Accueil par Pierre Conesa


Accueil par Pierre Conesa, membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica, au colloque "La dimension stratégique de l'agriculture" du lundi 7 novembre 2011


Jean-Pierre Chevènement
Nous allons traiter ce soir d’un sujet important : « La dimension stratégique de l’agriculture ».

Je remercie nos intervenants, M. Sébastien Abis, administrateur au Centre international des hautes études en agronomie méditerranéenne, M. Hervé Gaymard, ancien ministre de l’Agriculture, que je n’ai pas besoin de vous présenter, M. Régis Hochart, représentant de la Confédération paysanne au Conseil économique, social et environnemental (CESE), M. Philippe Tillous-Borde, directeur Général de Sofiprotéol. Je n’ai pas besoin de vous présenter M. Pierre Conesa et M. Lucien Bourgeois, membres du conseil scientifique de la Fondation Res Publica, qui ont pensé et organisé ce colloque.

Je donne la parole à M. Conesa pour introduire cette soirée.

Pierre Conesa
Merci, Monsieur le ministre.

Nous avons souhaité aborder ce sujet sous sa dimension stratégique. Traditionnellement, on laisse l’agriculture aux techniciens mais nous avons pensé que l’évolution de ce domaine méritait d’en faire un sujet de réflexion pour la Fondation Res Publica. En effet, les événements de ces dix dernières années ont montré à quel point ce secteur d’activité est devenu stratégique.

La dimension alimentaire

En 2010, la famine a tué plus de monde que les guerres. Ce seul fait devrait suffire à nous interpeler. Pénurie et gaspillage caractérisent le secteur agricole. En effet, tandis que 800 millions à un milliard de personnes souffrent de sous-alimentation ou de déficience alimentaire, l’obésité devient un problème de santé publique pour de nombreux pays. Un des prophètes en la matière, René Dumont, écrivait dès les années 70, dans un livre intitulé « L’utopie ou la mort » (1), que les chiens américains avaient un pouvoir d’achat supérieur à celui de vingt millions d’enfants indiens. Le problème s’est amplifié avec l’application du libéralisme au secteur agricole.

On a vu apparaître deux concepts stratégiques extrêmement intéressants.

Le premier est la question de la sécurité alimentaire. Beaucoup des pays confrontés aux perturbations des marchés agricoles cherchent à acquérir des terres à l’extérieur de leur propre pays, d’où un phénomène d’acquisition de terres. On estime que l’équivalent d’une fois et demie la surface agricole de la France a été acquise, surtout en Afrique, par des acheteurs étrangers venant d’Arabie saoudite, des Emirats, du Brésil … Mais aussi par des fonds de placements, des acteurs proprement financiers pour qui la terre est désormais une denrée sur laquelle on peut spéculer. Les principales cibles de ce type d’acquisition sont l’Afrique et l’Asie. Dans ces régions qui connaissent déjà de graves problèmes agricoles, ces achats se traduisent souvent par l’éviction des paysans qui cultivent ces terres. Souvenons-nous que la crise de 2008-2009 à Madagascar avait été provoquée par l’achat de terres à la présidence malgache par la firme coréenne Daewoo Logistics, avec responsabilité du gouvernement malgache d’évincer tous les paysans (2). La révolte et les manifestations qui s’ensuivirent avaient abouti au renversement du Président. Liés à Madagascar par tradition politique et diplomatique, nous ne pouvons pas considérer que ces problèmes sont strictement agricoles.

Un deuxième concept stratégique est apparu, avec la notion de souveraineté alimentaire : la nécessité pour chacun des États de se doter d’une politique qui préserve la souveraineté du pays pour pouvoir garantir la suffisance alimentaire de sa population.
Le sujet que va traiter M. Abis est la dimension alimentaire des récents « printemps arabes » dont elle fut le facteur déclenchant. Les révoltes de la faim se sont muées en révolutions.

Le triomphe des marchés

On est revenu à des marchés proprement spéculatifs. Le secteur agricole attire les investissements. En 2009, 260 milliards de dollars étaient investis dans le seul secteur agricole. La Bourse de Chicago n’a plus rien à voir avec une bourse de commerce traditionnelle. En effet, 85% des acteurs qui y interviennent sont étrangers au secteur agricole. La logique, dans le cadre de l’OMC, tend à la suppression des barrières agricoles. Or le simple fonctionnement du jeu du marché, sur un secteur comme celui-là, n’est pas garant de l’affectation optimale des ressources, c’est le moins qu’on puisse dire !

Les priorités environnementales

Évidemment, le souci commun de préserver l’environnement concerne particulièrement le secteur agricole. Les méthodes de culture sont aujourd’hui l’objet d’une réflexion assez critique pour qu’on puisse mettre en place ce qu’on pourrait appeler une agriculture durable.

Un secteur à très forte intensité d’innovations

On a connu simultanément la révolution des OGM (70 millions d’hectares, uniquement aux États-Unis, sont cultivés en organismes génétiquement modifiés) et la révolution du clonage, qui entraîne un problème de traçabilité de ces viandes clonées.
La question des biocarburants nécessite un arbitrage entre la production d’énergie pour faire rouler des voitures et les cultures dédiées à l’alimentation.

Les problèmes sanitaires

La mondialisation a entraîné, ces dix dernières années, la propagation très rapide des grandes pandémies animales à l’ensemble de la planète, en raison de la mobilité-même de la population. Les problèmes de garanties sanitaires, devenus extrêmement importants, ont parfois des effets économiques dramatiques. La grippe aviaire, par exemple, a provoqué la ruine des petits producteurs africains de poulets (et de nombreux producteurs asiatiques) et le triomphe du Brésil comme producteur mondial de poulets.

Ce sont quelques-uns des aspects qui nous ont amenés à insister sur la dimension proprement stratégique de ce secteur d’activité.

M. Hochart, vous avez fait pour le Conseil économique, social et environnemental un rapport qui reprenait une grande partie des problèmes que j’ai évoqués.

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(1)L'Utopie ou la Mort, René Dumont. Le Seuil, 1973
(2)La population malgache apprenait le 19 novembre 2008, par la presse internationale, les déclarations du directeur financier de Daewoo Logistics, Shin Dong-Hyun, annonçant la signature entre cette filiale du géant sud-coréen Daewoo et les autorités malgaches d’un bail emphytéotique de location pour 99 ans de 1,300 million d’hectares de terres arables à Madagascar. La crise politique qui suivit entraîna la démission du Président Ravalomanana en mars 2009.

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Le cahier imprimé du colloque "La dimension stratégique de l'agriculture" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation

Fondation Res Publica I Dimanche 15 Janvier 2012 I | Lu 1236 fois


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