Débat final


Interventions prononcées lors de la table-ronde Quelle politique agricole au défi de la crise alimentaire modiale ? du 9 juin 2008.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Michel.
Notre table ronde doit maintenant aborder le débat. Je vais le lancer en posant quelques questions de béotien. J’ai pour habitude de pratiquer le doute méthodique car avant de lancer des actions il faut bien voir où nous allons.

Même si le contexte a changé, cette table ronde n’a pas contredit les résultats auxquels nous étions parvenus lors de notre dernier colloque sur la politique agricole commune. Nous sommes toujours en face d’un système extrêmement complexe où les différentes variables interagissent sans qu’on perçoive très clairement laquelle est déterminante.

Vous avez dit, Messieurs et mes questions s’adressent à vous tous, que le marché mondial agricole est marginal, sorte de déversoir qui représente un faible pourcentage de la production et de la consommation mondiales, d’où la sensibilité des marchés agricoles à des variations soudaines - et peut-être accidentelles - comme la sècheresse australienne, les directives américaines en matière d’agrocarburants ou l’affectation de la production de maïs. J’observe toutefois que, depuis deux ans la tonalité a un peu changé sur ce sujet : on est moins enthousiaste. Les questions que j’avais posées lors de notre premier colloque sur la rentabilité de tout cela étaient d’ailleurs restées relativement sans réponse.

Je continue donc à pratiquer le doute méthodique. Nous avons un marché mondial marginal ; cela tendrait à démontrer que l’autosuffisance a été pratiquée partout : en Europe, en Chine, en Afrique, sauf peut-être dans quelques pays comme la Grande-Bretagne, peut-être la Hollande ou la Suisse (qui a une politique d’aide à l’agriculture de montagne). N’y a-t-il pas une contradiction entre le mot d’ordre d’autosuffisance alimentaire, la « souveraineté alimentaire » souvent proclamée et le caractère relativement marginal, en réalité, des phénomènes de marché qui révèle qu’il y a déjà une certaine autosuffisance ?

Deuxième question. Les bas prix relatifs du marché mondial ont exercé un effet néfaste sur l’agriculture des pays en voie de développement et les orientations données pour développer les cultures d’exportation se révèlent finalement assez désastreuses. En résultent les problèmes des grands programmes d’investissements en Afrique : irrigation, routes, techniciens agricoles, semences, peut-être engrais. Là, j’avance avec précaution parce qu’on n’ose plus parler comme à l’époque de la révolution verte. En Inde, où j’ai eu l’occasion de me rendre, les engrais ont joué un rôle capital, tout comme l’évolution des plants, des semences. Ces techniques ont complètement modifié la situation de l’Inde qui, alors qu’elle était très déficitaire, est devenue un pays où production et consommation s’équilibrent à peu près.

Mais quid de ce marché mondial résiduel qui exerce un effet si nocif sur l’agriculture des pays africains par exemple ?

Ma troisième question porte sur la possibilité et la manière de prévoir l’évolution des prix à long terme sur un marché aussi marginal. Cela a-t-il même un sens ? Nous sommes six milliards de consommateurs, la population n’a pas cessé d’augmenter depuis le début du XIXe siècle et les prix ont baissé. Ceci renvoie à Ricardo et Malthus : Pourquoi les prix monteraient-ils aujourd’hui alors qu’ils ont baissé jusqu’à présent ?

Quel est le facteur nouveau ? Est-ce le consommateur chinois ? Mais Lucien Bourgeois, en nous apprenant qu’un cochon sur deux est chinois, qu’une pomme sur deux est chinoise, montre que s’il y a des consommateurs en Chine, il y a aussi des progrès agricoles.

Comment concilier tout cela ?

S’agissant de l’augmentation des prix, on s’aperçoit que si elle a été forte pour tous les produits en 2006, elle n’a concerné en 2007 que les céréales. Michel Sorin parle de rattrapage par rapport à une évolution tendancielle de -30% de 1999 à 2005. Il est donc bien difficile de prévoir à long terme et d’envisager une augmentation des prix durable. Avez-vous des éléments qui permettent d’aller dans ce sens ?

Ma quatrième interrogation, tout aussi béotienne que les précédentes, concerne l’avenir de la PAC. Vous émettez de très fortes critiques à l’égard d’une PAC qui donne de l’argent public à ceux qui, déjà, gagnent beaucoup d’argent privé, c’est-à-dire aux céréaliers. La déconnection, le découplage sont évidemment en eux-mêmes critiquables. Il y a deux ans, on ne trouvait pas normal que les paysans ne voient pas de rapport entre l’acte de produire et leurs revenus. Aujourd’hui, le revenu devrait naturellement augmenter pour ceux dont les produits connaissent une hausse des prix … mais la PAC reste déconnectée de la réalité.

