Débat final et conclusion de Jean-Pierre Chevènement


Débat final au colloque "Les Etats émergents: vers un basculement du monde ?" du 10 décembre 2012.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Monsieur le Premier ministre, pour cet exposé extrêmement stimulant. Il est riche de votre expérience des relations avec des pays comme la Chine ou l’Algérie où vous appliquez avec humanisme la « pensée complexe ». Vous savez à quel point il s’agit de pays fiers, quelquefois même susceptibles. Mais vous avez la manière de faire, cela vous est reconnu.

Je voudrais lancer quelques idées avant de donner la parole à la salle pour des questions aux intervenants que je veux tous remercier car ils ont apporté une contribution tout à fait essentielle.

Comme l’a dit M. Juvin, je dirai que l’émergence est incontestablement une réalité économique, les chiffres en témoignent.
La notion d’émergence est apparue au début des années 1980, selon la logique du néo-libéralisme : Où est-il intéressant d’investir ses capitaux ?

L’émergence est allée de pair avec la mondialisation technologique, l’information circulant à la vitesse de la lumière mais également avec la suppression de toutes les barrières aux mouvements de capitaux, de biens, de services. C’est alors qu’on a vu des investissements cibler les pays qui offraient des avantages comparatifs : le prix de leur main d’œuvre, mais aussi, comme vous l’avez très bien dit, la richesse du sous-sol, l’agriculture, les divers savoir-faire. On peut dire que l’émergence coïncide avec le cycle du néo-libéralisme qui, entamé au début des années 1980, s’installe en Europe à la fin de cette décennie. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, du Pacte de Varsovie, la politique d’ouverture de Deng Xiaoping, le monde devient un « village global » et on voit apparaître de nouvelles ressources, de l’argent, des besoins.

Je rentre de Russie où la consommation automobile augmente de 10 % par an, tandis que la croissance est un peu inférieure à 4 %. Des besoins de tous ordres s’y expriment : consommation, infrastructures, services urbains… La Russie n’est pas à proprement parler un pays émergent, elle est, pourrait-on dire, un pays ré-émergent dont le parcours historique est tellement sinusoïdal qu’on ne peut pas le qualifier. La Russie était déjà un pays fortement émergent au temps de Stolypine (1). Suivit la période soviétique, puis dix années de break, de crise grave, et, depuis dix ans, un relèvement qui mérite d’être reconnu du point de vue économique.

Les pays émergents ont des besoins et nous offrent des opportunités. La France a des entreprises d’énergie, de transports, d’industrie agricole alimentaire, de services urbains, d’environnement, d’automobile qui peuvent répondre à ces besoins, si nous en avons la volonté, si nous voulons orienter vers ces économies qui croissent beaucoup plus vite que la nôtre un certain nombre d’investissements, de co-productions, de co-entreprises comme j’en ai vu quelques-unes justement en Russie.

Quelle est la perspective ? Resterons-nous enfermés dans une éternelle stagnation face à des pays qui croîtront toujours beaucoup plus vite que nous ?

Je ne le crois pas du tout. Nous avons perdu la position rentière qui était la nôtre jusqu’en 1990-91. Nous devons nous réorienter dans le monde tel qu’il est et penser la mondialisation.

À cet égard, je voudrais montrer que la première mondialisation, celle qui, sous égide britannique, avait vu à la fin du XIXème siècle le décollage de pays comme l’Argentine, l’Uruguay, la Russie, se brisa sur la Première guerre mondiale parce qu’elle posait un problème d’hégémonie : la montée de l’Allemagne impériale faisait craindre à la Grande-Bretagne, et, en arrière-plan, aux États-Unis, une suprématie allemande sur le continent. Quand l’Allemagne déclara la guerre et envahit la Belgique, ce fut le signal de l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. Même si tout avait débuté dans les Balkans, c’était, par effet de ricochet, un problème d’hégémonie mondiale qui était posé.

La deuxième mondialisation, sous égide américaine, aboutit à quelque chose qui n’avait pas été prévu par les doctrinaires du néo-libéralisme : la montée des pays émergents, en particulier de la Chine qui, aux yeux de certains, devient potentiellement un rival pour les États-Unis.

