Cinquante ans de nucléaire civil : les acquis et les peurs

par Pierre Beroux, Directeur du contrôle des risques à EDF


Intervention prononcée lors du colloque du 24 janvier 2006 Le nucléaire et le principe de précaution


Vous me permettrez d’insister davantage sur la deuxième partie de cette période que sur la première que j’ai moins directement connue.
Si j’ai compris la question qui m’est posée, il s’agit de savoir si le nucléaire est soluble dans le principe de précaution, si c’est plutôt l’inverse… ou bien si le mélange entre les deux est explosif par nature.
Je vais essayer modestement de vous donner quelques éléments d’éclairage à la lumière de ce qui est aujourd’hui l’expérience d’EDF en matière d’exploitation de centrales nucléaires.
Le principe de précaution, comme vous l’avez rappelé tout à l’heure, renvoie par construction aux grandes peurs sociétales. Après la prophétie initiale de Jonas, ce principe de précaution a grandi sur la scène internationale, à partir du milieu des années 1980, notamment autour de la prise de conscience grandissante des incertitudes scientifiques qui pouvaient entourer un certain nombre d’événements écologiques globaux, au premier rang desquels tout ce que l’on rattachait, dès cette époque, à l’effet de serre et aux problématiques du CO2.
Plus tard, dans les années 1990, il a investi plus largement les champs de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Rappelez-vous le VIH, la vache folle…
Dans le domaine de l’énergie on sent, depuis le milieu des années 1990, une évolution, presque une inversion des peurs.
Au début des années 1990, nous étions encore tous très marqués par le souvenir de Tchernobyl et nous étions dans un contexte de prix bas des énergies fossiles (pétrole, gaz…). Tout le monde, sauf la France (les Etats-Unis, l’Italie, l’Espagne, le Royaume Uni et, évidemment l’Allemagne) réfléchissait à des scénarios d’arrêt ou de moratoire du nucléaire.
Peu à peu, les peurs se sont déplacées à l’occasion d’événements structurants - comme le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis – et avec la prise de conscience, plus progressive, d’autres enjeux liés par exemple à la rareté grandissante et à l’évolution du prix des énergies fossiles, à la question de la sécurité d’approvisionnement que vient d’évoquer Jean-Eudes Moncomble et aux dérèglements climatiques de plus en plus prégnants, comme les deux tempêtes de 1999 qui ont frappé la France de plein fouet (avec un rôle central pour EDF), et plus récemment Katrina, l’ouragan de force 5 dans le Golfe du Mexique.
Cette inversion des grandes peurs sociétales relève-t-elle d’une simple mode ?
Ou bien s’agit-il d’un retournement durable des opinions, de la perception d’enjeux véritablement globaux à l’échelle de la planète ?
A quelles questions cela nous amène-t-il à réfléchir, notamment vis-à-vis du nucléaire ?

J’ai retrouvé cet après-midi le résultat d’un baromètre réalisé par l’Institut de radio-protection et de la sûreté nucléaire, daté du début de 2005. Il fait apparaître que les grandes peurs des Français concernent
• le chômage, pour 37% d’entre eux
• l’insécurité, pour 30%
• la misère, l’exclusion, pour 28%
• la dégradation de leur environnement : 22%
En dixième position, on trouve les risques nucléaires, avec 7,9% et, en onzième position, les bouleversements climatiques.
Ce sondage, comme ceux qu’organise EDF ou les sondages d’opinion plus généraux, montre qu’aujourd’hui le nucléaire n’apparaît plus en tête des préoccupations essentielles, en termes de danger, en termes de risques. C’est vrai aussi en Europe.
En matière d’indicateurs d’opinion, on trouvera aussi,
Contre le nucléaire :
• la peur d’un nouveau Tchernobyl
• la question des déchets (je laisserai Christian Bataille développer ce sujet)
• l’incompréhension née d’un certain hermétisme du langage des nucléocrates que nous sommes,
• enfin, depuis le 11 septembre 2001, la vulnérabilité à des formes de terrorisme auxquelles on n’avait pas toujours pensé initialement
• Pour le nucléaire :
• l’indépendance énergétique
• le coût du kilowatt/heure
• la sûreté intrinsèque des installations
• l’absence de CO2 - bien qu’un sondage récent ait montré que 51% des Français pensent que le nucléaire contribue significativement à l’effet de serre ! -
En même temps, aujourd’hui 70% du public en France apparaît favorable au statu quo, au « ni-ni » dans le nucléaire : on n’arrête pas les centrales existantes mais on n’en construit pas de nouvelles, et en parallèle, plus de 80% du public français se dit favorable à la démarche du principe de précaution dans les champs de l’environnement et de la santé.
Dans tout cela, on trouve à la fois des inquiétudes réelles, ainsi que quelques contradictions dans les réponses apportées.