Cette PAC, qui n’est plus soutenue par personne (si ce n’est par la France et, peut-être, l’Italie), va être réformée. L’incertitude où nous sommes en démontre la nécessité. Les grands pays agricoles de l’Europe orientale, la Roumanie, la Pologne, la Bulgarie, ont-ils des idées pour le maintien de la PAC ?
Un fait massif me paraît absolument déterminant en matière agricole : 45% des actifs mondiaux sont des agriculteurs. Comment peut-on abandonner à la loi du marché un système économique ou presque un homme sur deux vit de l’agriculture ?

En Europe, il y a eu une tendance au libéralisme depuis la fin du XIXe siècle, avec les lois Méline. Puis, pendant une longue période, depuis la première guerre mondiale, le libéralisme a été mis en congé. On revient aujourd’hui à un libéralisme d’avant 1914 … Compte tenu de ce qui s’est passé par la suite, ce n’est pas très rassurant !

La PAC n’est plus soutenue mais la supprimer c’est s’en remettre aux lois du marché, en comptant sur la poursuite de la hausse des prix. N’y a-t-il pas un moyen de reconnecter la Politique agricole commune avec les prix ? Ne faudrait-il pas profiter de la présidence française pour en débattre ?

Pour le reste toutes les observations qui ont été faites me paraissent judicieuses, en particulier les réflexions d’Edgard Pisani citées par Michel Sorin. Je n’ai pas lu « Un vieil homme et la terre », j’aimerais que Monsieur Bourgeois et Monsieur Le Cacheux disent ce qu’ils en pensent.

Ces questions me sont inspirées par un bon sens très terre à terre. J’aimerais pouvoir m’orienter dans ce monde où il est difficile d’avoir des repères clairs.
Ne m’en veuillez pas d’avoir hasardé tant de questions peut-être naïves.
Merci


Lucien Bourgeois
Permettez-moi deux ou trois observations.
La première concerne Edgard Pisani. Il va très bien. Il bout, il est en colère comme en témoigne la longue interview parue dans Télérama, il y a trois semaines. Il est particulièrement irrité par le sommet de la FAO. Il est sain pour notre démocratie qu’il y ait encore des personnalités prestigieuses capables de se révolter contre une situation malsaine.

Quelques mots sur l’avenir de l’alimentation de la planète. Nous étions préoccupés par l’alimentation de l’Afrique pendant que l’Inde et la Chine organisaient leur sécurité alimentaire. On ne mesure pas assez la chance que représente cet événement (qui n’a pas toujours été bien perçu en Europe) : le tiers de la population mondiale a pris les moyens de se prendre en charge avec des politiques suffisamment efficaces pour que les paysans voient un rapport entre leur travail et les prix de leurs produits et soient donc encouragés à poursuivre dans la voie du progrès technique. C’est une excellente chose qui pose, à revers, le problème de l’Afrique. Je rappelle parfois à nos amis d’outre Atlantique que quatorze kilomètres séparent l’Afrique de l’Europe et que nous n’avons pas de frontière « naturelle » avec l’Asie. Nous avons donc à nous préoccuper de l’Afrique. Sur le seul pourtour méditerranéen vivent deux cent cinquante millions d’habitants dont la sécurité alimentaire n’est pas assurée. L’Egypte, évoquée tout à l’heure, c’est la population de la France et la surface agricole de la Belgique. Difficile, dans ces conditions, d’assurer sa sécurité alimentaire ! Pourtant, si on ne veut pas voir la Côte d’azur se hérisser de barbelés, il faudra se préoccuper de ces questions.

La PAC est fille du Mur de Berlin. Nous n’avons eu une politique européenne que dans la mesure où nous redoutions un ennemi commun. Depuis que cet ennemi a disparu, nous sommes en panne d’Europe, en panne de projet fédératif par rapport à des questions stratégiques et nous ne savons plus pourquoi nous voulons faire l’Europe. Cela se traduit concrètement dans maints domaines. Je participais récemment à une discussion au Conseil économique et social sur les matières premières industrielles. Depuis 1996, le problème des stocks stratégiques concernant les matières premières industrielles n’est plus à l’ordre du jour en France car on a considéré que, le Mur de Berlin étant tombé, il n’y avait plus d’angoisse sur cette question. Et pourtant, si nous avions eu un stock stratégique sur les matières premières agricoles ces deux dernières années, le monde nous en serait reconnaissant ! Nous avons laissé jouer la spéculation mais loin d’être un jeu de rétablissement d’équilibre, ce fut un jeu d’excès de flambée des prix. L’Europe, comme les Etats-Unis, se seraient honorés de disposer d’un stock stratégique pour faire face à cette spéculation qui n’a pu être évitée.

