La France et ses multinationales: Stratégies globales, intérêt national et renouveau du tissu entrepreneurial


Intervention de Laurent Faibis, président du groupe Xerfi, au colloque "Radiographie des entreprises françaises" du 4 avril 2011


La France et ses multinationales: Stratégies globales, intérêt national et renouveau du tissu entrepreneurial
Merci.
Je vais aborder un sujet très délicat, en particulier pour la gauche : les entreprises. J’étais censé reprendre le thème de notre ouvrage collectif : « La France et ses multinationales. Stratégie globale et intérêt national ». Mais on ne peut négliger, derrière les multinationales, le grand vide entrepreneurial. C’est pourquoi je vous parlerai aussi du problème de la reconstitution d’un tissu de PME et d’entreprises de taille intermédiaire.

Comme vous le savez, la crise financière a entrainé la crise de l’euro. La crise de l’euro a révélé une Europe à deux vitesses : celle qui exporte, et celle qui subit un déficit structurel de son commerce extérieur. Celle qui s’est adaptée à un euro fort et celle dont la compétitivité hors coût est insuffisante. Celle qui a misé sur l’industrie et la compétitivité, celle qui a misé sur la consommation, les services et l’immobilier.

Il y a aujourd’hui une zone Euro du nord centrée sur l’Allemagne, qui s’est adaptée à la globalisation. Cette zone euro du nord prend, mois après mois, des parts de marchés à la zone euro du sud, qui s’est désindustrialisée.

Pourtant, grâce à ses entreprises multinationales, la France se situe dans une position particulière par rapport à l’Europe du sud. Dans le dernier classement Global 500 de Fortune de 2010, on recense en effet 39 groupes français, répartis dans 18 secteurs d’activités différents. La France se situe ainsi en 4ème position mondiale pour le nombre de sociétés multinationales, derrière les géants américains, chinois et japonais. Devant l’Allemagne. Mais derrière l’Allemagne pour les entreprises industrielles.

La comparaison avec l’Allemagne est d’ailleurs éclairante : 40 % des 20 premiers groupes d’outre-Rhin les plus importants sont issus de l’industrie manufacturière. Ils ne sont que 15 % en France. Ce qui frappe en France, c’est l’hypertrophie du nombre de groupes de la consommation. La France a ainsi 5 des 20 plus grands distributeurs mondiaux. Si nos multinationales représentent une force de frappe indéniable au plan international, le déséquilibre entre l’industrie et les activités liées à la consommation est significatif des difficultés de notre commerce extérieur.


Un modèle de croissance français en crise

Depuis vingt ans, le centre de gravité du modèle de croissance français s’est en effet de plus en plus centré sur le soutien de la consommation des ménages et les activités de services. En se désintéressant de son industrie, la France est tombée dans un piège. Elle a trop rêvé d’une solidarité européenne, quitte à oublier ses intérêts nationaux. Mais l’analyse de la structure économique de la zone euro révèle aujourd’hui clairement deux sous-ensembles :

1. Celui des huit pays qui ont une balance des paiements courants excédentaires, avec en son centre, l’Allemagne. L’industrie représente plus de 20% du PIB de cette zone.

2. Celui des neuf pays déficitaires, qui comprend la France et les pays du sud de l’Europe. Le poids de l’industrie ne représente plus que 15% du PIB de cet ensemble.

Certes, cette situation n’aurait pas posé de problème dans une zone euro fédérale. Mais depuis une dizaine d’années, s’est mise en place au sein de la zone euro une concurrence fiscale et sociale. Nous en avons mal évalué les conséquences. Pour la France, cela s’est traduit par des pertes de parts de marché. Non pas vis-à-vis des pays émergents comme on voudrait le faire croire. Mais principalement vis-à-vis de l’Allemagne qui a tout fait pour conserver son industrie. Là où l’Allemagne a presque retrouvé son niveau de production industrielle record d’avant crise, la France a subi un important décrochage.

Les évolutions des indices de production industrielle des dernières années sont éloquentes. Sur la base d’un indice 100 en 2005, les indices français et allemands ont atteint un point haut en février 2008 : 105 pour la France, mais 117 pour l’Allemagne.

Avec la crise, les deux pays ont enregistré une chute brutale de leur production, qui a atteint son point bas en même temps, en avril 2009 : la production française avait baissé de 21 points par rapport au point haut de février 2008, celle de l’Allemagne de 28 points.

Mais l’Allemagne a rapidement rebondi avec une augmentation de 24 % depuis la crise. Sa production a déjà retrouvé le niveau de janvier 2007. Pour la France, le rebond n’a été que de 13%. Notre indice de production industrielle n’a retrouvé que le niveau de la fin 1997, treize ans en arrière !

