Accueil par Jean-Pierre Chevènement


Accueil de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica au colloque du 18 février 2008, Quel gouvernement économique de la zone euro ?


Mesdames, Messieurs, bonsoir. Nous allons consacrer cette soirée à un sujet qui est au cœur de l’actualité : « Le gouvernement économique de la zone euro ».
La création de l’euro a été, dès l’origine, enveloppée d’un certain malentendu. François Mitterrand souhaitait la monnaie unique parce qu’il pensait accéder ainsi à la puissance monétaire qui était alors le privilège de l’Allemagne. Autrement dit, à travers la monnaie unique, la France pensait détrôner le Deutsche Mark, en tout cas faire de l’équivalent du Deutsche Mark la monnaie de l’Europe tout entière. Le chancelier Kohl et Karl Otto Pöhl (président de la Bundesbank de 1988 à 1991) n’ont accédé à ce souhait de créer la monnaie unique - qui était dans l’air depuis le début des années 70 - qu’à leurs conditions, c’est-à-dire celles qui avaient été imposées à la Bundesbank après la réforme monétaire de 1948.
Vous vous souvenez que le Deutsche Mark fut introduit en Allemagne par les Alliés, principalement par les Etats-Unis, sur la base d’une conversion 1 Reichsmark = 1 Deutsche Mark… sauf pour les comptes d’épargne qui furent convertis au taux de 6,5% ! L’épargne allemande a donc été spoliée. Des fortunes mobilières sont parties en fumée. Ce traumatisme - plus grave, à mon sens, que celui qu’avait provoqué en 1923 l’inflation galopante rongeant la valeur du Reichsmark - est à l’origine des statuts très contraignants donnés à la Bundesbank (la « Buba »). Ces statuts lui assignaient un seul objectif : la préservation de l’épargne, la lutte contre l’inflation, la préservation de la valeur des actifs. Ils prévoyaient une indépendance en principe absolue à l’égard du pouvoir politique, bien que le conseil des gouverneurs de la Buba fût composé de membres nommés par l’exécutif des Länder. Ils fixaient des règles très strictes en ce qui concerne l’interdiction des financements monétaires et professaient enfin une indifférence totale à l’égard du taux de change, cette préférence structurelle pour la monnaie forte répondait au fait que l’Allemagne s’était déjà constitué à l’échelle mondiale des rentes monopolistiques dans la machine outil, la mécanique ou la chimie. Le mark, de 1948 à 1987, n’a donc jamais cessé de se réévaluer.
Ces mêmes règles ont été formalisées par le Comité Delors, créé au début de 1988. Monsieur Balladur était alors Premier Ministre, François Mitterrand était toujours Président de la République, il allait être réélu quelques mois plus tard. Le Comité Delors était composé, sur la suggestion de celui-ci, des gouverneurs de banques centrales ; la plume a été tenue par Karl Otto Pöhl qui s’en est flatté dans ses Mémoires [vous trouvez cela également rapporté sans trop de détours dans les Mémoires de Jacques Delors lui-même].
L’Allemagne a donc imposé une monnaie unique, l’euro, qui a succédé à l’ECU (1). En effet, les Allemands voulaient absolument que la valeur de cette nouvelle monnaie fût fixée « en soi » de manière définitive et non par référence à un « panier de monnaies ». C’est donc la partie allemande qui a imposé les critères de convergence : l’indépendance de la Banque centrale à l’égard de toute autorité politique, l’objectif unique de lutte contre l’inflation, la prohibition de tout financement monétaire, l’indifférence à l’égard du change (bien que dans le Traité de Maastricht figure un article ambigu à ce sujet). L’Allemagne a imposé ensuite non seulement le nom de la monnaie unique, mais également son siège à Francfort, où était déjà installée la « Buba ». Dans le système européen des banques centrales, la Bundesbank exerce une sorte de droit d’aînesse, il faut le dire, et c’est dans le cadre fixé dès 1988 par le rapport du Comité Delors qu’on s’est acheminé vers la monnaie unique selon des critères qui figuraient dans le Traité de Maastricht, mais également selon un calendrier qui n’a été précisé que tout à fait à la fin puisque la monnaie fiduciaire est entrée en vigueur au 1er janvier 1999 et la monnaie scripturale, les billets, en 2002. C’est à peu près à ce moment-là que, d’autre part, s’est réuni à Lisbonne un sommet des chefs d’Etats et de gouvernements européens qui a défini ce qu’on a appelé la « stratégie de Lisbonne » visant à faire de l’économie de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde ». Nous verrons tout à l’heure ce qu’il en est advenu.

Monsieur Garabiol, directeur à la Caisse nationale des caisses d’épargne va faire une présentation générale de la problématique du gouvernement économique de la zone euro.

Nous ferons ensuite un bilan : Madame Bouvier, Maître de conférence à l’université de Franche-Comté, analysera l’échec de la stratégie de Lisbonne et Monsieur Jean-Pierre Robin, chroniqueur économique au Figaro fera un bilan de la gestion de l’euro du point de vue de la France.

Ce bilan sera suivi des éclairages comparés de Monsieur Hennekinne, ambassadeur de France, qui nous parlera de l’Italie. Ancien ambassadeur à Rome, il est le mieux à même d’apprécier la façon dont l’Italie s’accommode de l’euro, et de Monsieur Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, qui évoquera ensuite le cas de l’Espagne.

Enfin nous aborderons la question « Quel contenu donner à la politique économique de la zone euro ? » sur laquelle Monsieur André Gauron, conseiller-maître à la Cour des comptes, ancien membre du cabinet de Pierre Bérégovoy et Monsieur Gérard Lafay, professeur à Paris 2, nous donneront leurs points de vue.

Monsieur Jean-Luc Gréau évoquera en tout dernier lieu une hypothèse dont on ne parle qu’avec beaucoup de prudence : Que se passerait-il si nous étions amenés à sortir de la zone euro ? Ce que je ne souhaite pas pour ma part car je m’efforce toujours de tempérer le pessimisme de l’intelligence par l’optimisme de la volonté.

Je donne tout de suite la parole à Dominique Garabiol.

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1)European currency unit, étalon défini sur la base d’un panier de monnaies, chacune ayant une pondération fonction de son poids économique (environ 32% pour le Deutsche Mark, 20% pour le Franc, 11% pour la Livre sterling …)

Fondation Res Publica I Lundi 18 Février 2008 I | Lu 4140 fois


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