Le problème de l’avenir de la PAC vient du manque de pragmatisme. Nous convenions tout à l’heure, Jacques Le Cacheux et moi-même, que, derrière la PAC, il y a toute l’industrie agroalimentaire, une partie de la distribution et une partie de la restauration en France. C’est un secteur beaucoup plus important qu’on ne l’imagine pour l’économie française. Il faudrait, de manière très pragmatique, faire en sorte que ce circuit économique fonctionne bien et nous apporte la sécurité que nous recherchons pour l’alimentation. Ce sont nos collègues américains qui insistent aujourd’hui sur un concept oublié en Europe : le concept de complexe agroalimentaire. Nous n’osons plus en parler chez nous de peur de passer pour des ringards. Aux Etats-Unis, c’est encore de mode. Je cite souvent une déclaration du Président Bush à propos de la Farm Bill qui dit que « la sécurité alimentaire est encore un problème pour les Etats-Unis » et qu’on ne peut s’en remettre à une autre nation pour cela.

Aux Etats-Unis, les deux tiers des dépenses pour la politique agricole sont des dépenses pour l’aide à la consommation. Ce qu’on appelle les food stamps, sorte de ‘restos du cœur’ institutionnalisés, restent un élément déterminant de la politique agricole américaine. De ce point de vue – et en cela que je partage ce qui a été dit sur l’idéologie – je suis surpris de voir que, pendant qu’on critique les politiques agricoles parce qu’elles voulaient donner des subventions aux agriculteurs, on est en train de généraliser les subventions aux consommateurs. [Je ne suis pas certain que les budgets de nos pays y gagnent même si, objectivement, il est tout à fait juste de donner des subventions aux consommateurs pauvres]. On voulait supprimer les taxes à l’importation, on voit se généraliser les taxes à l’exportation. On voulait supprimer la régulation de la production, on voit se développer des pénuries. Ces contradictions dans les instruments de la politique agricole montrent qu’on ne sait ni pourquoi on les fait ni pourquoi on les supprime. Il en résulte un gâchis désastreux.


Jean-Pierre Chevènement
Vous avez dit vous-même que l’Europe pèse plus lourd sur le marché mondial que les Etats-Unis parce que nous sommes meilleurs en matière de produits transformés. Nous ne sommes donc pas restés à une définition purement agricole. Nous avons une vision qui rejoint ce concept de l’agroalimentaire dont vous releviez que les Etats-Unis parlaient beaucoup. Peut-être en parlent-ils beaucoup parce qu’ils en font moins ? Nous n’en parlons pas mais il y a en Europe, en France particulièrement, une industrie agroalimentaire très développée.


Lucien Bourgeois
Nous avons réussi, en particulier en France, à remonter une industrie qui n’était pas très glorieuse à la fin de la Deuxième guerre mondiale. Actuellement nous avons une des meilleures industries agroalimentaires du monde qui attire d’ailleurs énormément de capitaux. Je voudrais dire à ce propos qu’il me paraît indispensable, au regard de l’impact sur l’avenir, de parvenir à combattre la volatilité des prix. Celle-ci est dangereuse pour les consommateurs, dangereuse pour les éleveurs mais elle est aussi très dangereuse pour les industries agroalimentaires. Comment voulez-vous qu’un industriel répercute un doublement du prix agricole dans le prix du produit final ? Quand le produit agricole représente une part infime du prix du produit final, ça ne pose pas de problème mis ce n’est pas toujours le cas. Je ne crois pas au « complot » mais il est vrai que la volatilité des prix introduite par le programme éthanol gêne beaucoup l’Europe et gêne en particulier l’industrie agroalimentaire qui avait battu, me semble-t-il, les entreprises américaines. Nous devrions être vigilants sur ce point et rappeler à nos instances européennes que la PAC ne concerne pas seulement les agriculteurs mais aussi les IAA, la grande distribution et l’ensemble du secteur agroalimentaire.


Jean-Pierre Chevènement
Vous parlez du programme éthanol européen ?


Lucien Bourgeois
Non, je parle du programme américain. Le programme éthanol européen n’est pas encore très important. Nous consommons plus de gas-oil que d’essence, nous n’avons donc pas intérêt à faire de l’éthanol qui donne de l’essence. En revanche, nous avons lancé un programme orienté vers le biodiesel. A terme, il souffrira des mêmes critiques parce que derrière la question de l’éthanol menace le danger d’accrocher le prix de l’alimentation sur le prix du pétrole. Jacques Le Cacheux a bien attiré l’attention sur le fait que les produits alimentaires contiennent déjà beaucoup de pétrole mais si, avec l’éthanol, on fait en sorte que l’alimentation soit durablement rattachée au prix du pétrole, produit dont la fin est prévue, on aura à terme un problème pour les populations les plus pauvres.


Jean-Pierre Chevènement
Les augmentations de prix qui ont eu lieu en 2006-2007 apportent, me semble-t-il, de l’eau au moulin des adversaires de la PAC, à moins que ceux qui soutiennent la PAC manifestent une capacité d’imagination capable de reconnecter celle-ci à l’évolution des prix.