C’est cette période qui est devant nous qu’il faut gérer avec toute l’intelligence, le doigté que l’on vous reconnaît. Vous savez prendre les choses comme il faut, je le sais pour vous avoir vu à l’œuvre dans les rapports avec nos amis chinois dans les moments difficiles.

On observe une aspiration à la souveraineté, une claire volonté d’affirmation chez la plupart des pays émergents, M. Juvin l’a souligné dans son livre.

Nous-mêmes devons retrouver un peu de confiance en nous, non pas dans une optique agressive parce que l’idée républicaine sur laquelle se fonde la nation française est celle du « commun ». Ce que nous avons en commun ce n’est pas seulement l’intérêt national, c’est l’intérêt de l’Europe, c’est l’intérêt de l’humanité. L’idée républicaine porte en elle-même un élément de modération, un élément d’humanisme et de compréhension pour peu que l’on sache dépasser les inévitables rivalités qui doivent à un certain moment déboucher sur des compromis.

À cet égard, le droit d’ingérence, la responsabilité de protéger, sont des notions bien complexes. Je dois dire que je m’interroge sur ce qu’on appelle, d’un mot-valise, les « valeurs de l’Occident ». Elles n’ont pas toujours été ce qu’elles sont aujourd’hui. Je rappelle que la Charte des Nations unies est fondée sur le principe de la non-ingérence, de la souveraineté des États. Bien entendu, il y a une limite, il faut la trouver. À l’ONU, en 2005, on s’est mis d’accord sur un concept : la « responsabilité de protéger » mais sommes-nous sûrs d’en avoir bien usé ? Je me contente de poser cette question sans faire de développements qui nous porteraient bien au-delà du débat de ce soir. Mais je pense que nous devons traiter avec beaucoup de doigté toutes ces questions.

Nous sommes, bien sûr, attachés aux valeurs de la démocratie. Mais les valeurs de la démocratie ne sont pas seulement celles des « droits de l’Homme », ce sont celles des droits de l’Homme et du Citoyen. La Déclaration des droits de l’Homme dont on parle aujourd’hui, cela fut historiquement, et cela reste pour moi la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Les droits du citoyen garantissent les droits de l’Homme. Si vous n’avez pas les droits du citoyen vous n’avez pas non plus les droits de l’Homme. Au lieu de reprocher à un certain nombre de pays de défendre – légitimement – les droits du citoyen, discutons-en avec eux. Ayons un rapport plus apaisé avec ce monde nouveau qui peut donner l’impression de nous bousculer. Sans nous laisser bousculer, sachons problématiser cet immense phénomène de la mondialisation, une mondialisation qui pourrait déboucher sur des catastrophes si nous n’étions pas capables de la maîtriser.

Ces quelques mots étaient destinés à lancer le débat dans la salle.

Je donne la parole à ceux qui souhaitent s’exprimer.


Dominique Gallet
Ma question s’adresse aux deux hommes politiques qui sont à cette tribune, M. Jean-Pierre Chevènement et M. Jean-Pierre Raffarin.

Une chose me surprend beaucoup et me désole : c’est l’incapacité de la plupart de nos décideurs à avoir véritablement une vision complexe de l’évolution du monde. S’ils semblent avoir pris conscience de l’émergence économique, de l’émergence politique et étatique du nouveau monde, nos décideurs perçoivent mal l’émergence linguistique et culturelle et ce qu’elle va transformer dans le monde qui émerge sous nos yeux, notamment au niveau de la diversité culturelle et linguistique. Trop souvent, la plupart de nos décideurs continuent à développer une doctrine du tout anglais de plus en plus obsolète dans le monde multilingue et multiculturel d’aujourd’hui. Cela va parfois jusqu’à la caricature : La dernière campagne lancée par les autorités françaises destinée à attirer vers nous les investisseurs du Brésil, de Chine, du Canada, d’Inde et des États-Unis n’a été conçue et diffusée qu’en langue anglaise dans tous les grands quotidiens, média audiovisuels et réseaux sociaux de ces pays alors qu’il s’agit de parler au peuple brésilien, aux décideurs brésiliens, chinois, canadiens (français notamment).

Il ne faut pas s’en tenir à ce constat attristant. Des manifestations, des colloques de plus en plus nombreux s’organisent, notamment dans le milieu syndical (de la Fédération des travailleurs au Québec, de grands syndicats en France). De même dans le domaine scientifique : le CNRS vient d’organiser deux colloques sur les limites du tout anglais, avec la participation de scientifiques français, brésiliens, africains, japonais etc.