Finalement, de quoi parle-t-on quand on évoque la question de la compatibilité du nucléaire avec le principe de précaution ?
Parle-t-on des risques prêtés à tort ou à raison au nucléaire ? (qui résultent en grande partie de l’amalgame originel, soixante ans après Hiroshima, entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil.)
Parle-t-on des risques de prolifération ? (Il suffit de lire les articles de presse sur l’Iran.)
Parle-t-on de la problématique des déchets nucléaires d’un nouveau Tchernobyl ou d’un nouveau TMI ?
Parle-t-on des nouvelles menaces terroristes ?
Mais ne devrait-on pas parler, plus globalement, des effets sur le climat de la production et de l’utilisation de l’énergie ?
Ou de la sécurité de nos approvisionnements énergétiques ?
Ou encore du partage de l’accès aux ressources, au XXe siècle, entre les pays pauvres et les pays riches ?
Toutes choses qui ont déjà été évoquées par Jean-Eudes Moncomble mais on voit bien que selon la façon dont on se pose le problème, on n’obtient pas du tout les mêmes réponses sur le degré d’« envie de nucléaire » des uns ou des autres.

Par définition, le principe de précaution est relatif à des risques potentiels marqués par un contexte d’incertitude scientifique. Dans le domaine du nucléaire civil, qui nous intéresse aujourd’hui, certains risques étant avérés, c’est d’abord la prévention qui s’applique, notamment pour le champ historique de la sûreté nucléaire autour duquel toutes nos installations modernes sont construites.
En matière de radioprotection et de rejets de nos centrales dans l’environnement, la distinction entre la précaution, au sens du principe de précaution (incertitude de la menace), et la prévention (vis-à-vis de risques avérés) est déjà moins évidente puisque, depuis le début de la conception et de l’exploitation de nos centrales nucléaires, nous cherchons, avec l’ensemble des opérateurs de la filière - aux premiers rangs desquels le CEA et AREVA - à réduire de façon continue les effets potentiels des rayonnements ionisants sur la santé du public et des travailleurs.
Je ne donnerai pas de statistiques globales mais la démarche ALARA relève d’une logique de progrès continu, visant à ce qu’aucun de nos travailleurs – et c’est le cas depuis le début des années 2000 – ne reçoive une dose de plus de 20 mSv par an. Les doses individuelles et collectives reçues par l’ensemble des travailleurs des centrales ont été divisées par plus de trois. J’entends par travailleurs aussi bien des agents EDF que les prestataires du nucléaire.
En matière de rejets dans l’environnement, le volontarisme en matière de respect du principe de précaution est patent : après que nous ayons spontanément diminué l’ensemble des rejets réels de nos centrales dans l’eau et dans l’air, une réduction drastique de nos autorisations de rejets a pu être mise en place par l’administration, entre 1995 et 2000.
Enfin, en ce qui concerne les faibles doses, la démarche adoptée par le législateur pour protéger le public, fixant une limite devant être inférieure à la radioactivité naturelle, relève également, par nature, d’une démarche de précaution.