Lucien Bourgeois
L’objectif était d’essayer par tous les moyens d’accroître l’influence du marché pour permettre une baisse des prix suffisante afin que nous soyons compétitifs par rapport au marché extérieur. Or, si la flambée des prix actuelle rétablit un certain équilibre, elle a tellement d’inconvénients qu’elle inquiète même ceux qui voulaient une libéralisation de la PAC en raison de la menace de pénurie alimentaire dans le monde. Je crois donc qu’elle plaide aussi pour la refondation d’une réflexion collective et d’une coordination des politiques sur l’alimentation. C’est pourquoi je préfèrerais que la PAC signifie : Politique alimentaire commune. Une coordination des politiques nationales d’une part, des politiques dans le monde d’autre part vers l’alimentation me semble préférable à la création de « grands machins » qui, selon le choix qu’on fait de la supranationalité, suscitent beaucoup de critiques.


Jean-Pierre Chevènement
Je voudrais poser une question à Michel Sorin. Vous avez dit que la préférence communautaire était abandonnée mais les droits de douane sont encore très élevés. Que faut-il penser ?


Michel Sorin
Les droits de douane sont tout ce qui subsiste. La préférence communautaire se réduit progressivement. La politique de la Commission européenne va vers un abandon de tous les outils qui ont été mis en place (ou pourraient être mis en place) pour une régulation des marchés. Ce pourrait être évité si on gardait au niveau national la maîtrise, en tant que pouvoir public, du contrôle de la régulation des marchés. Mais parce qu’on transfère au niveau européen, on va vers un abandon total. C’est le risque de cette orientation politique. Mais c’est le problème général de l’Europe. La Commission européenne ne serait pas celle qu’on connaît actuellement, avec les plus libéraux parmi les commissaires, si les chefs d’Etats et de gouvernements n’avaient pas eux-mêmes accepté cette politique.

Quel avenir pour la PAC aujourd’hui ? C’est toujours le problème France/Royaume-Uni (illustré un moment par Chirac/Blair). Il faut refuser la vision anglaise car elle vise à la disparition de la PAC. Mais les conditions ont changé et la PAC aurait dû changer, comme Pisani l’avait vainement demandé, à la fin des années 1970. Il faut la simplifier. Il est, par exemple, inadmissible que les aides publiques aillent à ceux qui ont déjà constitué des revenus privés importants, les aides directes étant fonction de ce qu’ils ont acquis. Ces avantages acquis sont aberrants. Pendant ce temps, les agriculteurs qui font des efforts en matière d’environnement bénéficient moins des aides. Il faut revoir cela fondamentalement, conserver les sommes pour les réorienter vers ceux qui en ont besoin et plafonner les aides au niveau des exploitations. Si on veut que les agriculteurs protègent davantage l’environnement, qu’ils changent leur politique énergétique, adaptons les aides, régionalisons-les. Revoyons la méthode ! Actuellement, pour s’en débarrasser, on découple les aides de l’outil de production de manière aberrante parce qu’on ne pense pas les aides comme un outil de réorientation de la production. Les incitations à réorienter la production agricole sont nécessaires. Il faut que l’agriculture évolue, utilisons les aides à cette fin.

D’autre part, certains types d’agriculture, dans une situation très handicapante, disparaîtront si on ne les aide pas. Utilisons les aides pour eux mais bloquons les aides par exploitation. Les Allemands qui exploitent les anciennes fermes d’Etat trouveront une solution adaptée. Assouplissons la méthode mais ne donnons pas les aides publiques à ceux qui bénéficient de prix déjà très élevés. Orientons les aides vers les producteurs de moutons qui sont en difficulté face à la concurrence internationale. Nous avons besoin d’une nouvelle politique plus générale, agricole, alimentaire, environnementale, liée aux territoires. Rebâtissons quelque chose mais surtout ne supprimons pas. Il faut réutiliser ce qui existe en le réorientant, en essayant d’être assez forts au niveau national pour convaincre les autres partenaires européens de refonder cette politique commune.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Michel. Avant de donner la parole à la salle, je la donne à Monsieur Le Cacheux.


Jacques Le Cacheux
Quelques réactions un peu iconoclastes et provocatrices de l’économiste de service.
Je suis en partie d’accord avec ce qui a été dit sur la nécessité de réguler. Mais je me méfie énormément de ce qui pourrait résulter de la planification suggérée par Pisani. Comme je l’ai dit tout à l’heure, les experts sont incapables de se projeter à l’horizon de vingt ou trente ans. On n’a jamais réussi à le faire et on ne réussirait pas plus cette fois-ci. On réussirait peut-être, malheureusement, à faire une espèce de remake de ce qu’a fait l’Union soviétique à une certaine époque qui n’était pas très brillant. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Il faut aussi des mécanismes des marchés pour corriger les éventuels excès (c’est heureusement une des fonctions des marchés).

Aujourd’hui il y a bien sûr le défi de l’alimentation mais il n’est pas le même partout dans le monde. Un certain nombre de régions sont confrontées à la question de la quantité de calories nécessaires à la population et non à la question de la qualité (sinon dans une acception très basique) ni à celle de la diversité. Il a été justement rappelé que l’effort doit être porté sur l’Afrique où se manifestent aujourd’hui les défaillances les plus graves. Dans le reste du monde la question de la suffisance alimentaire ne se pose pas ou ne se pose plus.

