est intéressant de remarquer que la décision allemande avait été prise sans vote, sur une plate-forme politique qui comportait beaucoup d’autres aspects. Depuis le début des années 2000, le seul vote en Europe sur le sujet eut lieu en Suisse où les Verts allemands avaient convaincu leurs frères suisses que c’était le bon moment pour obtenir la sortie du nucléaire. S’en suivit une grande « votation » où les Suisses décidèrent à 70% de garder leur nucléaire. Le caractère massif de ce choix était d’autant plus impressionnant qu’à la date du vote, en 2003, la pensée dominante était hostile au nucléaire.

L’absence de politique énergétique, comme l’a justement dit Claude Mandil, signifie aujourd’hui l’incapacité d’affronter des préoccupations communes. En effet un réseau électrique de plus en plus interconnecté nécessiterait un pilotage mieux coordonné de ce réseau. D’autre part, ni le CO2 ni le réchauffement climatique ne s’arrêtent aux frontières. Mais l’Europe de l’énergie aujourd’hui n’est pas une politique : ni négociation collective avec la Russie, ni vision commune.

Reste l’objectif commun des « 3 x 20 » fixés par la Commission européenne : l’efficacité énergétique augmentée de 20%, les émissions de gaz à effet de serre abaissées de 20% en tablant sur d’autres ressources que les énergies fossiles et la part des énergies renouvelables montées à 20% du mix énergétique européen.

Pourtant, sur le plan national, beaucoup de pays ont profondément évolué sur le nucléaire. Avec un pragmatisme tout britannique, la Grande-Bretagne, qui n’avait que des centrales de génération 1 et une seule centrale nucléaire de génération 2, a décidé en deux ans et demi de se lancer dans un grand programme nucléaire qu’elle mène tambour battant. L’Italie vient de modifier sa position. Tous les pays d’Europe centrale et orientale récemment entrés dans l’Union sont extrêmement pro nucléaires. La chose la plus intéressante est l’évolution des pays nordiques : la Finlande, la Suède, pour des raisons énergétiques, environnementales et d’indépendance énergétique se décident pour du nouveau nucléaire.

Les positions à l’égard du nucléaire bougent donc beaucoup en Europe mais cette évolution n’est pas prise en compte de manière collective. En effet, chaque fois que le sujet est abordé au niveau de la Commission ou du Conseil, on se heurte au tabou du nucléaire versus l’Allemagne et l’Autriche ; il en résulte un blocage total.

Quelles en sont les conséquences ?
On pourrait se satisfaire que chaque pays ait sa propre politique énergétique. Mais nous, industriels, engageons aujourd’hui un énorme effort d’innovation en investissant environ un milliard d’euros de R&D chaque année. Nous sommes les premiers à construire deux réacteurs de génération 3+ en Europe, nous en construisons en Chine, nous allons bientôt en construire aux Etats-Unis. Ces réacteurs ont demandé énormément d’investissements. Or nous devons, en Europe, les licencier dans chaque pays, en reprenant le processus à zéro à chaque fois. Licenciés en Finlande, licenciés en France, nous devons recommencer en Grande-Bretagne, ce qui nous prendra trois ans, beaucoup d’efforts, beaucoup d’argent, d’autant que l’autorité de sûreté britannique ne manquera pas d’imposer des spécificités.
Force est donc de renoncer à la standardisation, une des conditions sine qua non de l’efficacité économique mais également de l’efficacité de la sécurité. Or le grand succès du programme nucléaire français est précisément son caractère extraordinairement standardisé.

Le système européen nous oblige donc à licencier nos réacteurs pays par pays, parfois pour construire un petit nombre de réacteurs. En Chine, en Afrique du sud, en Inde, il suffit d’être licencié dans un pays sérieux pour obtenir la licence. Aux Etats-Unis, le processus dure plus de quatre ans mais une fois qu’un réacteur est licencié, il l’est sur l’ensemble du marché des Etats-Unis.

Le système européen actuel est un frein à l’innovation : nous développons deux autres réacteurs de génération 3+ : le réacteur ATMEA avec Mitsubishi, le réacteur SWR 100 avec E.ON. Ce serait folie de penser à faire licencier ces trois réacteurs dans chacun des vingt-sept pays européens, nous devrions y consacrer toutes nos capacités en ingénieurs.

Le système européen actuel est morcelé, il ne permet pas la standardisation indispensable.

En 2002, à Porto Alegre, Jean-Pierre Chevènement avait proposé de lancer un « Schengen de la finance », ce qui n’aurait pas été inutile aujourd’hui ! Nous proposons de réaliser un espace Schengen du nucléaire. Puisque l’Europe n’est pas homogène au sujet du nucléaire, lançons une zone Schengen du nucléaire ! Celle-ci rassemblerait les pays qui veulent s’équiper en réacteurs de génération 3+, leur permettant, grâce à une vraie standardisation, une vraie efficacité, d’aller plus vite et plus loin. Nous devrions pouvoir monter un système qui délivrerait des licences communes, permettrait des contrôles communs, ou, tout au moins, permettrait d’homogénéiser les contrôles et la régulation. Nous avons des gendarmes du nucléaire : de même que, peu à peu, l’espace Schengen a permis des contrôles communs aux frontières, pourquoi n’arriverions-nous pas peu à peu à un système plus homogène ?