On sent qu’une prise de conscience est en train de naître mais pas assez au niveau des décideurs, c’est-à-dire des politiques.
Que pensez-vous de cette situation ?


Jean-Pierre Raffarin
Je fais à peu près le même constat que vous, Monsieur. J’ajouterai, pour avoir été représentant personnel du chef de l’État pour la francophonie dans le quinquennat précédent, que j’ai observé un clivage chez nos diplomates entre les plus de cinquante ans et les moins de cinquante ans. Quand on parle de la francophonie, les moins de cinquante ans considèrent ce combat comme assez « ringard ». Il est vraiment difficile de se battre pour la francophonie avec nos jeunes diplomates. Plus grave encore : à l’occasion d’un grand événement sportif, on a surpris un ministre français parlant en anglais à la délégation française en Afrique du sud ! A la conférence sur Haïti, tandis que Mme Clinton avait ouvert les travaux avec quelques mots en français, un haut dirigeant d’organisation internationale d’origine française à l’ONU a cru bon de s’exprimer en anglais ! Quand le ministre des Affaires étrangères présent lui a signalé qu’il ferait mieux de parler français, il lui a répondu … qu’il avait préparé son discours en anglais ! Nous n’avons certes pas l’intransigeance francophone des Québécois. Quelques efforts sont faits, notamment dans les grandes organisations internationales. A l’ONU, M. Ban Ki-moon lui-même a pris des cours de français. À Genève également des efforts sont faits mais on est encore très loin du compte.

La prise de conscience dont vous parlez est encore très minoritaire et assez typée en termes de générations. Une pédagogie puissante est nécessaire.

Au-delà de la langue, vous avez raison sur l’émergence culturelle. Il ne faut pas croire que l’Asie ne va nous amener que ses produits. Observons simplement que le Nouvel an chinois devient une fête à Paris.

Je fais partie des baby-boomers. À l’époque beaucoup de gens – je pense à Jean-Jacques Servan-Schreiber avec son Défi américain (2) – nous avaient préparés à la part d’Amérique de notre avenir. Et ma génération a bien vécu sa part d’Amérique. On nous avait initiés à internet, aux autoroutes de l’information, on nous avait prévenus sur l’importance du marketing, on nous avait même avertis sur le développement des fast food ! (Qui eût cru qu’il y aurait sept Mac Donald à Poitiers ?) J’ai le sentiment que nous avons vécu notre dialectique de manière assez paisible. Sans nous sentir américanisés nous étions suffisamment « musclés » pour réagir sur un certain nombre de sujets.

Aujourd’hui, on ne prépare pas les jeunes à la part d’Asie de leur avenir. Il faudrait y réfléchir. Les 5000 ans d’histoire de la Chine vont suivre les produits. Il y a là une émergence culturelle à laquelle il faut aussi nous préparer pour nous enrichir et pour résister, les deux sont nécessaires.

De ce point de vue, je vous rejoins aussi, Monsieur, sur les impacts linguistiques mais aussi culturels de l’émergence.


Jean-Pierre Chevènement
Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce que vient de dire M. Raffarin. Je suis frappé de voir le dynamisme conquérant de la plupart des pays émergents et, en regard, l’affaissement des nations européennes, un phénomène historique probablement consécutif aux deux guerres mondiales.

Cet affaissement est particulièrement perceptible en France. On a l’impression que la France ne croit plus en elle et que les jeunes générations ne savent plus ce qu’être Français signifie : être francs, être libres, comme ce « cavalier français qui partit d’un si bon pas » (3) (Descartes). C’est grâce à cet esprit de grandeur, d’indépendance, que la France a su rebondir à plusieurs reprises dans son histoire. On a l’impression qu’elle est actuellement dans un creux.

20 ans nous séparent de l’effondrement du communisme, le monde s’est renouvelé, il faut maintenant que nous reprenions un nouveau départ.

L’axe de la reconquête de la compétitivité qui a été tracé est le bon, je le crois. Il faut en effet que nous redevenions compétitifs. Il faut que nous soyons les meilleurs. Les Français doivent prendre conscience qu’ils ont beaucoup d’atouts.