Je suis toutefois un peu moins optimiste que Lucien Bourgeois sur ce qui s’est fait, en Inde et ailleurs, au détriment de l’environnement. Ces régions ont été massacrées : il n’y a plus un oiseau en Inde du fait des pesticides de la révolution verte. Certes on a nourri les gens mais au prix d’une destruction de l’environnement sans équivalent. De même, nous avons détruit notre environnement dans les années 1960-1970, nous y prêtons aujourd’hui un peu plus attention. C’est un défi important. Aujourd’hui, nous pourrions apporter en Afrique les pesticides et les engrais que nous avons utilisés pendant des décennies. C’est ce que propose d’ailleurs Jeffrey Sachs, le directeur de l’Institut de la planète. Faut-il refaire chez eux les bêtises que nous avons faites chez nous ? Il faut peut-être réfléchir à des manières moins brutales d’augmenter la production. Une partie très significative de la population mondiale est encore rurale, agricole. Il faut essayer de l’aider à atteindre des niveaux suffisants pour que ces paysans aient envie de rester dans les zones rurales et ne viennent pas s’agglutiner dans des agglomérations déjà malheureusement gigantesques. Cela signifie inventer de nouveaux modes de développement ruraux en favorisant par exemple le creusement de petits puits avec des cellules photovoltaïques et ne pas refaire les erreurs qu’on a pu faire dans un certain nombre de cas. Des expériences menées au Burkina Faso et ailleurs montrent que c’est possible. C’est une partie de la question qui n’est pas facile à gérer mais sur laquelle nous, Européens, pouvons avoir une influence parce que c’est notre intérêt. Comme Lucien Bourgeois l’a rappelé, l’Afrique c’est la porte de l’Europe.

Pour l’Europe et les Etats-Unis la question de l’alimentation revêt des dimensions beaucoup plus complexes. On a montré jusqu’à présent, avec la PAC, qu’on savait faire du quantitatif, produire beaucoup et pas cher. Aujourd’hui nous entrons dans une ère nouvelle où il faut essayer de produire mieux, avec moins d’énergie, des produits de meilleure qualité, plus divers, meilleurs pour la santé humaine. Il y a tout un champ de réflexion à mener en France et en Europe sur la politique agricole et la politique d’alimentation. Si on « recouple » les aides, on va refaire ce qu’on a fait dans les années 1970 et 1980, une agriculture productiviste. Les grands céréaliers et un certain nombre de syndicalistes agricoles – sans vouloir vous offenser – sont tout à fait prêts à repartir dans cette direction, arguant : « on vous l’avait bien dit, il faut nourrir la planète, vous nous avez empêchés de produire, la planète meurt de faim, laissez-nous recommencer à produire et la planète sera nourrie, la France et l’Europe deviendront les greniers à blé du monde ». Ce n’est pas ce qu’on veut aujourd’hui. On ne veut pas refaire ce qu’on a fait il y a trente ans parce que le monde a changé. La question aujourd’hui est de trouver de nouveaux instruments, de nouveaux outils pour orienter l’agriculture vers les productions plus respectueuses de l’environnement, meilleures pour la santé, que souhaitent les consommateurs européens. Cela demande à mon avis un peu de réflexion.


Jacques Warin
J’ai été ambassadeur auprès de la FAO et je partage les idées que vous avez tous exprimées : ce plan d’action mondiale contre la faim lancé à grand fracas ne débouchera sans doute pas sur grand-chose. Ce n’est que le septième ou le huitième plan (j’ai déjà vu, il y a quinze ans, lancer un plan d’action mondiale), de même qu’en France nous en sommes à la 19e réforme du baccalauréat ! Le seul engagement qui ait été pris à la FAO est celui de mettre 6 milliards d’euros dans des investissements agricoles à l’échelle mondiale. C’est une somme dérisoire et cet engagement ne sera d’ailleurs pas tenu.
Ma question s’adresse indifféremment à Jacques Le Cacheux, Michel Sorin ou Lucien Bourgeois. Que pensez-vous d’une proposition récente du ministre français de l’agriculture qui consiste à susciter ou créer des petites PAC partout dans le monde (une PAC au Maghreb, une PAC en Asie du Sud-est, une PAC dans l’Afrique des Grands lacs) pour, dit-il, stabiliser les prix alimentaires dans chacune de ces régions ? Je ne sais pas s’il a fait cette proposition officiellement à Bruxelles auprès de ses partenaires. Je l’ai lue dans une interview donnée au Financial Times où elle a suscité l’indignation de la rédaction : le Financial Times ne peut pas imaginer qu’on ose contrecarrer la libéralisation des prix agricoles orchestrée par l’OMC. Une telle proposition est-elle valable, à condition bien sûr qu’on y mette les moyens financiers et qu’il existe les cadres politico-juridiques dans chacune des régions du monde ? Est-elle de nature à défendre, dans son principe, la politique agricole commune ? Merci


Lucien Bourgeois
Je crois que, de façon très pragmatique, Michel Barnier propose une vision moins mondialiste. On est passé un peu vite d’une PAC européenne à une vision mondialiste dans laquelle l’OMC règlerait tous les problèmes, ce qu’elle est incapable de faire. De là vient l’idée que ce que l’Europe a réussi pourrait être imité. En effet, l’Europe, avec trois fois moins de terre par habitant que les Etats-Unis, a réussi à assurer notre autosuffisance alors que nous étions habitués à nous servir dans les colonies.

