L'énergie dans les relations entre l'Europe et l'Iran

par Sadegh Kharazi, ambassadeur d'Iran en France


Intervention prononcée lors du colloque du 14 décembre 2004 Approvisionnement énergétique de l'Europe et politique de grand voisinage


Je suis très heureux d’aborder ici, en votre présence, la question de l’énergie qui occupe une place capitale dans l’économie politique internationale. Nul n’ignore l’importance et le rôle de l’énergie dans la continuité de la vie économique de la population mondiale et la nécessité d’y veiller ; et une réunion comme celle-ci est la preuve de cette réalité selon laquelle la question de l’énergie exige une attention toute particulière…

De même, en raison d’un lien établi entre l’énergie et la croissance économique dans le monde actuel, une approche tous azimuts et intelligente de la situation de l’énergie dans les décennies futures et une étude des moyens de faire face aux obligations et contraintes qui en résultent dans les circonstances actuelles sembleraient inévitables.

La nécessité d’augmentation et de maintien du plafond de la production, le développement des investissements, un transport sûr, une consommation raisonnable, les énergies nouvelles, la protection de l’environnement constituent les préoccupations actuelles et qui reviennent sans cesse dans les grands débats sur l’énergie.

D’autre part, si la question de l’énergie en tant que moteur puissant de croissance économique se pose avec force dans toutes les discussions internationales, celle concernant un meilleur développement de relations réciproques entre producteurs et consommateurs devrait être prise en considération avec autant de force et d’importance. En effet, les pays industrialisés, qui se soucient de s’assurer de l’énergie avec un transport rentable, devraient aussi songer, dans un esprit d’équité, au renforcement des capacités de production des pays pétroliers, ce qui n’est possible que grâce à de grands investissements. Et si les pays industrialisés et les principaux marchés de consommation de l’énergie en Europe et aux Etats-Unis ne prennent pas cette réalité en considération, nous rencontrerons certainement au cours des années à venir les mêmes difficultés que celles dont nous étions témoins ces derniers mois. Autrement dit, la leçon qu’il faut tirer du récent choc pétrolier devrait nous amener à accélérer la réalisation des projets de développement de pétrole et de gaz dans le monde et à investir plus que jamais pour mener à bien ces projets.

En outre, réaliser un fort coefficient de production constitue le défi majeur du monde de l’énergie, ce qui signifie d’une part le renforcement de la sécurité énergétique des pays consommateurs et d’autre part, l’assurance d’un revenu raisonnable et stable pour les pays ayant des ressources énergétiques. Certes, il est bien évident que les consommateurs de l’énergie, en vue de réduire la vulnérabilité et d’augmenter aussi le coefficient d’assurance de l’énergie dont ils ont besoin, cherchent à diversifier les vecteurs d’énergie ainsi que la distribution géographique des sources premières de l’énergie pour ne pas dépendre des ressources de pétrole et de gaz du Moyen-Orient et du golfe Persique. Ils pensent également à l’efficacité de l’énergie pour économiser leur consommation et augmenter leur rentabilité.

Mesdames et Messieurs, Comme vous le savez, l’Iran possédant environ 120 milliards de barils de brut en réserve et environ 30% des réserves mondiales de gaz, occupe une place de premier plan en ce domaine. Il produit à présent près de 3 millions neuf cent milles barils de brut par jour, et sur la base des planifications déjà établies, il deviendra d’ici 2025 tour à tour premier producteur en pétrochimie, deuxième producteur de brut au sein de l’OPEP et, enfin, deuxième producteur de gaz dans le monde. C’est pourquoi, je tiens à souligner que notre pays cherche à jouer un rôle efficace et rassurant dans l’approvisionnement de l’énergie dont le monde d’aujourd’hui a de plus en plus besoin à l’avenir, et que pour atteindre cet objectif de première importance, il a mené les réformes nécessaires pour accroître l’efficacité des grandes compagnies de pétrole et de gaz et pour créer les conditions d’un climat favorable aux investissements étrangers assez étendus dans cette industrie, et ce afin qu’il stabilise de plus en plus la place qu’il mérite dans les marchés du monde.

De même, le deuxième rang que nous occupons dans les réserves mondiales de gaz nous fournit l’occasion d’envisager l’exportation de cette matière énergétique de grande valeur. Tout en exportant du gaz naturel vers la Turquie et l’Europe, nous pourrions porter notre regard vers les marchés du Pakistan et de l’Inde. Et j’ajoute qu’il existe également divers projets pour la production de LNG et GTL dans les programmes de l’industrie pétrolière iranienne.

Grâce aux récentes découvertes dans les gisements de Yadavaran, Azadegan, Darekhovein ainsi que dans les sédiments pétrolifères du champ de Pars du Sud, et aussi suivant les programmations établies jusqu’à la fin du quatrième plan quinquennal de développement économique, la République Islamique d’Iran augmentera sa production pétrolière à 5 millions 400 mille barils et à plus de 7 millions de barils par jour au cours des 10 années à venir. Cela dit, le Ministère iranien du Pétrole a déjà planifié une production journalière de 900 millions de mètres cubes de gaz naturel et l’augmentation des capacités de raffinage du pays à raison de 2 millions 600 milles barils par jour ainsi que la réalisation de 20 milliards de dollars de produits pétrochimiques annuels à l’horizon de 2015.

En tout cas, tout en insistant encore une fois sur le fait que l’approvisionnement constant et stable de l’énergie dans le monde nécessite une attention toute particulière et une prise de conscience généralisée de différentes régions géographiques, notamment l’Occident industrialisé qui a besoin de cette matière vitale, je dois rappeler que l’énergie qui pouvait être un terrain de coopération et de bonne entente entre les peuples, aura hélas été une pomme de discorde et même un détonateur d’affrontement sur la scène politique et militaire internationale, causant un grand nombre d’événements regrettables dans le monde et dont je ne trouve pas nécessaire de citer les exemples.

Je me contente d’affirmer qu’en se détournant de l’approche traditionnelle qui consistait à confondre la nécessité d’approvisionnement de l’énergie et la mainmise sur les ressources énergétiques, l’on pourrait jouir de la prospérité résultant d’une participation collective et d’une promotion tous azimuts de relations équilibrées, en renforçant l’esprit et le sens de la cordialité et de la coopération et en déployant des efforts pour répondre aux besoins réciproques des régions de production et de consommation, et ce en toute jouissance de tout ce que l’énergie nous apporte.

Je remercie très sincèrement nos amis ici présents ainsi que les organisateurs de ce colloque.
Merci.

Fondation Res Publica I Mercredi 15 Décembre 2004 I | Lu 3701 fois


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