En 2050, 700 millions de personnes parleront français, à condition – je le dis toujours aux diplomates que je rencontre – qu’on y mette un peu les moyens : formons des enseignants en République démocratique du Congo, créons des Ecoles normales, aidons les à se prendre en mains. C’est leur intérêt et c’est le nôtre.

Il faut regarder vers les continents de l’avenir que sont l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique. Le fait que le peuple français soit aujourd’hui un peuple assez divers est un atout. Les « minorités » venues d’Afrique, d’Asie… sont aussi des relais : les Portugais vers le Brésil, les Arabes vers le monde arabe, vers l’Orient, les Chinois vers l’Asie…

Il faut que la France redéfinisse et recalibre son ambition.


Roger Barralis
J’ai été frappé de l’absence presque totale de désignation des États-Unis d’Amérique dans les interventions initiales ce soir, sinon dans l’intervention de M. Juvin. Or si un élément a fondé l’union des BRICS, au-delà de « la recherche d’un nouvel équilibre mondial » (termes diplomatiques), c’est bien le rejet de la volonté hégémonique américaine. Et si l’Europe est occultée (dans nombre de réunions internationales, on ne parle pas de l’Europe), c’est parce qu’elle donne l’impression d’être à la remorque de l’Amérique. On ne dira jamais assez combien le retour de la France au sein de tous les organismes de l’OTAN (pour obtenir tel ou tel commandement dont l’un a d’ailleurs été supprimé immédiatement après), a dégradé la visibilité de l’indépendance politique de la France.

Si on veut que l’Europe puisse discuter avec les BRICS de manière autonome, il faut d’abord montrer que l’on n’est pas partout à la remorque des Américains, dans le cadre d’un prétendu front occidental dans lequel en réalité nous ne pesons pas.

Il n’a pratiquement pas été question des questions militaires. La Chine, le Brésil, l’Inde sont en train de développer considérablement leur marine dans un souci de défense nationale mais aussi pour asseoir une présence régionale. Il faut prendre en compte le fait que pour ces pays comme pour d’autres il s’agit d’une réaction naturelle. La montée en puissance militaire de la Chine ne doit pas faire oublier que les dépenses chinoises, malgré la progression fulgurante qu’elles ont connue ces dernières années, représentent un sixième des dépenses américaines.


Jean-Pierre Chevènement
Merci, Monsieur,

Vous avez raison de souligner que les dépenses militaires de la Chine ne représentent encore qu’un sixième du budget militaire américain. La Chine n’aspire pas à une égalité stratégique avec les États-Unis mais développe simplement une stratégie de dissuasion. Elle veut pouvoir disposer d’une frappe en second en cas de nécessité.

Si on a peu parlé des États-Unis, c’est que leur déclin relatif est en arrière-plan de tout ce qui s’est dit. Le déclin américain, bien qu’il ne soit ni très rapide ni très sensible, est une réalité. La nécessité de notre indépendance a été soulignée par Hubert Védrine dans un rapport concernant l’OTAN (4). La réintégration dans l’OTAN ne signifie pas que la France ne doive pas faire entendre une voix forte et distincte. Toutefois, l’écart entre le rapport d’Hubert Védrine et la réalité dépendra beaucoup de nos hommes politiques et de nos diplomates.

À propos de la Palestine, la France a pris par rapport aux États-Unis une position originale qui rejoint celle de la plupart des pays émergents. Chacun sait que la question de l’État palestinien est depuis très longtemps une pierre de touche dans la diplomatie française, ce qui signifie que nous considérons qu’il y a un problème et qu’il faut que ces deux États puissent exister, côte à côte, dans leur intérêt mutuel. Il faut constater que, malgré toutes les pressions, la France a maintenu une position originale.


David Teurtrie
Je voudrais revenir sur la Russie qui a été présente/absente dans cette discussion.

Effectivement, elle fait partie des BRICS. Je serai tout à fait d’accord avec M. le ministre pour dire que c’est un pays inclassable. Parler d’émergence à propos de la Russie, une des premières puissances européennes au XIXème siècle et deuxième puissance mondiale au XXème siècle, est en effet un peu curieux.