Faut-il garder l’appellation « PAC » ? Ce nom est aujourd’hui tellement dévalué que j’en déconseillerai l’emploi. Je préfère « coordination des politiques » dans les ensembles régionaux où nous avons notre mot à dire. Il y a évidemment plus de chances pour que quelques pays du Maghreb ou quelques pays de l’Amérique du sud arrivent à trouver une politique commune intelligente. C’est souhaitable. Je faisais tout à l’heure référence à la prochaine célébration du vingtième l’anniversaire de la disparition du Mur de Berlin. Paradoxalement, on n’a jamais construit autant de murs, même entre des pays aussi pacifiques que le Mexique et les Etats-Unis ! Il faudra trouver des moyens intelligents pour résoudre les problèmes entre voisins, sinon de nouveaux murs vont s’ériger. La proposition de Michel Barnier de confier ces questions à un effort de coordination des politiques est tout à fait pertinente. Il n’y a pas d’autre solution.


Jacques Le Cacheux
Mon pessimisme congénital et professionnel m’amène à penser que ce sera difficile. Comme ce fut rappelé tout à l’heure, la politique agricole européenne bénéficiait de circonstances historiques favorables, la coupure de l’Europe en deux mettait fin aux approvisionnements de l’Allemagne en provenance de l’Est et suscitait une complémentarité très forte entre la France et l’Allemagne qui avaient intérêt à développer ensemble des outils d’augmentation de la production agricole en Europe. Malheureusement, aujourd’hui cette situation favorable ne se trouve pas aussi facilement dans les autres régions de monde, ni au Maghreb, ni en Afrique. Un tel projet, pour être efficace et viable, demanderait une réflexion un peu plus approfondie.
Il ne faut pas non plus vouer la mondialisation aux gémonies (je reprends mon rôle d’économiste). La mondialisation a aussi des avantages. Elle permet aux pays dont les ressources naturelles ne leur permettent de produire suffisamment de s’approvisionner sur les marchés mondiaux (vous parliez tout à l’heure de l’Egypte). Il faut donc manier avec prudence l’idée selon laquelle il faudrait absolument revenir à des organisations purement régionales et se passer de la souplesse que peut constituer le marché mondial. Il faut aussi rappeler qu’il y avait dans l’Europe naissante une volonté politique qui n’existe dans aucune autre région du monde. Demandez aux Algériens et aux Marocains s’ils ont envie de mener une politique commune !



Jean-Pierre Chevènement
Merci de ces observations judicieuses. Patrick Quinqueton et Alain Dejammet m’ont demandé la parole.


Patrick Quinqueton
Je ne suis pas un défenseur habituel de la régulation par le marché, aussi ma question, en forme d’éloge du marché et de la hausse des prix, paraîtra-t-elle peut-être paradoxale. La situation actuelle ne ménage-t-elle pas un espace de développement aux économies agricoles africaines grâce au niveau de prix plutôt élevé ? Si ces prix élevés perdurent, le Mali ou le Burkina Faso ont quelques chances de ne pas voir le riz thaïlandais venir concurrencer leur production locale. Peut-on parler d’opportunité ou cette situation est-elle trop volatile pour permettre un développement à quelques années ?


Jacques Le Cacheux
Les objectifs initiaux de l’OMC étaient précisément, en démantelant les subventions à l’exportation, de faire monter les prix mondiaux de façon à encourager ces pays à développer leur agriculture vivrière. Donc le fait que les prix mondiaux montent peut être une chance à condition qu’il y ait une certaine stabilité. Si ça ne dure pas, ça peut tuer dans l’oeuf toute velléité. Par exemple, les quelques mois nécessaires pour développer les cultures de riz font qu’on n’a pas beaucoup de visibilité sur les prix mondiaux parce que l’ « élasticité » de l’offre aux prix est assez forte dans certaines régions. Le Mali et le Burkina Faso, qui avaient des capacités de production de riz relativement importantes, les ont abandonnées depuis des années en raison, comme vous le dites, de l’invasion des riz importés. Aujourd’hui ces pays pourraient assez facilement recommencer à produire. A condition que les populations ne se soient pas urbanisées entre temps et à condition que la visibilité, la stabilité soient suffisantes pour que les familles qui s’investiraient à nouveau dans la culture de riz ou de produits de consommation locale puissent compter sur des revenus raisonnablement stables pendant plusieurs années. Faute de quoi tous ces efforts seraient tués dans l’œuf. Il y a là une responsabilité importante des pays les plus développés à essayer de faire en sorte que ces productions redeviennent, durablement, économiquement viables. Cela exige aussi qu’on s’interdise à l’avenir le dumping pratiqué dans le passé. Il n’y a pas que le riz thaïlandais ! Chaque fois que nous avons déversé nos produits sur les marchés mondiaux, les prix mondiaux se sont effondrés, ruinant des centaines de milliers de petits exploitants qui ont arrêté leurs exploitations vivrières pour s’installer dans les villes. Les pays développés ont donc une responsabilité. Ils doivent dorénavant s’interdire ces procédés et trouver d’autres moyens de réguler leur production que d’utiliser les autres pays comme un déversoir pour leurs excédents, ce qui, malheureusement a été souvent le cas.