Avons-nous d’ailleurs le choix en Europe ? La troisième révolution énergétique est extrêmement importante, l’Europe a besoin d’une réponse coordonnée. Or, nous n’aurons pas l’unanimité avant un certain temps, réglons donc notre pas sur celui des pays qui veulent avancer !

Le traité Euratom - dont je rappelle qu’il fut à la base de la construction européenne - nous donne tous les éléments de base (retourner aux fondamentaux est souvent la meilleure façon d’avancer). L’Union européenne naquit du charbon et de l’acier, il ne serait pas complètement absurde de reconstruire un espace basé sur des problématiques énergétiques, avec les pays qui veulent retrouver le sens de l’action.

Areva est une société industrielle d’origine européenne, elle a des bases installées extrêmement fortes en Europe, elle investit en France, ce qui, je crois, est très atypique. Nous investissons aujourd’hui 4 milliards d’euros en France, nous recrutons mille personnes par mois et nous allons continuer à recruter malgré la crise, notre carnet de commandes nous l’impose.

Un cauchemar hante l’industrielle européenne et française que je suis : et si, dans quelques années, nous étions contraints de reporter à plusieurs années les commandes de grands clients européens (moins prompts à prendre des décisions que les grands pays émergents ou les Etats-Unis). En effet, si nous nous développons le plus possible, nos capacités industrielles ont leurs limites ! Ce serait une vraie catastrophe : toute la compétitivité qui provient d’une source énergétique à coût prédictible, indépendante, serait perdue.

J’espère que l’Europe, dépassant les idéologies qui l’ont aveuglée, retrouvera le plus vite possible un certain sens de la raison.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Madame pour cette proposition très innovante. Je dois dire que je n’avais jamais pensé à un Schengen du nucléaire. Mais c’est l’évidence. Je suis pourtant presque un théoricien de l’Europe à géométrie variable ! En tout cas je m’efforce de montrer par des exemples pratiques combien on peut avancer en ne s’alignant pas sur le plus lent. Le nucléaire est un très bon exemple.
Je crois qu’aujourd’hui, seules l’Allemagne et l’Autriche s’opposent au nucléaire…

Anne Lauvergeon
Peut-être faut-il ajouter la Belgique où une loi assez surprenante prévoit que les centrales nucléaires seront exploitées jusqu’à la fin de leur durée de vie mais qu’on n’en construira pas de nouvelles. Toutefois, un décret royal pourrait en décider autrement en cas d’urgence (4).


Jean-Pierre Chevènement
Beaucoup de choses se décident en Belgique que nous ne comprenons pas toujours.
Grand merci pour cet exposé lumineux.


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1) La troisième révolution énergétique, A. Lauvergeon et M.H. Jamard, éd. Plon ,octobre 2008.
2) Svante Arrhenius, chimiste suédois (1859 1927), pionnier dans de nombreux domaines prix Nobel de chimie en 1903, a élaboré une théorie qui relie l'augmentation du CO2 atmosphérique à une augmentation sensible des températures terrestres en raison d'un « effet de serre » dû à la vapeur d'eau et à l'acide carbonique (CO2 dissous dans la vapeur d'eau).
3) Produits pâteux ou solides (sables et schistes bitumineux) difficiles à exploiter dont le bilan énergétique est actuellement très mauvais car l’extraction nécessite beaucoup d’énergie.
4) La Loi du 31 janvier 2003 s’applique uniquement à la production industrielle d’électricité à partir de la fission de combustibles nucléaires. Elle prévoit que la centrale nucléaire la plus ancienne (à savoir Doel 1) sera désactivée à partir de 2015 et ainsi de suite pour les autres centrales en fonction de leur date de mise en service industrielle, de telle sorte qu’en 2025, plus aucune centrale nucléaire ne sera en activité en Belgique.
Deux principes intimement liés sont établis dans le deuxième chapitre de la Loi :
• l’article 3 stipule qu’aucune nouvelle centrale nucléaire destinée à la production industrielle d’électricité à partir de la fission de combustibles nucléaires ne peut être créée et/ou mise en exploitation ;
• l’article 4 stipule que les centrales nucléaires existantes sont désactivées et ne pourront plus produire de l’électricité de manière industrielle, 40 ans après leur mise en service industrielle. Dans la pratique, cet article vise les quatre centrales nucléaires existantes à Doel et les trois centrales à Tihange.
L’article 9 habilite le Roi à reporter la fermeture prévue des centrales nucléaires en cas de « force majeure » et, si nécessaire, à autoriser la création de nouvelles centrales nucléaires (par arrêté royal délibéré en Conseil des ministres).
Cette Loi du 31 janvier 2003 apporte quelques amendements conséquentiels à la Loi du 15 avril 1994 relative à la protection de la population et de l’environnement contre les dangers
ISSN 1727- 3862 Belgique © OCDE 2003

Fondation Res Publica I Lundi 20 Octobre 2008 I | Lu 3662 fois


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