Toutefois, en termes de croissance économique, avec une dette publique extrêmement faible, plus faible que celle de la Chine, des dépenses militaires en très forte croissance, la Russie fait bien partie des BRICS et participe à une certaine réémergence.

C’est également vrai en termes de souveraineté. Tous les intervenants ont affirmé que la souveraineté est un élément extrêmement important de l’émergence. Or, depuis des siècles, la souveraineté est un élément fondamental pour la Russie. On le voit à nouveau dans les affaires internationales à l’heure actuelle.

Il faudrait s’interroger sur ce qu’est l’émergence vue des pays dont nous parlons. Il faut noter qu’en Russie, le mot « émergence » n’existe pas : on parle de pays en développement rapide. Cela me semble important. À cet égard, la Russie se veut l’un des pays qui affirment les BRICS en termes politiques. Elle prétend être à l’origine d’un certain regroupement politique des BRICS autour des grandes questions internationales. Je voudrais rappeler que M. Primakov (ministre des Affaires étrangères de la Russie puis Premier ministre éphémère) fut l’un des premiers, à la fin des années 1990, à prédire la naissance d’un triangle Russie-Inde-Chine (auquel s’est joint le Brésil par la suite).

Je voudrais finir par une question sur la relation entre l’Europe et la Russie. Classer la Russie parmi les pays émergents est, pour l’Europe, une façon un peu facile de se débarrasser de la Russie, en considérant qu’elle n’est pas vraiment un pays européen.
Ne vaudrait-il pas mieux traiter la Russie en tant que pays européen, pour l’associer à l’Europe, plutôt que de risquer de la voir un jour, en qualité de pays émergent, contester l’ordre mis en place ?
Merci.


Jean-Pierre Chevènement
J’ai pris toutes les précautions pour relativiser l’expression de BRICS en disant que, pour moi, la Russie est plutôt un pays ré-émergent qu’un pays émergent.

Il est vrai que la Russie a été humiliée par la chute économique et sociale qui a suivi la fin de l’URSS et qu’elle est en train de remonter à travers un projet de modernisation et de diversification de son économie qui dépend trop aujourd’hui des hydrocarbures.

Vous avez parlé de M. Primakov, que j’ai rencontré à plusieurs reprises. Il tient que la Russie est un pays eurasiatique. Il a raison. Mais c’est un peuple européen, avec des minorités de toutes natures, musulmanes, perses, touraniennes etc. C’est un pays complexe qu’on a tendance à aborder avec des lunettes simplistes et souvent avec des lunettes du passé.

Il faut regarder l’avenir dans sa profondeur géostratégique. La Russie est l’espace naturel de développement d’une civilisation européenne à laquelle elle appartient de plein droit, même si elle se livre à un jeu subtil avec la Chine, l’Inde, l’Organisation de Shanghai… Il faut comprendre que d’un côté le partenariat euro-atlantique répond à des facteurs civilisationnels et, de l’autre, la Russie, qui est aussi une puissance asiatique, tient compte de ce que l’Asie est le continent qui monte. Il faut regarder tout cela avec beaucoup d’attention. L’intérêt de l’Europe est en effet de travailler avec la Russie. C’est aussi l’intérêt de la Russie. C’est un intérêt mutuel. Et nous voulons aussi essayer d’y contribuer.


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(1) Piotr Arkadievitch Stolypine, Premier ministre du tsar Nicolas II de 1906 à 1911.
« Stolypine s’est chargé d’une énorme responsabilité en faisant faire à la Russie un tournant stratégique radical. Durant les années de ses réformes, la Russie a accompli un puissant bond économique pour occuper la première place au monde du point de vue des rythmes de croissance économique. » (source : La Voix de la Russie, 14 avril 2012)
(2) Jean-Jacques Servan-Schreiber, Le Défi américain (éd. Denoël, 1968)
(3) « … ce cavalier français qui partit d’un si bon pas », c’est par ces mots que Charles Péguy présente Descartes dans sa Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne (Œuvres en prose, 1909-1914, Charles Péguy, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade : 1961)
(4) Hubert Védrine, ancien ministre, a remis le 14 novembre 2012 au président de la République le rapport intitulé « Les conséquences du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), l’avenir de la relation transatlantique et les perspectives de l’Europe de la défense ».

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Fondation Res Publica I Mercredi 6 Février 2013 I | Lu 7638 fois


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