Un bref historique peut également illustrer la façon dont on évolué la conception, la construction et les modes d’exploitation de nos centrales nucléaires.
Je rappelle que le principe de base en matière de sûreté nucléaire est d’interposer trois barrières entre la matière fissile (c'est-à-dire le cœur du réacteur) et le public :
• le gainage des assemblages combustibles renfermant l’uranium
• l’enveloppe du circuit primaire qui comporte un certain nombre de tuyaux en inox d’épaisseur respectable et de dispositifs de sauvegarde visant à pallier les défaillances éventuelles des modes de refroidissement normaux
• enfin, les enceintes de confinement dont la conception elle-même s’est améliorée et perfectionnée au fil du temps
Mon propos s’attache d’abord, évidemment, aux cinquante-huit réacteurs à eau pressurisée qu’exploite EDF.
La première génération de centrales graphite-gaz est aujourd’hui en cours de démantèlement.
Il ne faut pas croire que tout s’est passé comme on l’avait prévu dès le départ et que nous n’avons pas été « interrogés » par les accidents, les incidents qui émaillent l’exploitation de notre parc et de l’ensemble des centrales existant au plan international. Evidemment, le premier événement marquant est l’accident de Three Mile Island aux Etats-Unis en 1979, qui n’a pas entraîné de contamination de l’environnement mais qui, pour l’exploitant nucléaire qu’est EDF, a déclenché plus de deux cents actions dites « post-TMI » et une révolution totale dans l’approche des situations accidentelles. Cet épisode m’a marqué parce que je faisais alors mes premiers pas dans l’entreprise EDF comme ingénieur au sein de la direction de l’ingénierie. Nous sommes alors passés d’une approche purement déterministe à une approche mettant de plus en plus au cœur de nos évaluations de sûreté la perception aussi fine que possible des états physiques du réacteur dans des situations dégradées. C’est ce qu’on a appelé l’« approche par états ».
Nous avons également mis en place un processus permanent de retour d’expérience, c'est-à-dire la réinterrogation continue de l’ensemble de nos procédés de fabrication, de construction, d’exploitation, passant notamment par l’insertion systématique de modifications sur l’ensemble des tranches identiques ou sur l’ensemble du parc nucléaire (centrales 900, 1300 ou 1450 mégawatts) suite à tout incident affectant une seule tranche. Si un incident intervient sur l’une des centrales, un processus est construit qui vise à déterminer si l’incident est jugé spécifique à cette tranche – c’est rarement le cas – ou s’il doit faire l’objet d’une modification systématique soit sur l’ensemble du palier concerné soit sur l’ensemble du parc nucléaire français. Ce n’est pas tout à fait gratuit mais cela me semble relever assez clairement de l’application du principe de précaution.
J’ai déjà cité les démarches lancées depuis 1992 autour de l’amélioration de la radioprotection des travailleurs et du public et de la baisse volontariste des rejets. N’oublions pas tout ce qui touche aux dispositifs de gestion de crise centrés autour des plans d’urgence internes, des plans particuliers d’intervention. Ils font l’objet d’exercices de crise systématiques environ tous les deux mois, centrale par centrale, sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire et des pouvoirs publics et souvent avec l’appui de la population. Chaque centrale du parc est ainsi testée une fois tous les deux ans.

Enfin, comment ne pas évoquer la deuxième grande rupture dans l’histoire nucléaire, la catastrophe de la centrale de Tchernobyl. La veille de l’accident, le 25 avril 1986, je donnais un cours sur la sûreté des centrales nucléaires aux étudiants de l’INSTN à Saclay. J’étais vraiment loin de m’imaginer, en leur disant que rien de plus grave que TMI ne pouvait arriver, que le lendemain c’était le pire qui allait arriver ! [Ce n’est pas le lieu d’épiloguer sur le fait que l’accident de Tchernobyl fût le fait du type d’installation nucléaire ou du système soviétique de l’époque… il y a peut-être un peu des deux]
Même s’il y a peu de similitudes dans la conception de nos centrales et celle des centrales RBMK dont les principes intrinsèques les éloignaient clairement de nos référentiels de sûreté, nous avons essayé (jusqu’au design du réacteur EPR), autant qu’il était possible, de tirer les leçons d’un accident inimaginable sur des réacteurs à eau pressurisée occidentaux. Nous sommes allés jusqu’à insérer dans les réacteurs de nouvelle génération, comme EPR, des dispositif dits « core-catcher » destinés à récupérer le cœur du réacteur, à une température de 2800 degrés en sorte que, même dans cette situation qui nous paraît totalement impossible pour nos réacteurs, nous ayons une parade dès la conception.
Il s’agit ainsi à la fois d’un processus d’amélioration continue du niveau de sûreté des réacteurs et une réinterrogation volontariste du niveau de défense en profondeur qu’on cherche à obtenir chaque fois qu’un incident ou un accident grave vient remettre en cause nos certitudes.