Alain Dejammet
Que reste-t-il aujourd’hui des mécanismes de stabilisation des recettes d’exportations, qui exigeaient la constitution de stocks ?
Quel jugement portez-vous sur la disparition, sans tambour ni trompette, du fonds commun de stabilisation des matières premières qui avait pour vocation d’éviter cette succession de crêtes et d’abysses et d’atteindre - par des mécanismes qui paraissaient faire sens commun et recueillaient l’adhésion d’une très large majorité de populations il y a une quinzaine d’années - cette fameuse régulation que vous recherchez ?


Jacques Le Cacheux
Il est vrai qu’on avait mis en place, dans les années 1970 notamment, des fonds de stabilisation des recettes d’exportations pour un certain nombre de grandes productions : le cacao, le café etc. Malheureusement, ils sont très difficiles à gérer, surtout dans le cas fréquent de pays monoexportateurs, en raison du problème que les économistes appellent « passager clandestin ». Les efforts de certains pays pour faire remonter collectivement les cours des matières premières entraînent inévitablement une incitation pour les autres pays à profiter de la situation et à inonder le marché mondial. C’est vrai dans tous les domaines. L’OPEP fait monter les prix et la Norvège, qui n’est pas membre de l’OPEP, en profite, elle est devenue le deuxième ou troisième exportateur mondial de pétrole ces dernières années, profitant des prix élevés obtenus grâce à la restriction de la production pratiquée par certains pays comme l’Arabie saoudite. C’est une vraie difficulté : on ne peut faire fonctionner ces mécanismes de stabilisation qu’à la condition d’avoir une espèce de police mondiale qui fasse en sorte que tout le monde respecte les règles du jeu. Cela supposerait que des organisations mondiales comme l’OMC, au-delà de leur rôle de gendarmes du commerce, deviennent des instances de régulation des flux. C’est tout à fait imaginable mais il faudrait une volonté politique importante et un peu d’imagination pour la mise en œuvre concrète, non plus pour quelques matières premières tropicales comme le cacao ou sur le café mais pour les grands produits de première nécessité comme le blé ou le riz. Dire « le riz » dans un pays à faible niveau de revenus a du sens ; en Europe et dans les pays riches en général, ça n’en a pas parce que nous ne consommons pas « du riz » mais cinquante variétés différentes de riz plus ou moins sophistiqués et coûteux (riz Basmati, riz sauvage…). On voit bien qu’il est plus compliqué de réguler un produit qui n’est pas homogène, uniforme.


Lucien Bourgeois
Je voudrais ajouter que l’idée des stocks n’est pas si mauvaise. Je ne suis pas sûr qu’ils coûtent si cher qu’on le dit. Un chiffre m’a frappé récemment : le gouvernement anglais a décidé de dépenser soixante-trois milliards d’euros pour empêcher ses banques de plonger dans la faillite à la suite de la crise des subprimes. Ce chiffre a suscité un écho dans ma mémoire : soixante-trois milliards, c’est exactement la valeur des six cent vingt-huit millions de tonnes de la totalité de la production mondiale de blé au prix où il était au moment où Tony Blair a tenu ces propos. Je rapproche ces chiffres pour montrer que, s’il y a eu des abus, si l’argent a été parfois gaspillé, si on a gardé beaucoup trop longtemps des stocks qui devenaient inutilisables, ne plus avoir de stocks me semble tout à fait dommageable pour la paix du monde. Puisqu’on peut trouver de l’argent pour soutenir le système bancaire, il serait de bon aloi d’en trouver pour entretenir des stocks stratégiques. On dit toujours que l’assurance ne coûte cher qu’avant l’accident.


Giles Casanova
Je poserai deux questions appelant des réponses courtes.
Quand j’étais enfant, on nous montrait, pour dénoncer les excès du capitalisme, la récolte de café brûlant dans les locomotives au Brésil. Aujourd’hui de faux prophètes - qui se sont baptisés écologistes - avec le mot « biocarburant », font de ce procédé une panacée. La priorité, dans le domaine de l’alimentation de la planète, n’est-elle pas de mettre fin à l’utilisation de produits alimentaires comme carburant ?
Dans la zone euro, la courbe haussière des prix touchant à l’alimentaire croise la courbe baissière de tous les produits de haute technologie, stabilisant l’inflation depuis 2002. Mais cela appauvrit les plus pauvres et enrichit les plus riches.
Peut-on imaginer que cela perdure ? Si c’était le cas, cette apparente stabilité des prix pourrait être un élément de crise dans les sociétés de la zone euro. Toutes les catégories de population consomment des produits alimentaires mais si ceux-ci - qui constituent une part importante du budget des plus pauvres - atteignent des prix exorbitants, la société pourrait se déchirer. Feriez-vous ce pronostic ?