Notre perte de compétitivité repose sur 3 fois la lettre A : l’Allemagne, l’automobile, l’agro-alimentaire.

En se désintéressant de la compétitivité industrielle, nous n’avons pas su voir non plus à quel point les activités de services aux entreprises ont définitivement partie liée aux activités productives : les gains de productivité des services, leurs technologies dépendent étroitement des efforts de recherche et développement de l’industrie. De fait, la perte de vitesse de l’industrie a enlevé au secteur des services aux entreprises un stimulant majeur.

Mais il y a pire. L’attention des pouvoirs publics s’est concentrée ces dernières années sur les services à la personne. Ces secteurs ont bénéficié de privilèges fiscaux exorbitants. Le but explicite était de leur confier une mission de remède miracle au chômage. Mais il s’agit de secteurs faiblement capitalistiques, à faible gain de productivité, avec des salaires très bas. Leur tissu économique est très atomisé, avec peu d’entreprises à potentiel de croissance. D’ailleurs, le miracle ne s’est pas produit et les emplois promis n’ont pas été au rendez-vous. Mais surtout, est-il acceptable d’offrir comme principale solution au chômage des postes de femme de ménage, des cours particuliers, voire de repeupler les pompes à essence ?

Certes, la préférence bien française pour le temps libre et les loisirs, le soutien permanent à la consommation ont bien favorisé les professions touristiques. Jusqu’à subventionner la restauration par une baisse de la TVA. Le soutien permanent à la consommation a favorisé les grands réseaux de distribution.

Mais cela s’est aussi traduit par un déplacement de la qualité des emplois vers des postes faiblement qualifiés et mal rémunérés. Les pouvoirs publics ont encouragé la baisse des prix dans le commerce de détail pour favoriser le pouvoir d’achat. L’une des conséquences a été l’accélération des délocalisations. Les circuits de distribution ont en effet leur part de responsabilité dans la destruction de pans entiers des industries de biens de consommation.

Ces prix toujours « les plus bas » ont fait oublier au client des hypermarchés, des hard-discounters et autres centres commerciaux, que consommateur côté pile, il était, côté face, un salarié à la recherche d’un revenu. Le problème semble aujourd’hui réglé. L’essentiel des produits de grande consommation est en effet conçu dans d’autres pays industriels et fabriqué chez les émergents.


Faire comme l’Allemagne ? L’illusion d’un Mittelstand français

Confrontés à nos déficits extérieurs, à notre dette publique, à la menace de l’éclatement de la zone Euro, s’est développé un nouveau slogan : il faut faire comme l’Allemagne ! Mais « faire comme l’Allemagne » pour mobiliser qui et quoi ? Voilà le risque d’une nouvelle impasse, tant nos structures industrielles et entrepreneuriales, nos positions sectorielles en Europe et dans le monde sont différentes. Nos capacités concurrentielles hors-prix, la rentabilité de nos entreprises, notre démographie, la structure des dépenses des ménages, sans compter le poids de l’histoire, et bien d’autres facteurs appellent des réponses différentes. Faudrait-il faire aujourd’hui comme l’Allemagne, comme il fallait autrefois imiter le Japon, et avant les états-Unis ?

Mittelstand ! Ce mot résonne désormais comme une potion magique ! Pourtant, cette nouvelle lubie d’économistes et d’experts ne résiste pas à l’analyse. Que d’ignorance sur la réalité du tissu d’entreprises ! Derrière nos grandes firmes multinationales, le manque d’envergure de notre tissu d’entreprises de taille intermédiaire, ces grosses PME aptes à mettre en œuvre une stratégie de croissance internationale, est sans appel. Nous n’avons en France que 34.000 entreprises de plus de 50 salariés contre 57.000 en Allemagne. A taille comparable, il nous manque 15.000 entreprises de plus de 50 salariés.

Il faut regretter de ne pas disposer de la dizaine de milliers de grosses PME du Mittelstand allemand. Des sociétés, souvent contrôlées par des capitaux familiaux, se sont spécialisées sur des segments dont elles se sont la plupart du temps assuré le leadership mondial. Une performance obtenue grâce au perfectionnisme technique et la qualité des produits, le fameux «made in Germany ». Elles génèrent 40% des exportations outre-Rhin.

Rien de comparable non plus en France au « sistema Italia ». Cette myriade de petites et moyennes entreprises, souvent regroupées en « clusters » qui représentent 60 % des exportations.