En conclusion, si on s’interroge sur la compatibilité du nucléaire et du principe de précaution, il faut savoir de quels risques on veut se prémunir.
Si ce sont les seuls risques spécifiques au nucléaire, il serait totalement illusoire de les nier mais il est essentiel de les mettre en perspective de ses avantages incontestables, et des mesures de protection.
Si ce sont des risques globaux qui concernent l’ensemble de l’humanité, ils nous amènent à faire des choix raisonnés en conscience :
• Combien d’énergie, sous quelle forme, sera demain disponible ?
• Comment organiser l’accès aux différentes sources d’énergie des pays riches et des pays pauvres ?
Je ne pense pas que des technologies sophistiquées comme celle du nucléaire puissent être vendues off the shelves un peu partout dans le monde. Il faut plutôt organiser un partage aussi juste que possible des différentes formes d’énergie en fonction de la capacité des différentes populations à les maîtriser.
Si on considère, comme c’est la tendance, que la plus grande menace est le changement climatique, il faut considérer les choix qui s’offrent à nous. Certains pays ont fait le choix des énergies renouvelables et notamment, à l’échelle industrielle, le choix des éoliennes. C’est un choix parfaitement respectable mais qui, aujourd’hui, trouve ses limites au niveau du pourcentage de la production globale d’énergie d’un pays que cela peut représenter. Notre collègue allemand nous donnera peut-être quelques informations sur ce que représente aujourd’hui l’éolien en Allemagne. Il faut constater qu’en l’absence de vent et par temps froid, tout le système énergétique européen est en risque quand les éoliennes allemandes, espagnoles ou portugaises ne tournent pas.
Il y a derrière cela de vraies questions qu’il faut poser dans un contexte d’ouverture des marchés à la concurrence et d’arrêt programmé de moyens de production d’un autre âge.
Nous commençons à sentir les risques de crises potentielles affectant le gaz, à coups de méthaniers qui n’arrivent pas à l’heure au terminal de Zeebrugge, de problèmes sur le pipe entre la Libye et le sud de l’Italie. Je n’évoque même pas la fermeture des robinets entre la Russie, l’Ukraine, la Moldavie… On voit que, de plus en plus, à l’échelle européenne, les systèmes énergétiques sont totalement liés. Il subsiste quelques barrières « naturelles » : les frontières, l’insuffisance des interconnexions. Il faut prendre en compte ces enjeux globaux.
Au-delà de la sécurité des approvisionnements énergétiques, se pose la question du CO2.
En 2000, j’avais écrit un discours pour le président d’EDF avec l’aide de Maurice Allègre. Ce discours avait suscité pas mal de réactions sur les bancs, au 101 rue de l’Université (Assemblée nationale). Avec Maurice, nous avions à l’époque osé faire dire au président qu’en 2050 la complémentarité des moyens de production serait probablement organisée non pas entre les éoliennes et le gaz mais, à l’échelle du monde, entre le nucléaire et le charbon. (Il y aura de la place pour l’hydraulique et pour l’énergie renouvelable mais on ne sera pas très loin de la fin du gaz et du pétrole). Nous avions eu un vrai succès d’estime! En 2006 ce discours-là passerait plus facilement.
Il n’avait rien d’agressif mais était seulement en avance de quelques années.

Finalement, le nucléaire civil et le principe de précaution sont loin de s’opposer. Notre expérience du nucléaire civil me semble marquée par une mise en application du principe de précaution érigée, non en dogme absolu, mais en culture de tous au quotidien. La défense en profondeur est ainsi proche du principe de précaution.
Je me garderai bien d’émettre un avis sur sa constitutionnalisation au travers de la charte de l’environnement. A EDF, nous cherchons à prendre une posture plus constructive que celle d’autres industriels sur ce sujet, mais nous restons vigilants sur les éventuelles dérives dogmatiques.
J’ajoute que dès à présent, dans ce qui relève clairement d’une logique de précaution, nous essayons de nous positionner vis-à-vis de risques ou de menaces nouvelles que nous n’avons pas encore évoqués :
On pourrait penser que le risque de grippe aviaire concerne d’abord l’Etat, la Défense, la santé, les hôpitaux. En fait, dès aujourd’hui, nous - et d’autres industriels - avons conduit un projet qui vise à voir comment on peut, sur une période longue, exploiter le maximum de nos installations de production, notamment nucléaires, avec 40% ou 50% de nos effectifs malades ou consignés à domicile, afin d’assurer la continuité de service aux Français.
De la même façon, nous sommes amenés à travailler dès maintenant sur un grand chantier, un des enjeux majeurs du nucléaire français, le renouvellement de la quasi-totalité de nos effectifs en charge de l’exploitation dans les centrales nucléaires, embauchés massivement dans les années 1970 et qui, vont bientôt partir à la retraite. C’est 10000 à 15000 personnes qu’il va falloir remplacer à EDF entre 2006 et 2012. Or, même si on sent un regain de faveur du nucléaire, je ne suis pas totalement convaincu que l’Education Nationale et les grandes écoles soient déjà dans une démarche « nuclear friendly ». C’est un vrai challenge qu’il faut préparer dès aujourd’hui.

Sans rentrer dans un historique fastidieux des derniers cinquante ans de nucléaire civil, j’ai essayé de témoigner de la façon dont on raisonne aujourd’hui sur ces sujets.
En ultime conclusion, je dirai que pour nous le principe de précaution est comme tout médicament, il répond à des symptômes réels, à des fièvres passagères ou durables. Il est donc essentiel de le prescrire, mais il est également essentiel de ne pas dépasser la dose prescrite !

Fondation Res Publica I Mercredi 25 Janvier 2006 I | Lu 6246 fois


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