Accueil de Jean-Pierre Chevènement


Accueil de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica au colloque "Les choix de l'Allemagne" du 18 octobre 2010.


Accueil de Jean-Pierre Chevènement
Mesdames, Messieurs, chers amis.
Je vous salue très amicalement et je remercie en particulier nos intervenants qui nous ont fait le plaisir de répondre à notre invitation.

Malheureusement, Monsieur Reinhard Schäfers, ambassadeur d’Allemagne à Paris ne peut pas être parmi nous, n’ayant pu se dérober à la « rencontre » franco-germano-russe de Deauville (1). Mais ceci nous vaut le grand plaisir d’accueillir Monsieur le Ministre-conseiller Detlef Weigel qui exposera les vues que M. Schäfers aurait exprimées … et les siennes, s’il le souhaite, par la suite.

Monsieur Patrick Artus, professeur à l’École polytechnique et directeur de la recherche et des études de Natixis, a consacré une partie de ses recherches à l’Allemagne, se demandant notamment si l’Allemagne était un modèle pour la France. Il nous a fait le plaisir d’accepter de répondre, lui aussi, à la question : Que sont les choix de l’Allemagne ?

Le Professeur Korinman, professeur à l’université de Paris IV avait publié, au moment de la réunification allemande, un livre remarqué, intitulé : « Quand l’Allemagne pensait le monde » (2), une analyse du discours géopolitique allemand (notamment celui de Haushofer). L’Allemagne aujourd’hui ne pense-t-elle pas à nouveau le monde ? C’est la question que nous lui poserons vingt ans après la réunification. L’histoire a coulé et l’Allemagne, première puissance démographique en Europe, première puissance économique, atelier industriel de l’Europe, se retrouve en position centrale, sorte de pont entre l’Est et l’Ouest de notre continent.

Monsieur Hans Stark est notre quatrième invité. Chercheur à l’IFRI, secrétaire général du Comité d’étude des relations franco-allemandes (Cerfa), il répondra, lui aussi, à cette question sur « les choix de l’Allemagne » qui touche à des sujets divers, telles l’économie et la monnaie. On a pu l’observer au moment de la crise de l’euro ce printemps. Après un délai, qualifié de « pédagogique », Madame Merkel a réussi - ce n’était pas chose aisée - à amener une majorité du Bundestag à voter le plan d’aide à la Grèce (3). Ensuite, il y a eu le Fonds de stabilisation financière pour la zone euro (4).

Quelle est la position de l’Allemagne ? On constate des tensions, notamment entre M. Trichet et M. Weber (5). Que révèlent-elles ? C’est un premier sujet.

La politique étrangère et la politique de défense constituent un deuxième sujet.
Nous sommes en principe très proches sur ces questions. L’histoire, depuis Charlemagne, nous a rendus très proches et la géographie nous a assigné pour l’éternité à être des voisins ! Nous sommes convaincus que nous n’avons pas, stratégiquement, d’avenirs différents. Je parle là presque en géopoliticien bien que je ne sois pas un géopoliticien. Dans un monde où l’Europe rétrécit, où d’immenses puissances se lèvent à l’est de l’Eurasie, il est évident que les Européens - particulièrement l’Allemagne et la France - doivent essayer de penser leur avenir en commun.

À propos de défense, certaines différences se font jour sur les questions nucléaires. Elles n’ont, selon moi, pas une grande importance parce qu’elles concernent des armes américaines, dites tactiques, relativement obsolètes - que les Américains envisagent d’ailleurs de moderniser - et qui sont loin de balancer les milliers d’armes tactiques russes. On ne comprend pas toujours très bien la position des Allemands (6) qui ont signé un texte demandant le retrait de ces armes. Mais la France dispose quant à elle d’une dissuasion stratégique (ses armes sont stratégiques et non tactiques). Le principe de dissuasion n’en reste pas moins important en matière de défense, même si les relations entre les États-Unis et la Russie sont aujourd’hui grandement améliorées. Je ne dirai pas qu’elles sont au beau fixe, il y a forcément des sujets de différends, mais le problème ne se pose plus de la même manière. La question, à plus long terme, se poserait si la Russie et les États-Unis devaient retrouver des relations difficiles. Comment l’Allemagne pense-t-elle ce problème ?

Je mentionne un dernier point, presque pour mémoire, qui a trait à la politique énergétique.
Nos choix sont différents. La France a fait le choix de l’électronucléaire. L’Allemagne se divise, non pas à propos de la construction de nouvelles centrales nucléaires mais sur le délai de prolongation de ses centrales nucléaires. Elle parie sur les énergies renouvelables mais dépend encore beaucoup du charbon et des schistes. Dans ce domaine de la politique énergétique, il n’y a pas de politique européenne digne de ce nom puisqu’on ne parle que de concurrence ou, au mieux, d’interconnexion sans traiter de notre indépendance énergétique, de nos approvisionnements énergétiques. D’une certaine manière on pourrait dire que ce sont des entreprises, les grands acteurs allemands (E.ON ou RWE), français (EDF et GDF Suez), italien (Enel), qui font la politique énergétique. Leurs politiques peuvent d’ailleurs être relativement complémentaires.

J’ai mentionné trois sujets, par ordre d’importance : Le sujet économique et monétaire, la politique extérieure et la politique énergétique (je ne mets pas la politique énergétique au même plan que les deux premiers sujets).

Je donne tout de suite la parole à M. Detlef Weigel.

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1/ Rencontre France-Russie-Allemagne tenue les 18 et 19 octobre 2010 à Deauville, réunissant le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, le Président de la Fédération de Russie, M. Dimitri Medvdev, et la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, Mme Angela Merkel, « occasion pour les trois pays d’avoir des échanges approfondis sur leur partenariat dans tous les domaines et sur les enjeux de sécurité qui leur sont communs » et d’aborder les perspectives de la Présidence française du G20 et du G8 en 2011.
2/ Korinman, Michel (1990) Quand l’Allemagne pensait le monde. Grandeur et décadence d’une géopolitique. Paris, Fayard, 413 p.
3/ Le 7 mai 2010, 390 des 601 députés présents du Bundestag ont approuvé la participation de l'Allemagne au plan d'aide à la Grèce (jusqu'à 22,4 milliards d'euros prêtés à Athènes sur trois ans).
4/ Le Fonds, dont la création a été décidée le 10 mai 2010 dans le cadre du plan de 750 milliards d'euros mis sur la table par les pays de la zone euro et le FMI, pourra emprunter 440 milliards d'euros. Cette enveloppe pourra être utilisée jusqu'au 30 juin 2013 au bénéfice des États qui en auraient besoin pour consentir des prêts ou des avances et procéder à des rachats d'obligations.
5/ Alex Weber, président de la Bundesbank allemande, a notamment mis en cause la poursuite des mesures de crise décidées par la BCE pour venir en aide aux banques et aux États de la zone euro en difficulté.
6/ L’Allemagne, pourtant signataire du mémorandum demandant le retrait d’Europe des armes nucléaires « tactiques » américaines, s’est opposée en 2010, lors de la Conférence d’examen du TNP à l’interdiction du déploiement des armes en dehors du territoire d’origine. (Voir le colloque de la Fondation Res Publica – tenu le 14 juin 2010 – : La conférence d’examen du TNP : Bilan et perspectives. Désarmement, non-prolifération et sécurité de la France).


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Le cahier imprimé du colloque "Les choix de l'Allemagne" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.

Fondation Res publica I Lundi 17 Janvier 2011 I | Lu 1785 fois


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