La faiblesse du tissu d’entreprises de taille moyenne

La situation est tout à fait différente dans l’Hexagone. Déjà peu nombreuses, les Entreprises de taille intermédiaires (les ETI) ont ici tendance à se raréfier. Le décret du 18 décembre 2008 définit les entreprises de taille intermédiaire (ETI) par le nombre de salariés (250-5000), un chiffre d'affaires inférieur à 1,5 Milliard d'euros et un total de bilan n'excédant pas 2 Milliards d'euros.

Elles étaient à peine 5.000 avant la crise. Du fait de la crise, la France n’en compte plus que 4.200. Et encore, plus de la moitié relèvent des services et de la distribution. Dans les activités industrielles, nombreuses sont en fait des filiales de groupes étrangers. Elles sont, de surcroît, faiblement exportatrices et surtout orientées vers des niches locales.

La législation allemande est de son côté plus accommodante au plan fiscal et social. Celle de l’Italie reste volontiers laxiste. Quant aux PME et aux ETI françaises indépendantes, elles sont confrontées à une fiscalité et une législation sociale qui les pénalise et freine la croissance. Par rapport à l’Allemagne, il nous manque en France au moins 5.000 entreprises de taille intermédiaire. À 300 emplois en moyenne par entreprise, cela fait effectivement 1.500.000 emplois, sans compter les emplois induits.

Alléger les contraintes administratives, sociales et fiscales qui freinent le développement des PME est indispensable. Améliorer leurs outils de financement, leur accès aux aides publiques à l’innovation aussi. Mais il faudra plusieurs décennies de volontarisme public, il faudra au moins une révolution culturelle pour rattraper le temps perdu et le retard accumulé. Car le constat est sans appel : la France n’est plus un pays d’entrepreneurs.


L’inconsistance de l’entrepreneuriat français

Répétons-le. Nous vivons dans un système de concurrence sociale et fiscale au sein même de la zone Euro. Notre modèle économique favorise la demande plutôt que l’offre. Il est pénalisant pour les entreprises industrielles et les services aux entreprises. Notre modèle fiscal et social entrave le développement des nouvelles entreprises. Trop de sociétés en France ne veulent pas dépasser le seuil des 50 salariés. Trop d’entreprises ne parviennent pas à se développer parce que leur rentabilité est insuffisante, et que leurs dirigeants n’ont de ce fait pas la possibilité d’engager les managers qui sont nécessaires à la croissance.

La reconstruction d’un tissu d’ETI est pourtant indispensable au pays. Mais ce sera long, même si sont réglés les problèmes fiscaux, administratifs et sociaux qui freinent le développement des entreprises. En effet, ni notre culture, ni notre système de formation ne valorisent l’ambition entrepreneuriale. Cette défaillance est criante dans les filières d’élite, les grandes écoles.

La proportion de diplômés de ces établissements prestigieux qui ambitionnent de créer un jour leur entreprise est beaucoup trop faible. Nos filières d’élite ont vocation à former des managers, des hauts fonctionnaires, des experts, et non d’engendrer des « petits patrons », une expression qui n’a d’ailleurs pas dans les autres pays avancés la connotation péjorative de notre langue française. Tout un symbole !

Dans nos grandes écoles d’ingénieurs, l’attrait du monde de la finance, souvent à l’étranger – voire au grand large – à Londres, New York, Singapour ou Shanghai, a depuis plus de dix ans pris le dessus sur l’aventure technologique. Au point que nombre d’entreprises tricolores éprouvent des difficultés à recruter des ingénieurs, qui se détournent de l’industrie.

Un récent rapport de l’Institut Montaigne intitulé « Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation » tire le signal d’alarme : le système de sélection et de formation de nos écoles d’élites n’engendre ni des innovateurs, ni des entrepreneurs. Non seulement nos ingénieurs se désintéressent de l’industrie, mais aussi de la recherche et de l’aventure entrepreneuriale. Moins de 5 % des diplômés de nos cursus d’élite créent un jour une entreprise digne de ce nom. Rapporté au nombre d’habitants, il se crée en moyenne trois fois moins de start-up en France qu’aux États-Unis, tandis que deux fois moins de brevets sont déposés auprès de l’Organisation mondiale de la protection intellectuelle.

Il faut donc aussi s’interroger sur les conséquences de notre aversion au risque, notre goût immodéré pour la sécurité, les itinéraires professionnels balisés dans la haute administration et les postes rémunérateurs au sein des grands groupes. En vérité, nous payons très cher la dévalorisation de l’image de l’entrepreneur dans la société française.