Jean-Pierre Chevènement
Qui veut tenter des réponses courtes à ces questions vertigineuses ?


Lucien Bourgeois
Au sujet des biocarburants, il faut raison garder. Il n’était pas idiot d’utiliser des produits alimentaires pour faire de l’énergie plutôt que d’en geler la production ou les jeter. De ce point de vue, l’idée était bonne. Aussi proposerai-je de suspendre les programmes éthanol lorsque les prix agricoles dépassent d’un pourcentage donné la moyenne des cinq dernières années plutôt que de jeter l’ostracisme et d’interdire au prétexte que ça ne marchera jamais. En général on n’utilise pour l’alimentation qu’une petite partie de la plante. Tout ce qui pourrait contribuer à utiliser une plus grande partie de la plante pour des usages non alimentaires me paraîtrait donc assez astucieux.
Au sujet des prix alimentaires, je ne suis pas persuadé qu’on aille vers une alimentation durablement très chère. J’ai essayé de vous montrer qu’il y a des poches d’inflation sur certains produits. Jacques Le Cacheux a raison de dire que l’incorporation du pétrole dans nos produits va peser pour un renchérissement des prix mais peut-être, grâce à nos technologies, va-t-on pouvoir utiliser moins de pétrole. Je pense que nous avons la capacité à maîtriser les coûts de l’alimentation. Mais vous avez parfaitement raison d’attirer l’attention sur la relation entre la politique alimentaire et la politique de cohésion sociale. On ne peut pas traiter du problème de l’agriculture et de l’alimentation sans avoir en tête ses conséquences sur la cohésion sociale et donc sur la paix civile.


Jacques Le Cacheux
J’ajouterai un mot de dissension pour faire débat.

Comme l’a dit Lucien Bourgeois, on exagère beaucoup les choses sur la question des agrocarburants. Vous avez tous en tête l’expression de Ziegler (du Programme des Nations unies pour le développement) qui parle de « crime contre l’humanité » : comme toujours des mots excessifs pour des choses qui ne méritent pas tant d’indignité ! Si on raisonnait comme ça il faudrait aussi arrêter de porter du coton puisque celui-ci est cultivé sur des terres qui pourraient servir à produire de l’alimentation… Ce que dit Lucien Bourgeois est très important : aujourd’hui les technologies de production des agrocarburants sont peu efficaces et utilisent la partie de la plante utilisable pour l’alimentation humaine ou animale. On sait que des technologies de seconde génération pourront utiliser les résidus (la cellulose) et ce qu’on appelle la biomasse, ce sera beaucoup plus intéressant. Mais je ne serai pas aussi optimiste que Lucien Bourgeois et ne suggèrerai pas les mêmes mécanismes : si on commence à arrêter la production d’éthanol à chaque fois que les prix dépassent un certain seuil, il n’y aura plus de stabilité assurée des prix pour les producteurs d’éthanol qui du coup vont sortir du marché, exactement comme les pauvres agriculteurs confrontés à l’instabilité du marché. Ce serait donc dangereux mais on peut arrêter de les subventionner comme on l’a fait ces dernières années. On voit d’ailleurs que les avantages fiscaux qu’on avait accordés aux agrocarburants sont peu à peu supprimés, ce qui devrait pouvoir rétablir une certaine vérité des prix.

Je partage l’avis de Lucien Bourgeois : la tendance à long terme des prix des produits alimentaires n’est pas claire. Il n’est pas du tout évident qu’elle reste haussière. Ce qui, en revanche, pose un vrai problème, c’est le prix de l’énergie. Tout ce qui incorpore beaucoup d’énergie (transports, chauffage, alimentation, c’est-à-dire les dépenses incompressibles) augmente en prix relatif, créant des tensions sociales énormes tant au niveau des producteurs (transporteurs, pêcheurs, agriculteurs…) qu’au niveau des consommateurs (entre les catégories de ménages). C’est une très grosse difficulté à laquelle il va falloir trouver des réponses.


Jean-Pierre Chevènement
Merci. L’heure est maintenant arrivée de conclure. Vous n’avez peut-être pas répondu à toutes nos interrogations mais vous nous avez aidés à nous poser beaucoup de bonnes questions. De ce point de vue, cette table ronde fut très intéressante.
Je veux remercier nos trois invités pour leurs éclairages respectifs et le débat certes feutré qu’ils ont su mener entre eux. Merci également aux intervenants et aux participants.

Fondation Res Publica I Lundi 9 Juin 2008 I | Lu 3950 fois


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