Intervention de Stéphane Hessel

par Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, Président du Comité Français de solidarité internationale


Intervention prononcée lors du colloque du 6 juin 2005 L'ONU en 2005


J’interviens avec beaucoup de plaisir pour une raison c’est que je suis quand même de tous ceux qui sont ici celui qui a été le plus tôt et le plus longtemps au sein des Nations Unies puisque j’y suis arrivé en 1946 et que ma dernière prestation a été en 1993, à la conférence de Vienne.
Je voudrais simplement dire une petite déception du débat que nous venons d’avoir tout en rendant hommage à tous ceux qui sont intervenus. Mais, chers amis, la situation, hélas, est beaucoup, beaucoup plus grave que ce que nous avons l’air de dire autour de cette table. Le monde est en beaucoup plus grave danger car, que ce soit sur le plan de la protection de la planète ou des écarts croissants et inacceptables – et Monsieur le Secrétaire général Boutros Ghali vient d’y insister aussi - nous ne pouvons tout simplement pas nous borner à dire qu’il faut faire quelques petites réformes, ce serait utile parce que ça ne marche pas aussi bien que ça pourrait. Non, ça marche mal et il faut que nous soyons conscients que les rapports qui ont été préparés, celui dont Lord Hannay a parlé avec beaucoup de fermeté et de clarté et auquel je souscris naturellement entièrement - sur la sécurité – celui de Jeffrey Sachs sur le développement, il faut les prendre au sérieux et pas seulement comme une nouvelle tentative de faire quelques améliorations. Je voudrais insister là-dessus et sur le fait que tout ce qui a toujours échoué pendant les soixante années au cours desquelles j’ai été observateur ou actif à l’intérieur des Nations Unies a échoué parce que un certain nombre de grandes puissances, de gouvernements, ont trouvé qu’après tout leurs intérêts étaient respectés et que respecter les intérêts des autres leur coûterait trop cher.
Alors d’où peut venir aujourd’hui un grand sursaut pour dire : « la Charte, oui, toute la Charte », elle est essentielle, elle donne toutes les valeurs essentielles sur lesquelles créer un monde meilleur pour le XXIe siècle mais une véritable volonté nouvelle, une prise en compte de ces problèmes très graves qui se posent et par conséquent de tous les acteurs aussi bien ceux du Sud, du Nord et de l’Est, de dire « c’est le moment, et c’est le moment d’un sursaut, soixante années après, c’est le bon moment »
Je vous dirai, au risque de prendre encore deux minutes de votre temps, que je reviens, il y a quelques semaines, du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration. Il se trouve que j’ai eu l’honneur d’être enfermé dans l’un de ces camps. Eh bien je peux vous dire que ceux d’entre nous qui ont considéré que la réponse aux camps de concentration c’était l’Organisation des Nations Unies et la Charte, eh bien, ils attendent, avec une impatience croissante, au fur et à mesure qu’ils approchent de la fin, évidente, de leur propre existence, que l’on prenne au sérieux ce qui a été fondé en 1945 et qu’on lui donne enfin la force, la capacité, la dimension et l’orientation dont nous avons tous besoin dans un monde devenu totalement interdépendant. Notre propre avenir ne se dissocie plus de l’avenir de l’ensemble de cette planète. Là-dessus, je voudrais que vous poursuiviez vos réflexions avec un esprit volontaire, optimiste – car tout est encore possible – mais sans relâcher la pression sur tout ce qui, pour le moment, est très insuffisamment réglé par l’Organisation mondiale. Merci.

Fondation Res Publica I Mardi 7 Juin 2005 I | Lu 3176 fois


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