Le foisonnement d’initiatives pour créer des entreprises aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, dans les pays scandinaves, voire dans des petits pays comme Israël ou même Singapour, devrait forcer notre admiration. Dans les domaines technologiques, la France disposait pourtant de tous les atouts scientifiques, techniques et créatifs pour figurer aux avant-postes de l’innovation. Tout, y compris les sources de financement grâce au capital-investissement. Tout sauf un nombre suffisant d’entrepreneurs.

Il faut réhabiliter dans ce pays ce goût d’entreprendre, la saveur du risque, les compétences de créativité et d’imagination, l’ambition de long terme indispensable pour hisser la start-up au niveau de ces entreprises de taille intermédiaire qui nous font tant défaut. Mais c’est là un objectif de long terme.

Pour la décennie à venir, nos capacités de rebond devront reposer d’abord sur le dynamisme de nos grandes entreprises multinationales. Un tissu de grandes entreprises qui ne se renouvelle guère. Un tissu d’entreprises où les stratégies financières jouent trop souvent un rôle plus important que l’effort de création et d’innovation.


Des fondateurs entrepreneurs aux financiers-fédérateurs

Il faut en effet constater que les financiers ont peu à peu pris la place des vrais entrepreneurs et des vrais capitaines d’industrie. Le capitalisme français est aujourd’hui dominé par des financiers-fédérateurs. Ils sont habiles à constituer des groupes comme un meccano. Ils ont multiplié les acquisitions, les fusions, parfois les raids hostiles. Ils sont bien soutenus par notre système financier et les marchés financiers avec lesquels ils fonctionnent en osmose.

Historiquement, nombre de ces groupes ont d’ailleurs reçu le soutien des pouvoirs publics, que ce soit dans période de la reconstruction d’après guerre, la période gaulliste, les nationalisations, ou des sauvetages ultérieurs. Certaines ont bénéficié de la politique industrielle des pouvoirs publics, ce que l’on a appelé le « Colbertisme High-Tech ». Leur mérite, incontestable, est d’avoir largement contribué à créer des groupes de taille internationale. Des multinationales capables de rivaliser avec leurs concurrents étrangers. Mais il faut trop souvent regretter leur opportunisme face à l’intérêt national et leur soumission aux règles de la valeur actionnariale et du court-termisme.

Par contre, le nombre de grands groupes français que l’on peut rattacher à un fondateur, à une famille encore impliquée dans l’entreprise s’est considérablement réduit. De fait, la dernière génération des fondateurs date des années cinquante !

Un exemple : la bataille ouverte avec l’entrée en force de LVMH dans le capital d’Hermès ou la prise de contrôle de Bulgari illustrent une spécificité du capitalisme français. À savoir les stratégies financières de croissance externe, capables de fédérer en quelques décennies une myriade de sociétés pour constituer un groupe puissant sous l’égide d’un patron financier-fédérateur.

De même, le groupe Sanofi-Aventis (désormais Sanofi) s’est constitué année après année par des centaines de fusions-acquisitions, avec, dernière en date, l’américain Genzyme. C’est moins risqué et plus rapide que la recherche !

Voilà une méthode pour laquelle les dirigeants français ont démontré un remarquable savoir-faire en ingénierie financière, attraction de sources de financement, capacité d’intégration et de management d’entités aux cultures historiquement différentes. Un véritable savoir-faire qui a pu être décliné dans l’internationalisation de leurs activités.


Les multinationales sont aujourd’hui notre principale force de frappe

La France a besoin de ces multinationales pour rebondir, car à court terme, nous avons fait le constat de la grande pauvreté de notre tissu d’entreprises de taille moyenne. Ces multinationales constituent la principale force de frappe dont dispose notre pays pour faire face aux défis économiques de l’après crise. Elles seules sont capables à court et moyen terme d’aller chercher en dehors de nos frontières la croissance dont nous avons besoin pour retrouver la prospérité. Seuls les grands groupes internationalisés ont en France les moyens financiers et logistiques, les compétences technologiques et organisationnelles indispensables.

Il faut renforcer notre capacité à remporter des marchés dans les autres pays développés et tirer parti de la croissance des pays émergents. Investir massivement, mais davantage pour innover, est impératif pour redevenir compétitif face aux autres grands pays industriels, et conserver de l’avance sur les nations émergentes.


Conjuguer la logique de nos firmes multinationales avec la croissance et l’emploi en France ?

Comment alors conjuguer la logique de nos firmes multinationales avec la croissance et l’emploi en France ? Comment concilier la stratégie de conquête de marchés extérieurs, qui se traduit par la localisation de moyens de production et d’emplois à l’étranger, avec la création d’emplois à forte valeur ajoutée sur notre territoire. Il n’y a pas nécessairement antagonisme entre ces stratégies globales et l’intérêt national. Mais la France est sans doute le seul grand pays où prononcer ensemble les mots « multinationales » et « intérêt national » provoque des répulsions.

Cela nous amène à poser un autre débat interdit : celui du retour de l’État. Un État qui contribue à la réflexion stratégique et à la coordination des efforts. Un État qui vient aussi épauler solidement les entreprises pour renforcer leur compétitivité et conquérir des marchés. Un État qui joue mieux son rôle pour mobiliser l’épargne nationale en faveur des entreprises. Un État déterminé à prendre les mesures indispensables pour que les grandes entreprises restent liées à l’intérêt national, et que le territoire ne perde plus les centres de décisions majeurs, comme Pechiney ou Arcelor.

Il nous faut aussi un État qui serait attentif à mieux arbitrer les relations entre les grandes entreprises et les sociétés de taille moyenne. Il faut impérativement favoriser le partenariat plutôt que les rapports de forces. Un État qui rééquilibrerait la fiscalité en faveur des entreprises de croissance. Cela pourrait commencer par une forte baisse de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis. Comme en Allemagne !

Parmi les pays avancés, les entreprises allemandes, japonaises et coréennes sont déterminées à récolter les meilleurs fruits de la globalisation. Leurs gouvernements respectifs les épaulent pour renforcer leur compétitivité internationale. Les États-Unis montrent leur volonté de ne pas se laisser faire, quitte à utiliser l’arme monétaire. L’irruption sur le marché mondial de firmes brésiliennes, russes, indiennes, chinoises, mais aussi la montée en puissance dans les secteurs « technologiques » d’opérateurs du Canada, de Taïwan, de Singapour, voire d’Israël soulignent l’urgence d’une contre-offensive.

Sous le poids des traités européens, nous avons accepté de nous dépouiller de notre politique industrielle. La France a commis là une grave erreur. Aucun grand pays – et certainement ni la Chine ni les États-Unis – n’a la naïveté de penser que l’État doit renoncer à stimuler ses industries clés. De fait, nombre des grands groupes français qui occupent aujourd’hui encore des positions majeures dans le monde ont pris en d’autre temps leur essor grâce au soutien de la puissance publique. Partout dans les zones du monde en effervescence, les États interviennent ouvertement – et parfois outrageusement – pour soutenir leurs champions nationaux. Nous avons à l’inverse, et à rebours, décidé de vouer aux gémonies les politiques volontaristes en faveur des entreprises.


Résumons-nous :

1. Une offensive économique de la France passe nécessairement par la mise en œuvre d’une action concertée avec les grandes entreprises de nationalité française.

2. Nos multinationales doivent avoir un rôle d’entraînement sur l’ensemble du tissu d’entreprises.

3. Elles doivent entraîner dans leur sillage les entreprises de taille moyenne dans des relations partenariales, et non dans des relations dominants-dominés.

4. L’appui des pouvoir publics est indispensable pour favoriser les grands projets d’investissement technologiques. Le leadership sera principalement porté par les grandes entreprises, faute d’un nombre suffisant d’entreprises de taille moyenne en France.

5. Il est impératif de rétablir en France la propension à entreprendre. Pour cela, il est indispensable de reconfigurer la législation fiscale et sociale pour permettre aux entreprises de croître. Il est également indispensable de revaloriser le goût d’entreprendre dans les filières élitistes, les grandes écoles.

Ce renouveau du lien entre le pays et ses multinationales doit se faire sous le sceau de la réciprocité : la croissance des entreprises à l’étranger, et notamment dans les pays émergents, doit avoir des retombées positives pour l’économie et l’emploi dans l’hexagone.

L’internationalisation des groupes est en effet positive quand elle se traduit par le renforcement de la base arrière sur le territoire national. Elle est favorable lorsque qu’elle renforce leur niche écologique, composée de partenaires industriels spécifiques, de sociétés de services, d’infrastructures locales. Cela passe aussi par une politique déterminée de redynamisation du tissu entrepreneurial français.
Merci de votre attention.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, cher Laurent Faibis. Voilà un magnifique programme dont je regrette que certains ne se soient pas inspirés. Il serait en effet très stimulant pour le pays de se voir offrir une telle perspective de réindustrialisation construite à partir de la base mais aussi du sommet.

Je me tourne tout de suite vers Michel Volle. Cet économiste original va développer ses thèses aussi décoiffantes qu’intéressantes.

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Fondation Res Publica I Vendredi 29 Juillet 2011 I | Lu 4614 fois


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